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Newsweek, dernière édition

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Newsweek, dernière édition
Le 31 décembre 2012, c'est la date affichée par la dernière Une papier de Newsweek, pourtant toujours deuxième magazine d'actualité, derrière Time, son concurrent historique. Il faudra désormais le lire, si on le trouve, uniquement sur le web. Et jusqu'à quand ? La disparition de cet emblème annonce-t-elle la disparition de la presse imprimée en général ? Eléments de réponse avec Jean Stern, journaliste et analyste des médias, et Peter Gumbel, correspondant de Time Magazine à Paris. 
31 décembre 2012, 17 février 1933, entre la première et la dernière édition, plus de 4000 Unes toujours remarquées, parfois contestées...
25.12.2012Sylvie Braibant
Le magazine ne fêtera pas son 80 ème anniversaire en 2013, avec l’une de ces Unes dont sa rédaction avait le secret. Né en 1933, il était encore le deuxième hebdomadaire d’actualité des Etats-Unis voilà moins de dix ans, diffusé dans 190 pays avec des éditions déclinées selon les continents, deux millions d’exemplaires américains et deux autres millions dispersés à travers le monde. En octobre 2012, Newsweek annonçait son  passage au tout numérique, et le 25 décembre il affichait sa dernière Une, marquée de la date du 31 décembre - une fin en soi -, en noir, blanc et rouge, presque comme une image d’apocalypse avec ce titre #lastprintissue - #impressiondernière. 

Pour Jean Stern, journaliste, auteur d’un ouvrage très critique sur les patrons de journaux français, et directeur pédagogique d'une école de journalisme, « cette date restera un marqueur important de l’histoire mondiale de la presse écrite, l’incarnation de la complexité et des différences de stratégies d’investissement des grands groupes de médias américains » autour de l’avenir de l’écrit. Peter Gumbel  le correspondant de Time  à Paris, le grand concurrent, plus heureux, de Newsweek est triste et inquiet : « Time aussi a connu de très dures années, et ça pourrait aussi nous arriver. Cette formule géniale, inventée il y a presque un siècle par les ‘News magazine’, ce résumé du monde de la semaine passée et de celle à venir, ne fonctionne plus bien. A l’époque de l’instantané, le tempo a changé. C’est un grand défi pour nous tous. »

Un modèle économique instable

La disparition de la formule imprimée de Newsweek si elle attriste aussi Jean Stern « puisque c’était un modèle du genre dans la grande tradition journalistique », ne l’empêche pas de penser que le papier garde un avenir devant lui, à condition de réinvestir dans la qualité, comme le New York Times ou le Wall Street Journal. Le passage au numérique, pensé comme une fin en soi, ne devrait pas permettre à Newsweek de survivre, d’autant que ses articles deviendront une simple rubrique d’un site d’information, The Daily Beast, plutôt pauvre.

Jean Stern : "Je crois à la disparition de journaux, pas à celle du papier"

Si des journaux disparaissent, d’autres naissent, et c’est cela qui rend optimiste le critique des médias : « En France, par exemple, un nouveau paysage se dessine à travers le web avec des sites qui prennent des chemins de traverse, qui inovent en faisant des pas de côté, comme Mediapart ou Arrêt sur images. Mais aussi un nouveau paysage de l’écrit grâce à des magazines comme Causette  (alter magazine féminin, ndlr) ou Transfuge (consacré à la litterature et au cinéma). »

L'impératif de qualité

Pourtant le modèle économique  des médias « pure player » (web uniquement) ou des bimédias est loin d’avoir fait ses preuves. Peter Gumbel s’interroge : « Aujourd’hui, tous les correspondants de Time par exemple écrivent à la fois pour le magazine avec des reportages et des papiers d’angle, et pour le web, avec des analyses rapides. La rédaction du papier a considérablement diminué, de près de la moitié en moins de dix ans, tandis que celle du site a été très remusclée. Certains articles sont payants d’autres non, et malgré cette transformation, nos annonceurs se font toujours plus rares et je ne suis pas certain que ça marche très bien… Il nous faut absolument proposer à nos lecteurs ce qu’on ne trouve pas ailleurs, et en même temps on sait que n’importe quel scoop se retrouvera accessible à tous en quelques minutes… »

Cet impératif de qualité est la clé de tout pour Jean Stern : « c’est la grande faute des patrons de presse. Au lieu de réinvestir dans le reportage, l’enquête, le dossier, ils coupent dans les budgets du savoir faire journalistique. C’est seulement par la qualité que l’on pourra gagner le pari de la transformation de la presse. »

Pour les plus optimistes, les années noires de l’information - dont le point culminant aurait été atteint en 2009, concomitant  avec la crise -, seraient derrière nous. Et pourtant le New York Times dont l’inventivité est saluée partout et par tous, ne retrouve pas son équilibre financier. Rendez vous, donc, dans quelques années, pour dénombrer les survivants et les nouveaux vivants.
La "rage musulmane" d'un côté, "l'Amérique d'Obama, un portrait national de l'autre", l'une des Unes les plus contestées, et l'une de celles les plus appréciées, deux faces de Newsweek

Le dernier livre de Jean Stern, La Fabrique Editions, 210 pages, Paris, octobre 2012, 13 euros

Le dernier livre de Peter Gumbel sur la France, Ed Grasset, 170 pages, Paris, 2010

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