TV5MONDE
Accueil / Information / L'œil de la rédaction / Diamants du sang : entretien avec Global Witness
Imprimer
envoyer à un ami

Diamants du sang : entretien avec Global Witness

L'œil de la rédaction

zimbabwe_diamants_du_sang_juin_2009

Diamants du sang : entretien avec Global Witness

"Si les gouvernements membres du Processus de Kimberley n’agissent pas de facon concrète et immédiate au Zimbabwe, le Processus risque de perdre toute sa crédibilité."



Global Witness est une organisation non-gouvernementale qui enquête depuis 1995 sur les liaisons souvent dangereuses entre ressources naturelles, conflits et corruption. Elle fait campagne pour que cessent la corruption et les abus des droits de l'homme dans l'exploitation des ressources naturelles. Global Witness a notamment contribué à établir le Processus de Kimberley (voir encadré) et l'Initiative de Transparence dans les Industries d'Extraction. Son travail de lobbying sur "les diamants de conflits" lui a valu d'être nommée pour le Prix Nobel en 2003.

 
5 Questions à Elly Harrowell, chargée du Projet sur les diamants, Global Witness

1 - Que savez-vous de l'extraction de diamants au Zimbabwe et particulièrement dans la région de Marange ?

L’extraction et le commerce des diamants au Zimbabwe font face actuellement à trois grands problèmes. Premièrement, les atteintes graves et systématiques aux droits des personnes dans les champs diamantifères du Marange. Le rapport récent de Human Rights Watch contient des preuves très claires à cet égard. Deuxièmement, la militarisation des mines: l’armée contrôle l’extraction des diamants au Marange pour son propre profit, ce qui est extrêmement troublant. Enfin, il y a la question de l’ampleur du commerce illicite des diamants zimbabwéens, que l'on trouve même en Afrique de l’Ouest.
 
2- Pourquoi est-il important que le Processus de Kimberley agisse dans ce dossier ? 
 
Si les gouvernements qui font partie du Processus de Kimberley (PK) n’agissent pas de façon concrète et immédiate à propos du Zimbabwe, le PK risque de perdre toute sa crédibilité. Le PK a été établi pour apporter l'assurance aux consommateurs que les diamants sont "propres". Or dans le Marange, où les diamants sont produits, la population est victime d’atteintes graves aux droits de l'Homme.

Fin juin, le PK a envoyé sur le terrain une équipe chargée d’étudier l’application du Processus de Kimberley. Cette équipe doit préparer un rapport et formuler des recommandations pour améliorer la situation au Zimbabwe. Ceci dit, il existe un véritable risque que le gouvernement zimbabwéen n’accorde pas l’accès à l’équipe, et aux personnes dont elle a besoin, pour écrire un rapport soigné et transparent.

3- Qu'attendez vous exactement du Processus de Kimberley ?
 
Le PK dispose de tous les outils nécessaires pour régler la situation au Zimbabwe, mais il faut tout d’abord qu’il y ait une volonté politique de la part des gouvernements membres d’agir sur cette question. Muni d’une véritable volonté politique, le PK pourrait d'abord suspendre le Zimbabwe du Processus jusqu’à ce que les autorités fournissent des garanties sur le respect des droits de la personne et sur la démilitarisation des mines de Marange. Ceci est extrêmement important. Il faut également travailler avec les pays voisins pour faire cesser le commerce illicite des diamants. Le risque, c'est que ces diamants entrent dans les circuits internationaux.
 
4- Le Processus de Kimberley a-t-il l'autorité suffisante pour imposer ses recommandations ?
 
Oui, mais seulement si les gouvernements membres du PK sont prêts à utiliser tous les outils dont ils disposent, c’est à dire suspendre le Zimbabwe du Processus de Kimberley. S'ils ne sont pas prêts à aller jusque-là, il est peu probable que le PK puisse imposer sa volonté au Zimbabwe.
 
5- Quelles autres mesures préconisez-vous pour faire cesser les violations des droits de l'homme ?
 
