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Le blog planétaire - Le mur vu d'ailleurs, des murs ailleurs

L'œil de la rédaction

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Le blog planétaire - Le mur vu d'ailleurs, des murs ailleurs

Retrouvez ici les contributions de nos blogueurs !

Des blogueurs des quatre coins du monde commentent en direct l'anniversaire de la chute du mur de Berlin, les 8 et 9 novembre.

L'équilibre de la terreur c'est fini. Reste la terreur de l'équilibre

par Ghania Mouffok - 10/11/2009 - 10 h GMT - d'Alger

L’Allemagne ? C’est où ? C’est à la télévision, j’ai revu la tête de Lech Walesa pendant que sur mon ordinateur, Brigitte Fontaine chante pour moi, à  tue-tête,  « la propriété c’est le vol », « bientôt amour et poésie seront interdits par tous ces maudits ». J’ai vu le mur tomber en théorie des dominos, symbole de quoi ? L’effet papillon, quand le mur tombe, la Yougoslavie explose dans une horrible guerre, l’URSS s’effondre et massacre en Tchétchénie, l’Afghanistan se pulvérise, l’Irak retourne au moyen-âge, les Palestiniens se font massacrer, l’Algérie est en rouge et noir et j’en oublie.

L’équilibre de la terreur, c’est fini, reste la terreur de l’équilibre. Je ne regrette ni le KGB, ni la Stasi, ni la Securitate, et j’imagine que pour les Allemands, c’est une grande émotion, un grand retour sur l’Histoire, Dorothea Hahn sur TV5 se rappelle que cette nuit là, la nuit de la chute, elle dormait, elle n’y croyait pas, elle dit « on avait appris à vivre avec » et on ne voulait pas le voir, ce mur. Nous aussi, on ne le voyait pas, parce qu’on était en plein dedans et nous n’en sommes pas sortis, on y est toujours derrière le mur.

Le mur des dictatures silencieuses puisqu’il n’y a plus de mur, le mur de la guerre froide entre l’impérialisme et le socialisme. Idéologie honnie, le communisme, l’ennemi à abattre, avec les restes de mur on s’arrangera et laissons les barbares se débrouiller avec leur hijeb, leur djihad, leurs armées de bâtons et de boucliers.  Mes résistances ont perdu leur utopie mais elles demeurent dans une écrasante solitude, qui se souvient de la Démocratie, de la Liberté, de la Justice, de l’Egalité ?

En même temps que j’écris ces mots, comment ne pas me sentir ridicule ? Je suis ridicule. Nous sommes en novembre, date du déclenchement de la guerre de libération nationale, le 1er novembre 1954, et mon fils chante à longueur de journée, Kassaman, l’hymne national algérien au programme sur sa petite tête, il chante « de nos montagnes monte la voix des hommes libres » et je l’accompagne de mon mur de questions. Après Kassaman, il apprendra sa leçon à la gloire de la police, si, si c’est vrai, la leçon dit que la police a un sifflet et que de ses signes elle protège la rue pendant que les individus  comme la communauté s’écrasent dans un magnifique respect.

C’est au programme de la deuxième année de l’école primaire. Les enseignants sont en grève pour de tristes histoires de salaires minables et la justice vient de déclarer à l’unanimité plus une voix que leur grève est illégale. Bientôt, la police mettra de l’ordre dans la rue et j’accompagnerai mon fils aux portes de l’école, lui dirai-je que la police n’est pas notre amie ou me contenterais-je de lui acheter des Géox, « la chaussure qui respire » désormais en vente sur le marché ? Dictature et marché, à l’image de la Chine dont nous pouvons désormais même apprendre la langue à Alger.

Aussi, ne m’en voulez pas si, au fond, pour moi, l’Allemagne c’est encore loin.

Ghania Mouffok est journaliste et écrivaine à Alger

Salade à la Macédoine

par Alexia Kefalas - 10/11/2009 - 9 h GMT - de Grèce

Plus que le 9 novembre, dont je n’ai pas de souvenir précis, c’est l’année 1989 qui aura été marquante pour moi. J’ai, en effet, ouvert les yeux sur deux notions. La division des mondes tout d’abord ; une donnée immuable pour les adultes mais assez vague pour moi. Certains voyaient l’Est comme un eldorado, d’autres comme l’enfer… chacun avait sa propre conviction politique et les repas de famille se transformaient en agora antique, il fallait avoir de la voix pour se faire entendre...

