TV5MONDE
Envoyer cette page
Imprimer cette page

Diamants du sang : le Zimbabwe en accusation

Diamants du sang : le Zimbabwe en accusation


"Trois hélicoptères ont surgi du ciel, et les soldats à bord ont commencé à nous tirer dessus à l'arme automatique. On s'est arrêté de creuser et on a couru vers les collines pour se cacher. J'ai vu qu'on était poursuivis par de nombreux soldats en civil. De mon équipe, 14 mineurs ont été tués par balles ce matin là"
Témoignage d'un mineur recueilli par Human Rights Watch.
 
Le 27 septembre 2008, l'armée zimbabwéenne a reçu le feu vert des autorités pour prendre le contrôle des champs diamantifères de Chiwadza, dans la région de Marange (Est du Zimbabwe). En quelques semaines, la répression fait 200 morts parmi les locaux. Des milliers de villageois, adultes mais aussi enfants, sont contraints au travail forcé.

Violations des droits de l'homme, confiscation de ressources au profit de quelques uns; militaires, responsables du Zanu-PF, le parti du président Mugabe: ce sont les conclusions de l'organisation de défense des droits de l'homme HRW dans son rapport sur les "diamants entâchés de sang" ("Diamonds on the rough" publié le 26 juin 2009.)
 

Entretien avec Jean-Marie Fardeau directeur de Human Rights Watch Paris

30 juin 2009 - 4'31

A son tour, Human Rights Watch alerte la communauté internationale sur les “diamants de sang“ du Zimbabwe

Après le massacre de 200 mineurs clandestins en octobre 2008, le Processus de Kimberley (voir encadré) est appelé à réagir. En mars 2009, Partnership Africa Canada (PAC) déplore l'absence de ligne claire du PK et documente les violations des droits de l'Homme dans les mines de Marange, sur fond de contrebande et d'enrichissement des autorités et de l'armée (Rapport PAC, mars 2009).
Les ONG insistent pour que le mécanisme de bonne conduite signé à Kimberley en 2003 soit suivi d'effet sur le terrain. Elles appellent les pays signataires à interdire le commerce des diamants du Zimbabwe. Tout comme, d'ailleurs, la Fédération Mondiale des Bourses du Diamant (WFDB). Pour l'heure, l'extraction des pierres précieuses se poursuit. Les maltraitances sur les populations locales aussi.

L'armée va se retirer progressivement des mines de la région de Marange

L armée va se retirer progressivement des mines de la région de Marange


Un retrait des forces armées "par phases": c'est ce qu'annonce le Ministre des Mines Cde Obert Mpofu par voie de presse (Sunday Mail, 5 juillet, voir lien).

Une mesure visant à aligner le pays "a minima" sur les règles du Processus de Kimberley (PK), dont une délégation s'est rendue sur place début juillet, suite au rapport accablant de l'organisation américaine de défense des droits de l'Homme, Human Rights Watch.
(Lire le rapport et écouter l'interview de Jean-Marie Fardeau, HRW Paris)

Le vice ministre des Mines, Murisi Zwizwai, précise que la réflexion est toujours en cours sur la sécurisation des mines. La région de Marange couvre 66 000 hectares, selon Harare. Des groupes privés se seraient mis sur les rangs.

Sur le fond, aucun calendrier n'a été rendu public sur le retrait des forces armées. Et Harare continue de nier toute violation des droits de l'homme dans les mines, présentée comme une tentative d'affaiblir le gouvernement zimbabwéen d'union nationale. Aucun commentaire par ailleurs sur les allégations d'enrichissement des responsables du Zanu-PF et de l'armée.

Le Processus de Kimberley (PK) préconise une "démilitarisation immédiate" des mines de Chiawadza à Marange, dans un délai de "2 à 3 semaines".

"Il ne peut pas y avoir de sécurité efficace dans les mines de diamants si l'armée est impliquée", estime le rapport préliminaire présenté aux autorités zimbabwéennes.

Le PK recommande également des contrôles renforcés aux frontières pour prévenir la contrebande. Il propose à Harare son soutien technique.
 