C'est une question très large, plus large que le mandat du Processus de Kimberley, qui s’applique strictement à l’exploitation et au commerce des diamants. Concernant les abus des droits de la personne dans le secteur diamantifère, les pays membres du PK doivent travailler avec l’industrie et la société civile pour mettre fin à ces abus, une fois pour toutes. En outre,le gouvernement zimbabwéen doit entreprendre un dialogue ouvert et franc avec le PK. Nier la réalité de la situation ne fait que nuire à sa crédibilité déjà très fragile à ce sujet.
 
Propos recueillis par S.G.
2 juillet 2009

ZIMBABWE

Chef de l'Etat : Président Robert Mugabe
Capitale : Harare
Superficie : 390 757 km2²
Population : 13 619 000 habitants
Gentilé : Zimbabwéen, Zimbabwéenne

La position du Zimbabwe

Circulez, il n'y a rien à voir. C'est en substance le message des autorités zimbabwéennes.
Elles réfutent les accusations de violations des droits de l'Homme à l'encontre des chercheurs de diamants de la région de Marange.

"Contrairement aux allégations des médias, les forces de sécurité n'ont tué personne lors de l'opération menée à Marange", affirmait le 24 juin dernier le vice-ministre zimbabwéen des Mines. Devant les pays producteurs de diamants réunis en Namibie pour examiner les avancées du Processus de Kimberley, il explique: "le gouvernement (a été forcé) à mener une opération spéciale pour débusquer les mineurs illégaux - quelques 30 000 personnes -  et ramener l'ordre dans la région".

Par ailleurs, Harare estime qu'il n'y a pas lieu de parler de "diamants de guerre": "Il n'y a pas de conflit armé ni aucune implication d'une armée ou d'un mouvement rebelle au Zimbabwe. Donc, les diamants des champs de Marange ne tombent pas dans la définition des "diamants de guerre" donnée par le processus de Kimberley" (secrétaire aux Mines, Thankful Musukutwa)

Un élargissement de la définition des diamants de guerre, c'est précisement ce que demandent les ONG telles que Human Rights Watch et Global Witness (voir interviews).

30 ans de régime Mugabe ont plongé le pays dans une faillite économique et humanitaire. En février 2009, au terme d'un an de bataille politique, le MDC de Morgan Tsvangirai et le Zanu-PF du président sont parvenus à s'entendre sur la formation d'un gouvernement d'union nationale. Les rivalités restent très fortes entre les deux camps. Le portefeuille des Mines reste dans les mains du ZANU-PF. Le 1er ministre, Morgan Tsvangirai, n'a fait aucune déclaration jusqu'à présent sur le dossier des diamants.

Le Processus de Kimberley et les diamants de "conflits"

C'est une structure de coopération internationale, créée en 2003 à Kimberley (Namibie) pour moraliser le commerce des diamants.
Le 30 avril 2003, 43 pays signent un traité visant à supprimer le trafic mondial de diamants dits "de conflits", connu aussi sous le terme "diamants de sang". Or, le système de surveillance reste défaillant, notamment au Zimbabwe. Un constat dressé à l'issue de la 6ème session du Processus (26 juin 2009) à Windhoek en Namibie. C'est la conséquence directe des conflits d'intérêt et des divergences entre parties prenantes. Les ONG font pression pour inclure le respect des droits de l'homme dans les zones minières. Les milieux diamantifères considèrent que c'est une perte de temps.
Plus de 99 % de la production mondiale de diamants provient de pays en paix contre 15 à 16 % dans les années quatre-vingt-dix (source: Onu)
Accueil / Information / L'œil de la rédaction / Diamants du sang : entretien avec Global Witness
Imprimer
envoyer à un ami

également sur TV5monde.com

(re)voir TV5MONDE

tv5mondeplus

WEBTV

tv5mondeplusafrique tivi5mondeplus

VOD

cinema.tv5monde documentaire.tv5monde

Rechercher