Cette même année, j’ai découvert le terme « communisme », très à la mode chez les Grecs. Et pour cause, pour la première fois en Grèce, en juin 89, la droite (qui avait remporté les législatives mais sans majorité) avait signé un accord historique avec la coalition de gauche pour pouvoir gouverner pendant trois mois. Au sein du parti communiste, les débats houleux, entre ceux qui voulaient suivre la ligne de Gorbatchev et les autres, ont mené à la division du parti, un an plus tard.

Avec du recul, j’ai pu analyser l’importance de la chute de ce mur pour la Grèce et Chypre.
Pour les Hellènes, c’était le début de la perte d’influence du pays dans la région. Tout évoluait très vite. Là ou la Grèce était le seul pays des Balkans membre de l’UE et de l’OTAN, elle est aujourd’hui, simple membre, comme ses voisins. Le démantèlement de la Yougoslavie a, par la suite, entraîné la Grèce dans les méandres de la bataille autour du nom « Macédoine » et de l’appellation de son pays voisin.

Au moment ou Berlin détruisait son mur, Nicosie s’interrogeait sur le sien. La capitale chypriote n’était pas européenne à l’époque mais bien divisée depuis 1974. Une division, non pas idéologique, comme en Allemagne, mais caractéristique de l’Histoire de la région : puissance régionale turque, problèmes d’eau (et de la désertification de l’ile), etc..

Ironie de l’Histoire, aujourd’hui le président chypriote, Dimitri Christofias, est tout comme le leader de la partie nord occupée par l’armée turque, issus de la jeunesse communiste. Les deux amis communiquent en russe pour mener à bien les négociations de paix et sont déterminés, malgré les obstacles, à détruire ce dernier mur d’Europe.

Alexia Kefalas est journaliste au quotidien grec I Kaphiremini

Promenade autour des murs de Porto Alegre

par l'équipe de Correio Internacional - 10/11/2009 - 5h00 GMT - du Brésil

Ce travail est une réflexion sur l'une des représentations que peut avoir l'anniversaire des 20 ans de la chute du Mur de Berlin dans les différents univers de l'espace urbain de la ville de Porto Alegre, au Brésil. Nous avons photographié quelques uns des Murs de Berlin trouvés dans cette ville le jour même de l'anniversaire, le 9 novembre 2009.

Vingt ans après la destruction du Mur de Berlin, la ville de Porto Alegre, comme la plupart des agglomérations brésiliennes, contient des espaces urbains marqués par la présence de murs et grilles. Mais si le fameux mur divisait le socialisme et le capitalisme, aujourd'hui ces murs anonymes séparent les pauvres des riches, les "marginaux" des citoyens, et la violence de la sécurité.

La réalité brésilienne est marquée par la séparation sociale, une séparation qui  se concrétise par ces barrières. La chute du Mur de Berlin peut être vue comme l'une des plus grandes victoires en faveur de la liberté humaine. Ces murs de briques et béton qui font partie de notre quotidien menacent le rêve d'une liberté réelle et sont des icônes notables dans une société marquée par les inégalités.
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La photo la plus classique de Porto Alegre est celle qui montre le centre de la ville depuis le Lac Guaiba. Pour la petite histoire, en 1941 la ville a vécu sa catastrophe la plus marquante avec une grande crue des rivières qui débouchent au delta du Guaiba. La Crue de 41 a obligé les gouverneurs postérieurs de la ville à construire un mur séparant le centre ville du Lac pour éviter les dégâts d'une nouvelle crue. Aujourd'hui Porto Alegre en souffre. La destruction du mur est un sujet polémique à une époque où se multiplient les phénomènes extrêmes. Et les photos depuis le lac sont belles, mais de l'autre côté du Mur, nous voyons souvent une autre réalité.
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Cette photo montre l'Hotel de Ville au fond et la Fontaine Talavera à gauche puis, au premier plan, le grillage qui entoure cette fontaine en plein cœur de la ville.

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Au fond un bâtiment appartenant au Ministère de la Justice. En troisième plan le Bidonville nommée Chocolatao en référence au bâtiment de couleur marron du Ministère des Finances, situé de l'autre côté du bidonville (en dehors de l'image). En deuxième plan le parking des fonctionnaires de l'état et en premier plan sa grille de protection.

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Voici une photo de l'entrée de ce bidonville montrant le mur qui le sépare des bâtiments publics.

