Jérusalem, la croix et la barrière
Posté par : Slimane Zeghidour
N’était le dogme chrétien de la résurrection du Christ, Jésus s'en serait retourné dans sa tombe. Il y aurait eu de quoi, ce dimanche 9 novembre 2008, à l’intérieur du Saint-Sépulcre à Jérusalem, le sanctuaire édifié sur le lieu supposé de la crucifixion du Sauveur, l'endroit où il aurait été mis en terre avant de ressusciter pour s’élever
au ciel.
Là au milieu d’une foule de touristes recueillis, éclata, sans crier gare, une aussi violente que soudaine échauffourée entre moines arméniens et popes grecs. insultes en tous idiomes, coups de pieds et de poings, de cierges convertis en gourdins, d’encensoirs… On tenta de s’étrangler, de s’arracher les barbes et, sacrilège en Orient!, les soutanes… Ebahis, bousculés par des gardes-frontières israéliens accourus en force pour séparer les frères ennemis, les visiteurs ne savaient plus à quel saint se vouer dans cette bagarre des serviteurs du Christ, par-dessus son tombeau .
Les lieux saints en ont connu de pires, mais jamais bataille ne fut si amplement relayée grâce aux caméscopes et téléphones des touristes qui ont abreuvé d'images YouTube, puis les petits et grands écrans du monde entier. Elles furent diffusées dans les journaux télévisés avec
des commentaires assez évasifs, personne ne
semblant comprendre les enjeux de cette bagarre de moines, tous chrétiens, sans grand rapport avec le conflit israélo-palestinien.
Le lendemain de l'événement, le patriarche grec-orthodoxe, Théophilos III, devait dénoncer les “empiétements” des Arméniens sur les “droits” des Grecs dans le sanctuaire le plus vénéré par les chrétiens. Il invoqua le “Statu Quo”, un décret de 1852 édicté par le sultan ottoman, alors maître de la Syrie-Palestine, afin de départager le sanctuaire entre six Eglises : les orthodoxes grecque, arménienne, copte, syriaque, éthiopienne, et la catholique latine.
En vertu du Statu Quo, garanti par plus d’un traité international, l'usage et l'entretien des Lieux saints chrétiens de Palestine (en l’occurrence le Saint-Sépulcre de Jérusalem et la basilique de la Nativité de Bethléem) sont depuis lors soumis à un règlement aussi tatillon que drastique. Ainsi, seules trois Eglises –grecque, arménienne, latine- ont le droit de “faire” ouvrir le sanctuaire du Saint-Sépulcre et, pour n’en favoriser aucune, toutes ont accepté que les clés restent en possession de deux familles musulmanes, les Joudeh et les Nusseibeh, héritières de ce privilège unique que le grand Saladin octroya à leurs ancêtres en 1192.
Trois fois par jour, donc, un Joudeh apporte la clé et la remet à un Nusseibeh lequel, suivant en cela un
rituel inamovible depuis un siècle et demi, l’exhibe devant l’assistance avant de la glisser dans la serrure. D’abord à 3h 30 du matin pile –avec une ponctualité suisse ! -, puis à la mi-journée et enfin le soir juste après l’appel du muezzin de la mosquée Omar, attenante à l’église du Saint-Sépulcre. Le Statu Quo régit tous les détails –autant d’endroits où pourrait se cacher le diable. Y compris le ménage dont la question
fut réglée à l’aube du XX° siècle suite –déjà!- à une implacable “guerre des balais” : les Grecs balayent le parvis, les latins astiquent les marches conduisant à la chapelle des Francs… Le dépoussiérage de la Pierre d’Onction revient aux trois Eglises, à tour de rôle. Quant aux huit lampes qui l’éclairent “ quatre appartiennent aux Grecs, deux aux Arméniens, une aux Latins et une aux Coptes.