 Le ministre des Mines affirme qu'il prend acte des recommandations du Processus de Kimberley. Le Zimbabwe a plus que jamais besoin du soutien de la communauté internationale. La tournée européenne du 1er ministre Morgan Tsvangirai fin juin s'inscrivait dans cet objectif. Mais l'aide financière promise n'a pas été à la hauteur des attentes.

Une exploitation encadrée des mines de diamants profiterait à l'économie du pays, avec des revenus estimés à 200 millions de dollars par mois, selon Human Rights Watch.

Sophie Golstein, 6 juillet 2009

 

“Si les gouvernements membres du Processus de Kimberley n’agissent pas de facon concrète et immédiate au Zimbabwe, le Processus risque de perdre toute sa crédibilité.“

“Si les gouvernements membres du Processus de Kimberley n’agissent pas de facon concrète et immédiate au Zimbabwe, le Processus risque de perdre toute sa crédibilité.“


Global Witness est une organisation non-gouvernementale qui enquête depuis 1995 sur les liaisons souvent dangereuses entre ressources naturelles, conflits et corruption. Elle fait campagne pour que cessent la corruption et les abus des droits de l'homme dans l'exploitation des ressources naturelles. Global Witness a notamment contribué à établir le Processus de Kimberley (voir encadré) et l'Initiative de Transparence dans les Industries d'Extraction. Son travail de lobbying sur "les diamants de conflits" lui a valu d'être nommée pour le Prix Nobel en 2003.

 
5 Questions à Elly Harrowell, chargée du Projet sur les diamants, Global Witness

1 - Que savez-vous de l'extraction de diamants au Zimbabwe et particulièrement dans la région de Marange ?

L’extraction et le commerce des diamants au Zimbabwe font face actuellement à trois grands problèmes. Premièrement, les atteintes graves et systématiques aux droits des personnes dans les champs diamantifères du Marange. Le rapport récent de Human Rights Watch contient des preuves très claires à cet égard. Deuxièmement, la militarisation des mines: l’armée contrôle l’extraction des diamants au Marange pour son propre profit, ce qui est extrêmement troublant. Enfin, il y a la question de l’ampleur du commerce illicite des diamants zimbabwéens, que l'on trouve même en Afrique de l’Ouest.
 
2- Pourquoi est-il important que le Processus de Kimberley agisse dans ce dossier ? 
 
Si les gouvernements qui font partie du Processus de Kimberley (PK) n’agissent pas de façon concrète et immédiate à propos du Zimbabwe, le PK risque de perdre toute sa crédibilité. Le PK a été établi pour apporter l'assurance aux consommateurs que les diamants sont "propres". Or dans le Marange, où les diamants sont produits, la population est victime d’atteintes graves aux droits de l'Homme.

Fin juin, le PK a envoyé sur le terrain une équipe chargée d’étudier l’application du Processus de Kimberley. Cette équipe doit préparer un rapport et formuler des recommandations pour améliorer la situation au Zimbabwe. Ceci dit, il existe un véritable risque que le gouvernement zimbabwéen n’accorde pas l’accès à l’équipe, et aux personnes dont elle a besoin, pour écrire un rapport soigné et transparent.

3- Qu'attendez vous exactement du Processus de Kimberley ?
 
Le PK dispose de tous les outils nécessaires pour régler la situation au Zimbabwe, mais il faut tout d’abord qu’il y ait une volonté politique de la part des gouvernements membres d’agir sur cette question. Muni d’une véritable volonté politique, le PK pourrait d'abord suspendre le Zimbabwe du Processus jusqu’à ce que les autorités fournissent des garanties sur le respect des droits de la personne et sur la démilitarisation des mines de Marange. Ceci est extrêmement important. Il faut également travailler avec les pays voisins pour faire cesser le commerce illicite des diamants. Le risque, c'est que ces diamants entrent dans les circuits internationaux.
 
4- Le Processus de Kimberley a-t-il l'autorité suffisante pour imposer ses recommandations ?
 