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Voici une photo d'une maison entièrement grillagée, située dans un quartier de classe moyenne à Porto Alegre.

Photos de Roberto Blum et Jonas Lunardon de Correio Internacional - Porto Alegre, Brésil

Ruxandra avait tout juste 20 ans…

par Rodica Pricop - 9/11/2009 - 20 h 30 GMT - de Roumanie

Depuis novembre, ma mère, qui écoutait Radio ‘Europe Libre ‘, chantonnait des qu’elle entrait le soir à la maison : ‘C’est un vent de liberté qui souffle’, une chanson qu’elle avait appris quant elle était jeune scout.  Ma mère était confiante que Ceausescu allait être renversé et depuis la Chute du Mur, elle le disait tout le temps. C’est par la radio qu’on a appris aussi la révolte ensanglantée de Timisoara, du 17 Décembre. Depuis, l’atmosphère était devenue irrespirable, Bucarest était une ville fantôme pendant ces jours de décembre. Les communistes avaient interdit les rassemblements de plus de cinq personnes…

On avait peur de parler au téléphone, mais auprès des portes de la maison… Pendant les deux heures quotidiennes de télévision, la propagande de Ceausescu nous parlait des forces externes, des ennemis qui tentaient d’attaquer la République Socialiste. Personne ne le croyait.

Le matin du 21 décembre, ma soeur a été convoquée sur son lieu de travail afin de participer au grand rassemblement de Ceausescu, devant le Comité Central du Parti, aujourd’hui la Place de la Révolution. Ce jour-là va rester toujours dans ma mémoire, car j’ai senti un mélange de sentiments contradictoires, mais tellement forts : une peur viscérale, une  joie incommensurable et une tristesse qui revient  chaque 21 Décembre.

Je n’ai jamais eu peur pour ma famille sauf ce jour-là ; ma soeur est rentrée tard dans l’après-midi, et mon père est allé acheter un sapin de Noël après le travail, ma mère et moi on les a attendus le cœur battant fort…  

Après le fuite de Ceausescu en hélicoptère, les batailles de rue ont commencé, on a vécu en direct la révolution depuis la maison, dehors on entendait des coups de feux, des sirènes, des avions, c’était la guerre… Mon père a voulu repartir vite, rejoindre les gens qui avaient construit des barricades Place de l’Université. On lui a caché ses bottes, on ne voulait pas le laisser partir, surtout quand on voyait des gens se faire tués en direct, à la télé… Ce fut la plus longue nuit pour nous tous et la plus terrible…

Très tôt le lendemain matin après avoir appris que les Ceausescu avaient été arrêtés puis que l’armée et la Militia avaient rejoint la révolution, on s’est rendu en centre ville. Depuis la maison jusqu'à la Place de la Révolution, cela faisait moins de dix minutes à pied. Au début, on ne comprenait pas pourquoi mon père voulait faire un grand détour, pourquoi il nous empêchait de regarder à gauche ou à droite…

Avant d’arriver devant le Comité Central, j’ai compris tout d’un coup. Une des rues qui donne sur la Place de l’Université était recouverte de toiles en plastique noires. D’un bout à l’autre. Et là j’ai compris: beaucoup de ceux que j’ai vus a la télé sur les barricades pendant la nuit, étaient là, devant nous morts, sous les toiles noires...

Plus tard, on a appris qu’une des premières victimes de la Révolution à Bucarest, renversées par un des chars de l’armée, en essayant de l’empêcher d’avancer,  était une amie de ma sœur, sa collègue de classe au lycée et à l’école générale. Ruxandra Mihaela Marcu avait juste 20 ans, elle était née en Novembre 1968… Dans la Loi qui confère le statut d’héroïne à Ruxandra, on peut lire qu’elle est morte en criant : "On vaincra ou on va mourir !".

Pour moi, la révolution a le visage de cette belle fille de 20 ans, au courage fou. Grâce à elle et à d’autres centaines de jeunes aux cœurs pures, nous, les Roumains avons obtenu la liberté. Aujourd’hui, beaucoup d’entre nous se demandent toujours : est-ce que ce pays a été à la hauteur de leurs sacrifices, qu’est ce qu’on a fait de ces 20 ans ? La réponse est compliquée et assez triste…

Rodica Pricop est rédactrice en chef adjointe à Nine O’Clock, et journaliste à Bucarest Hebdo

Le mur de Berlin raconté par les correspondants de la presse internationale à Paris

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