Pour autant, l'établissement du Statu Quo n'a pas cautérisé les vieilles rancunes. La dernière bagarre au Saint-Sépulcre n’était pas plus inédite qu’imprévisible. Bien au contraire. En 2004, orthodoxes et catholiques s'y étaient affrontés à coups de poings parce que les Grecs, qui célébraient l’Exaltation de la Sainte-Croix, avaient jugé “irrespectueux” que les Latins aient … laissé ouverte la porte de la toute proche chapelle franciscaine. Deux ans plus tôt, 2002, un moine copte qui était posté sur un toit contigu au Saint-Sépulcre estima que le voisin éthiopien avait déplacé sa chaise de l’endroit ombragé où elle se trouvait. Onze curés furent hospitalisés suite à l’altercation.
C'est Clochemerle au Proche-Orient ? Il n’a pas manqué de bonnes gens pour rappeler, à la “faveur” de cette flambée de fièvre que la guerre de Crimée (1853-1856), qualifiée à juste titre de “première guerre moderne” - autrement dit dévastatrice à cause des engins de mort “modernes” qui y furent déployés -, fut le résultat direct et fatal d’une querelle de clochers qui opposa les Grecs aux Latins
dans la basilique de
la Nativité à Bethléem.
Des Grecs y avaient, en effet, dérobé en 1847 l’étoile d’argent
fixée au sol marbré de la grotte de la Nativité. Il n’en fallut pas plus pour que les Latins, gardiens reconnus des lieux –et de la relique argentée – ne fissent appel au secours de la France, protectrice attitrée des catholiques de l’Orient arabe. Protestant contre le régime de faveur accordé à l’Eglise romaine,le tsar Nicolas I° demanda alors au sultan ottoman d’accepter le protectorat de la Russie sur tous les sujets slaves et orthodoxes de l’Empire ottoman, Serbes, Bulgares, Roumains, Moldaves, Grecs et Arabes de la Syrie-Palestine.
Refus net du Grand Turc, appuyé par Napoléon III et la reine Victoria d’Angleterre. Furieux, le tsar envahit fin 1853 les provinces ottomanes de la Valachie et de la Moldavie. Face au rejet arrogant de Saint-Pétersbourg de l’appel de Londres et de Paris à un retrait russe, 140 000 soldats “alliés” dont 25 000 Anglais débarquaient sur la presqu’île de la Crimée,
au coeur de la mer Noire. Parmi les soldats français, combattaient des régiments de zouaves, de chasseurs d’Afrique et de tirailleurs algériens, socle de ce qui deviendra l’Armée d’Orient.
Rejoints par 2 500 hommes mobilisés par le royaume de Sardaigne, ils assiègent 332 jours durant le port de Sébastopol défendu par 91 000 fantassins et cavaliers russes. La guerre de Crimée fut une épouvantable boucherie.
Pour la première fois, grâce aux premiers reporters photographes de guerre, on en vit des images. Le télégraphe permit d'annoncer instantanément la chute de Sébastopol le 8 septembre 1855. Enfin, cette guerre éveilla la vocation de l’infirmière britannique Florence Nightingale pour l’aide aux malades, blessés et
invalides du champ de bataille, une oeuvre pas encore “humanitaire” qui jetait les jalons de la Croix Rouge et de l’aide médicale internationale.
Songer que tout cela était parti de l’étoile de Bethléem, d’un morceau d’argent que se disputèrent quelques moines soutenus par les grands Etats de l’époque... En novembre de 2008, on se contenta d'un mot pour commenter la dernière querelle du Saint-Sépulcre. Un mot, repris par tous les journaux et sites Internet français : pugilat, autrement dit le combat à coups de poings que l’on pratiquait dans les gymnases antiques.


























































































A défaut de "faire la fête" tous les jours, la Russie vient de s’offrir un nouveau jour de fête : le 8 juillet. Intercalé entre le jour de la Souveraineté et celui de l’Unité nationale, fixés au 12 juin et au 4 novembre, le tout nouveau rendez-vous annuel, voué à la Famille, à l’Amour et à la Fidélité, conjugale s’entend, passe, déjà, pour une fête patriotique. 







