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15 juillet 1942, de Paris à Chalon sur Saône

Juillet 1942, rafle du Vel d'Hiv - géographie d'un sauvetage

Elle secoue la tête et crierait presque « mais ça n’intéresse personne ! ». À 88 printemps, Michla est sûrement aussi têtue qu’il y a 60 ans. En un demi siècle de vie, je n’aurais réussi à extirper que des bribes sur ses années de terreur. Quelques mots prononcés par effraction, le plus souvent ponctués par un rire. J’ai hérité de son entêtement et malgré elle, je suis partie sur ses traces, celles d’une jeune femme ordinaire et exceptionnelle, Juive venue de Pologne, ayant échappé d’un fil à la rafle du 16 juillet 1942, ordonnée par le régime de Vichy, exécutée par des policiers français.

L’histoire commence ici, passage des Fours à Chaux, dans le 19ème arrondissement de Paris. De l’immeuble n°2, il ne reste rien, ni dans l’esprit, ni dans l’urbanisme. Le passage, bordé d’immeubles des années 90, est aujourd’hui bouclé par des grilles électroniques – on n’y passe plus. Les Juifs pieux, venus d’Afrique du Nord en 1962, après la guerre d’Algérie, ont remplacé les révolutionnaires fuyant dans les années vingt, l’antisémitisme d’Europe centrale. Michla était arrivée ici, de Varsovie, à l’âge de 5 ans, dans un logement d’une pièce, avec ses parents, Moïse et Sarah, et ses deux frères, Yehuda et Chawa. Moïse fabriquait en usine des sacs et des chapeaux, Sarah vendait des dentelles sur les marchés.
Ils riaient ou s’invectivaient en yiddish.

Michla et ses frères furent inscrits à l’école Lucien de Hirsch, un établissement juif, à la pédagogie moderne. Elle y passa son certificat d’études, fut reçue première. La famille Helman reçut la nationalité française en récompense de cette excellence. Yehuda devint George, et Chawa Charles ; elle gardera son prénom originel.

À 14 ans, elle se met au travail, ouvrière chez Levitan.  En 1942, elle a gravi quelques échelons, elle est standardiste, elle a 19 ans, et la tête sur les épaules. Elle prend en main la vie familiale de guerre. Charles qui a 13 ans, rejoindra George, démobilisé en Savoie. Elle reste avec ses parents, s’improvise leur médiatrice avec l’administration française, d’une loi antijuive à l’autre.
Elle parvient à garder sa bonne humeur. Son rire est enchanteur. Elle a un amoureux, ouvrier comme elle, au même endroit qu’elle. Le mercredi 15 juillet 1942, il accourt vers elle : « il faut que tu partes tout de suite.  Avec ta famille. Demain matin à l’aube, il y aura une grande rafle. » Je n’ai jamais su le prénom de ce jeune homme. Michla a juste dit qu’il était syndicaliste et que son père était policier.

Elle a couru chez elle. Sarah était là, pas Moïse. Où était-il ? La question a reçu plusieurs réponses. La réalité semble perturbante. Voici l’histoire dans l’histoire. Elles sont parties sans lui. La guerre finie, Michla ne le retrouvera pas. Moïse sera pris dans la rafle au petit matin du 16 juillet, une journée d’été radieuse et chaude. Avant de partir pour nulle part, il sera embarqué vers le Loiret proche de Paris et les baraquements de Beaune la Rolande, aujourd’hui transformés en cité, comme la plupart des camps français.

Le 16 juillet, Michla est déjà loin. À Chalon sur Saône, où l’eau coupe le pays en deux, entre zones libre et occupée. Le réseau syndicaliste et résistant de l’amoureux sans nom fonctionne jusque-là : Michla et Sarah passent le fleuve, vers Lyon, puis Grenoble.
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