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Les juges prennent la tête de la contestation en Egypte

L'œil de la rédaction

egypte-2012

Les juges prennent la tête de la contestation en Egypte
L'Egypte s'enfonce dans la crise politique. La rue manifeste, la presse s'insurge et le bras de fer se poursuit entre le président Morsi et le pouvoir judiciaire. Aujourd'hui, la Cour constitutionnelle et les juges sont en grève - ils refusent de superviser le référendum sur le projet constitutionnelle du président. Du jamais vu en Egypte.

Dernier avertissement au président Morsi

Contre le projet de Constitution

03.12.2012 - Durée : 1'08Par Nathalie Thévenaz (RTS)
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Chevaliers blancs ou conservateurs, qui sont ces juges ?

Réponses de Nathalie Bernard-Maugiron, chercheuse à l'Institut de Recherche et de Développement

Propos recueillis par Liliane Charrier

Quel pouvoir représentent traditionnellement les juges en Egypte ?


En qualité de 3e pouvoir, les juges, théoriquement, n’interviennent pas en politique. Mais les juges égyptiens se distinguent par une très forte tradition d’indépendance et une volonté très marquée de protection de l’Etat de droit moderne, à l’occidentale. Or le décret constitutionnel pris par le président Morsi la semaine dernière est un total déni de leur pouvoir. Il vide le rôle des tribunaux de tout contenu en les empêchant de se prononcer sur toutes les décisions prises par le gouvernement depuis son accession au pouvoir.

Par le passé, les juges se sont déjà révoltés contre des présidents. En 1969, ils se sont opposés à Nasser, qui voulait les forcer à intégrer son parti unique, une fronde qui avait abouti à la mise à la retraite d’office d’environ 200 magistrats. Et puis en 2005, constatant la corruption et le manque de transparence qui présidaient au processus électoral, les juges avaient déjà menacé Moubarak de boycotter la supervision des élections et du référendum constitutionnel en l’absence de garanties de transparence. À l’époque, on les accusait d’être infiltrés par les Frères musulmans alors qu’ils revendiquaient une plus grande indépendance de la justice. Aujourd’hui, paradoxalement, on les accuse d’être partisans de l’ancien régime contre les Frères musulmans.

La magistrature peut-elle être considérée comme un bastion d’intégrité en Egypte ?

Ils sont, certes, traversés par des courants. Certains ont collaboré avec Moubarak, d’autres sont plus proches des Frères musulmans. Mais dès que l’on touche d’un peu trop près à leurs valeurs et à leur indépendance, ils réagissent très violemment.
Ces juges viennent tous d’un même milieu social, la moyenne bourgeoisie. S’ils ne sont pas nommés par le gouvernement, la sélection à l’entrée dans la magistrature est très dure, si bien que seuls ceux qui se coulent dans un certain moule sont recrutés. Ainsi a-t-on des dynasties de juges, de père en fils, ce qui est d’ailleurs très critiqué par ceux qui n’ont pas la chance de venir d’un milieu social permettant d’entrer dans la magistrature et qui « finissent » avocats, - d’où les tensions entre juges et avocats.

A l’image de la société égyptienne, les magistrats sont très conservateurs. De par leur éducation et leur formation, ils sont anti islamistes et n’entendent pas partager le pouvoir avec des hommes de religion qui viendraient leur dire comment appliquer les lois. Ils ne croient pas en la théocratie et ne veulent pas appliquer la charia. Ils sont très attachés à l’Etat de droit, moderne, occidental, avec séparation des pouvoirs.

Quelle sortie de crise pour le gouvernement ?

Le pouvoir est face à un gros blocage : comment organiser un référendum sans juges alors que la Constitution prévoit que celui-ci doit se dérouler sous la supervision des magistrats ? Le gouvernement est en train d’explorer des solutions : il regarde du côté des professeurs d’université et des avocats, mais cette solution nécessiterait déjà de modifier la déclaration constitutionnelle.

Soit le président Morsi continue le bras de fer, soit tous les magistrats ne suivent pas le Club des juges, censé représentés tous les juges d'Egypte, dont le président, Ahmed al-Zend, est une personnalité controversée, ouvertement pro Moubarak. La notion de pouvoir judiciaire étant assez élastique en Egypte, Mohamed Morsi peut aussi puiser dans d’autres corps judiciaires pouvant être assimilés à des magistrats même s’ils ne le sont pas, comme le corps du contentieux de l’Etat, qui regroupent les défenseurs de l’Etat devant les tribunaux.

Comment cette fronde est-elle perçus par la population ?

Jusqu’à présent, les juges jouissaient d’un grand prestige auprès de l’opinion publique, même s’ils vivent en cercle fermé et qu’on ne les voit en général que dans les tribunaux. Les gens avaient confiance en eux. Aujourd’hui, pourtant, certains juges se discréditent en publiant des déclarations politiques dans la presse. Pour la première fois, la population manifeste contre les juges, comme hier devant la Cour constitutionnelle. Jamais on avait vu la population traiter les juges de "corrompus", "partisans de l’ancien régime", "antirévolutionnaires". En 2005, les Egyptiens manifestaient leur soutien aux juges.


L'ancien procureur général Andel-Meguid Mahmoud prend la parole lors d'une conférence de presse, le 24 novembre, pour s'opposer à l'élargissement des pouvoirs du président. AFP

ÉGYPTE

Chef de l'Etat : Abdel Fattah al-Sissi
Capitale : Le Caire
Superficie : 1 001 450 km2²
Population : 83 082 869 habitants
Gentilé : Egyptien, Égyptienne

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