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Tsunami et menaces nucléaires vus par le blog planétaire

L'œil de la rédaction

Japon séisme mars 2011

Tsunami et menaces nucléaires vus par le blog planétaire

Le spectre de Tchernobyl

Trois jours après le séisme et le tsunami survenus au Nord Est de l'archipel nippon, au delà du désastre humain avec ses milliers de morts et ses villes en ruines, le Japon vit maintenant avec l'épée de Damoclès d'une catastrophe nucléaire au dessus de tout le pays, de l'ampleur de celle qui se produisit à Tchernobyl en Union soviétique, voilà tout juste 25 ans.

Écrivains, journalistes et personnalités du monde entier réagissent à cette nouvelle calamité. Que vous pouvez aussi commenter à votre tour.

Un hélicoptère tente de jeter de l'eau pour refroidir les réacteurs en surchauffe de la centrale de Fukushima

D'Algérie : de Tokyo à Tripoli, la même impuissance des puissants

par Ghania Mouffok, d'Alger, le 17 mars 2011, 10 h 00 GMT

Du Japon à la Libye, cette question rend amer ce café du matin. Comme des milliers d’être humains, ni d’occident, ni d’orient, juste de cette terre, je tremble et pour les Japonais et pour les Libyens. Et si ces deux drames ne se ressemblent pas, si ce n’est dans leurs instants voisins et le temps de l’attente, ils nous renvoient à nos impuissances technologiques, dans la troisième puissance mondiale, et à nos impuissances politiques dans le désert de Libye. Que se passe-t-il entre Tokyo et Fukushima, autour des centrales nucléaires, empilées comme un jeu de légo de l’apocalypse ? Que se passe-t-il entre Tripoli et Benghazi où Ubu et son fils, en maîtres-chanteurs cyniques, annoncent leur victoire ? Il faudra attendre avant de sauver les insurgés libyens et il faut attendre, nous disent les spécialistes en énergie nucléaire, l’épilogue de la catastrophe nucléaire avant de savoir si elle arrive avant Tchernobyl ou après, dans cette horrible échelle des records. 

« Situation confuse en Libye » titrent en boucle les chaînes d’information continue. Et le monde des savants semble réduit à décrypter les messages barbares des fumées qui s’échappent des centrales nucléaires pour construire des scénarii : catastrophe ou apocalypse tomorow ? « Situation confuse au Japon ».  Cette confusion est étonnante alors que l’on nous chante la transparence du monde, grâce à la révolution technologique. Et nous avons bien voulu croire que la technologie au 21ème siècle serait synonyme de transparence. Et nous voilà penauds, alors que l’on nous annonce la plus grande catastrophe nucléaire de notre ère, la troisième puissance du monde semble impuissante à lui faire face, si ce n’est avec de minuscules hélicoptères, de ceux qui éteignent les feux d’incendie. Des hélicoptères qui ne peuvent pas s’approcher des fissures qui s’étalent, nous dit-on parce que la radioactivité qui s’en dégage dépasse le seuil de l’acceptable pour les humains, « trop élevée ».

LE TROU NOIR DU SAVOIR MONDIALISÉ

Le pire, pour une néophyte en la matière,  c’est bien de ne pas entendre la communauté scientifique mondiale se réunir en conclave pour additionner le savoir accumulé sur ces questions et si ce n’est trouver des solutions, au moins proposer des alternatives. Comment fait-on pour refroidir un réacteur menaçant, là sous nos yeux, et dont les carapaces protectrices fondent sous l’effet de la chaleur ? J’ai du mal à croire que la seule solution soit de lui balancer de l’eau comme sur une vulgaire cocotte-minute. Il est vrai que le drame japonais semble avoir été de ceux auquel on ne pense pas tant il relève du cauchemar, c’est un drame impensé. Tremblement de terre de 8,9 sur l’échelle de Richter plus tsunami, plus centrales nucléaires en surchauffe  serait donc le trou noir du savoir mondialisé.