Oui, mais seulement si les gouvernements membres du PK sont prêts à utiliser tous les outils dont ils disposent, c’est à dire suspendre le Zimbabwe du Processus de Kimberley. S'ils ne sont pas prêts à aller jusque-là, il est peu probable que le PK puisse imposer sa volonté au Zimbabwe.
 
5- Quelles autres mesures préconisez-vous pour faire cesser les violations des droits de l'homme ?
 
C'est une question très large, plus large que le mandat du Processus de Kimberley, qui s’applique strictement à l’exploitation et au commerce des diamants. Concernant les abus des droits de la personne dans le secteur diamantifère, les pays membres du PK doivent travailler avec l’industrie et la société civile pour mettre fin à ces abus, une fois pour toutes. En outre,le gouvernement zimbabwéen doit entreprendre un dialogue ouvert et franc avec le PK. Nier la réalité de la situation ne fait que nuire à sa crédibilité déjà très fragile à ce sujet.
 
Propos recueillis par S.G.
2 juillet 2009

ZIMBABWE

Chef de l'Etat : Président Robert Mugabe
Capitale : Harare
Superficie : 390580²
Population : 13619000 habitants
Gentilé : Zimbabwéen, Zimbabwéenne

La position du Zimbabwe

La position du Zimbabwe
Circulez, il n'y a rien à voir. C'est en substance le message des autorités zimbabwéennes.
Elles réfutent les accusations de violations des droits de l'Homme à l'encontre des chercheurs de diamants de la région de Marange.

"Contrairement aux allégations des médias, les forces de sécurité n'ont tué personne lors de l'opération menée à Marange", affirmait le 24 juin dernier le vice-ministre zimbabwéen des Mines. Devant les pays producteurs de diamants réunis en Namibie pour examiner les avancées du Processus de Kimberley, il explique: "le gouvernement (a été forcé) à mener une opération spéciale pour débusquer les mineurs illégaux - quelques 30 000 personnes -  et ramener l'ordre dans la région".

Par ailleurs, Harare estime qu'il n'y a pas lieu de parler de "diamants de guerre": "Il n'y a pas de conflit armé ni aucune implication d'une armée ou d'un mouvement rebelle au Zimbabwe. Donc, les diamants des champs de Marange ne tombent pas dans la définition des "diamants de guerre" donnée par le processus de Kimberley" (secrétaire aux Mines, Thankful Musukutwa)

Un élargissement de la définition des diamants de guerre, c'est précisement ce que demandent les ONG telles que Human Rights Watch et Global Witness (voir interviews).

30 ans de régime Mugabe ont plongé le pays dans une faillite économique et humanitaire. En février 2009, au terme d'un an de bataille politique, le MDC de Morgan Tsvangirai et le Zanu-PF du président sont parvenus à s'entendre sur la formation d'un gouvernement d'union nationale. Les rivalités restent très fortes entre les deux camps. Le portefeuille des Mines reste dans les mains du ZANU-PF. Le 1er ministre, Morgan Tsvangirai, n'a fait aucune déclaration jusqu'à présent sur le dossier des diamants.

Le Processus de Kimberley et les diamants de “conflits“

C'est une structure de coopération internationale, créée en 2003 à Kimberley (Namibie) pour moraliser le commerce des diamants.
Le 30 avril 2003, 43 pays signent un traité visant à supprimer le trafic mondial de diamants dits "de conflits", connu aussi sous le terme "diamants de sang". Or, le système de surveillance reste défaillant, notamment au Zimbabwe. Un constat dressé à l'issue de la 6ème session du Processus (26 juin 2009) à Windhoek en Namibie. C'est la conséquence directe des conflits d'intérêt et des divergences entre parties prenantes. Les ONG font pression pour inclure le respect des droits de l'homme dans les zones minières. Les milieux diamantifères considèrent que c'est une perte de temps.
Plus de 99 % de la production mondiale de diamants provient de pays en paix contre 15 à 16 % dans les années quatre-vingt-dix (source: Onu)

Dossier préparé par Sophie Golstein