L'œil de la rédaction
RIDEP, rencontres internationales du dessin de presse 2012
Dessin de presse : coups de griffe de Nadia Khiari
C'est en pleine révolution tunisienne que Nadia Khiari devient dessinatrice satirique. Le 13 janvier 2011, consternée par le discours de Ben Ali (le dernier prononcé par l'ancien dictateur), cette enseignante aux Beaux-Arts de Tunis crée Willis from Tunis, un chat drôle et incisif, dont la notoriété sur Facebook explose en quelque semaines. Depuis, elle en a fait un livre qu'elle a présenté aux 13e Rencontres internationales du dessin de presse à Carquefou en France.
La Tunisienne Nadia Khiari et son chat Willis from Tunis à la 13 édition des RIDEP de Carquefou.
Entretien avec Nadia Khiari
22.01.2012Propos recueillis par Camille SarretVous vous êtes lancée dans le dessin de presse au moment même où Ben Ali prononçait son dernier discours. Qu'avez-vous ressenti en l'écoutant ?Pendant ce discours, Ben Ali promettait beaucoup de choses pour rester au pouvoir, comme la liberté d'expression, la levée de la censure sur Internet, etc. Alors je me suis dit "on va tester, on va voir si ce qu'il dit est vrai. " Le soir même, j'ai créé un profil sur Facebook et j'ai publié le dessin que je venais de faire devant ma télé : un chat souriant disant : "Je vous ai compris". Une phrase que Ben Ali n'avait pas arrêté de répéter et qui me faisait bien rire. Mais j'ai fait tout ça de manière anonyme, sans donner mon nom. J'avais encore peur des conséquences que cet acte pouvait avoir sur moi et ma famille.
Le succès a-t-il été immédiat ?
Au départ c'était vraiment pour mon entourage. Les premiers jours, j'avais 20 personnes sur mon Facebook. Puis, il y a eu très vite un effet boule de neige. Les personnes qui avaient accès à mon profil partageaient mes dessins. Leurs amis faisaient de même. Au bout d'une semaine j'avais 900 fans, et depuis ça n'a pas cessé d'augmenter [aujourd'hui le profil rassemble près de 15 000 fans, Ndlr]. Ça a pris des proportions incroyables. Je ne m'y attendais pas du tout.
C'est parti de manière très spontanée d'un besoin très fort et urgent de m'exprimer. Depuis ma naissance, je n'ai jamais pu dire ce que je voulais dans mon pays. On a toujours été muselé. Donc, du jour au lendemain, pouvoir dire ce que l'on voulait du pouvoir représentait une libération énorme. Personnellement, j'avais besoin de décompresser, rire et faire rire. À cette période, le climat était très tendu. Il y avait le couvre-feu, on tirait de partout, c'était le chaos total. Le dessin satirique est devenu un vrai défouloir.
Pourquoi avoir choisi un chat comme personnage principal ?
D'abord parce que j'ai un chat qui s'appelle Willis. Et aussi parce que j'aime ce que symbolise le chat : l'indépendance. Les artistes anarchistes ont beaucoup utilisé cet animal. On ne domestique pas un chat. Il incarne le refus du pouvoir.
Dans mes dessins, Willis a progressivement pris la forme de tout un chacun. Il peut devenir une vieille dame, un jeune révolutionnaire... Il s'adapte à ce que j'ai envie de dire.
Aujourd'hui, arrivez-vous à vivre de vos dessins ?
Mon premier métier reste l'enseignement aux Beaux-arts. Pour l'instant, je ne vis pas de mes dessins. Je les publie sur Internet où ils sont en libre accès. Je collabore aussi à Siné Mensuel [magazine français satirique, Ndlr] où je fais une carte postale de Tunisie, et je publie des livres à comptes d'auteurs. Mon premier a été celui de Willis from Tunis, chronique d'une révolution. Je l'ai sorti en mars 2011, dans l'urgence. À cette période, on ne savait pas trop ce qui allait se passer en Tunisie. Tout était flou. On n'avait pas encore décidé d'organiser des élections, de réécrire la constitution, etc. J'avais peur que la parenthèse enchantée dans laquelle on était se referme.
Pourquoi vous ne publiez pas vos dessins dans la presse tunisienne ?
Les journaux tunisiens restent très orientés politiquement. Je n'ai pas envie d'être labellisée, de dire aux gens quoi penser et pour qui voter. Pour moi faire du dessin satirique, c'est pouvoir "taper" sur qui on veut et sur tout le monde. Je veux garder mon indépendance. Donc, pour l'instant, je préfère fonctionner autrement.
Avec 13 autres dessinateurs, on a créé un collectif et on a sorti Koumik, 32 pages de BD en français et en arabe. Le deuxième tome doit sortir en mars prochain. On a aussi lancé un site collaboratif Yaka Yaka. Entre nous, tout est autogéré. Ce que l'on gagne, on le ré-injecte dans le projet suivant. On envisage de s'organiser en coopérative.
D'abord parce que j'ai un chat qui s'appelle Willis. Et aussi parce que j'aime ce que symbolise le chat : l'indépendance. Les artistes anarchistes ont beaucoup utilisé cet animal. On ne domestique pas un chat. Il incarne le refus du pouvoir.
Dans mes dessins, Willis a progressivement pris la forme de tout un chacun. Il peut devenir une vieille dame, un jeune révolutionnaire... Il s'adapte à ce que j'ai envie de dire.
Aujourd'hui, arrivez-vous à vivre de vos dessins ?
Mon premier métier reste l'enseignement aux Beaux-arts. Pour l'instant, je ne vis pas de mes dessins. Je les publie sur Internet où ils sont en libre accès. Je collabore aussi à Siné Mensuel [magazine français satirique, Ndlr] où je fais une carte postale de Tunisie, et je publie des livres à comptes d'auteurs. Mon premier a été celui de Willis from Tunis, chronique d'une révolution. Je l'ai sorti en mars 2011, dans l'urgence. À cette période, on ne savait pas trop ce qui allait se passer en Tunisie. Tout était flou. On n'avait pas encore décidé d'organiser des élections, de réécrire la constitution, etc. J'avais peur que la parenthèse enchantée dans laquelle on était se referme.
Pourquoi vous ne publiez pas vos dessins dans la presse tunisienne ?
Les journaux tunisiens restent très orientés politiquement. Je n'ai pas envie d'être labellisée, de dire aux gens quoi penser et pour qui voter. Pour moi faire du dessin satirique, c'est pouvoir "taper" sur qui on veut et sur tout le monde. Je veux garder mon indépendance. Donc, pour l'instant, je préfère fonctionner autrement.
Avec 13 autres dessinateurs, on a créé un collectif et on a sorti Koumik, 32 pages de BD en français et en arabe. Le deuxième tome doit sortir en mars prochain. On a aussi lancé un site collaboratif Yaka Yaka. Entre nous, tout est autogéré. Ce que l'on gagne, on le ré-injecte dans le projet suivant. On envisage de s'organiser en coopérative.
Y a-t-il une renaissance du dessin de presse en Tunisie ?
On est dans la naissance tout court. Certes, le dessin de presse existait sous Ben Ali mais il n'était pas très subversif. Les dessinateurs ne s'attaquaient pas au pouvoir. Ils ne voulaient pas risquer leur vie ou être envoyés en prison. Ils avaient raison. Aujourd'hui, on a gagné le droit à la parole. Tous les arts, aussi bien graphiques que musicaux, vivent une extraordinaire libération. Ça bouillonne de partout.
Depuis la révolution, un cinéma et une télé ont été attaqués par des groupes salafistes. Les formes d'intimidation se multiplient. Craignez-vous un retour de la censure ?
Ce sont des événements anecdotiques. Je ne me concentre pas sur les salafistes. Ils sont une poignée. Ils expriment leurs idées. Je pense qu'on surestime leur portée et leur danger. Les Tunisiens - et pas uniquement les artistes et intellectuels - ne lâcheront pas facilement ce qu'ils viennent de gagner, c'est-à-dire la liberté d'expression et de pensée.
On est dans la naissance tout court. Certes, le dessin de presse existait sous Ben Ali mais il n'était pas très subversif. Les dessinateurs ne s'attaquaient pas au pouvoir. Ils ne voulaient pas risquer leur vie ou être envoyés en prison. Ils avaient raison. Aujourd'hui, on a gagné le droit à la parole. Tous les arts, aussi bien graphiques que musicaux, vivent une extraordinaire libération. Ça bouillonne de partout.
Depuis la révolution, un cinéma et une télé ont été attaqués par des groupes salafistes. Les formes d'intimidation se multiplient. Craignez-vous un retour de la censure ?
Ce sont des événements anecdotiques. Je ne me concentre pas sur les salafistes. Ils sont une poignée. Ils expriment leurs idées. Je pense qu'on surestime leur portée et leur danger. Les Tunisiens - et pas uniquement les artistes et intellectuels - ne lâcheront pas facilement ce qu'ils viennent de gagner, c'est-à-dire la liberté d'expression et de pensée.
Willis from Tunis raconte la révolution

Willis from Tunis, la chronique de la révolution
Recueil de dessins satiriques
Nadia Khiari
Recueil de dessins satiriques
Nadia Khiari
Tout savoir sur les RIDEP 2012
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