Des hommes, tout petits, devant ce déchaînement de catastrophes, se sacrifient pourtant, pour éteindre le feu. Au plus près de la radioactivité, Ils sont tout seuls dans ce courage qui fait la grandeur de l’humanité. Seuls comme des Libyens, face à un autre déluge de feu, plus banal sans doute mais qui met aussi sur la balance l’avenir d’une nation. Réunis au chevet de l’insurrection libyenne, hier, les ministres des Affaires étrangères des 8 pays les plus puissants de la planète se sont dispersés comme des particules radioactives après avoir décidé que la meilleure chose à faire était d’attendre. Le ministre des Affaires étrangères russe a dit en substance, je ne suis ni pour ni contre une intervention militaire mais j’attends plus de précisions venant de nos amis arabes. « Des amis arabes » qui, une fois n’est pas coutume, venaient d’accepter de venir en aide aux insurgés contre un dictateur.

LA MONDIALISATION S'ARRÊTE-T-ELLE AUX CATASTROPHES ?

Et si l’on peut comprendre la prudence de l’Occident discrédité, après le fiasco en Irak et en Afghanistan, deux enlisements nauséabonds avec leur Abou Ghraïb et leurs dégâts collatéraux qui ont transformé les Irakiens et les Afghans en parias dans leurs propre pays, on reste là encore sidéré par le manque de solution alternative. Ainsi donc, les pays les plus forts du monde, les plus démocratiques, ne peuvent rien contre Ubu et ses fils, ni rompre leurs relations diplomatiques, ni geler quelques fortunes mal acquises, ni même les menacer d’un quelconque tribunal international. À part bombarder, occuper des terres qui ne sont pas les leurs, les 8 pays les plus puissants du monde n’auraient donc d’autre possibilité pour faire trembler un tyran que d’en appeler à l’Égypte et à la Tunisie ? Au prétexte que ces deux pays sont voisins et en révolution, ils pourraient, leur suggère- t- on, aller, en passant, finir le travail commencé par les insurgés libyens, alors que ces deux pays n’ont jamais été aussi fragiles parce qu’ils doivent justement tout réinventer… si le G8 et ses institutions financières les laissent faire, ce qui n’est pas gagné. Les bourses du monde les surveillent comme elles veillent impitoyables à fragiliser encore plus le Japon dont la cote baisse à la vitesse avec laquelle les centrales nucléaires fondent sous la neige qui rend de glace les sourires japonais qui font l’admiration du monde et la mienne. 

Et s’il n’y avait que la loi de la bourse qui était vraiment mondialisée sur cette planète pourrie, de Benghazi à Fukushima?

Ghania Mouffok est écrivaine et journaliste, correspondante de TV5Monde à Alger
★ La Carte des Zone de tremblement de la Terre et la répartition des sites de centrales nucléaires en Chine ---- 2300 avant notre ère à l’an 2000 environ -----
● En rouge: zone ou bande de risque de tremblement de la Terre. Plus grand est le point, plus fort est le degré - Chiffre 4 à 9: degré du tremblement de la terre enregistré
▲ : centrales nucléaires en opération
◎ : Points verts : les centrales nucléaires en construction

Le voisin chinois doit réfléchir

par Xu Tiebing, de Pékin, Chine, 17 mars 2011, 09 h 00 GMT

La Nature place « nous » la Chine et le Japon dans la même région, et inévitablement, on subit au fil des temps ses humeurs variables et bien souvent imprévues.
Cette foi, la combinaison des désastres hors dimension au Japon nous forcent de faire la comparaison sous l’angle sociétal, nous poussent à mener une réflexion sur le choix du nucléaire.

ADMIRATION ET HONTE

Le nombre de mort et de disparus à Fukushima crée un record terrifiant, mais en très grande partie dû à la dévoration du Tsunami, tandis que les bâtiments tiennent tant bien que mal, alors que chez nous, la mort est causée le plus souvent par les écroulements des constructions. Quel contraste si choquant de voir que les sinistrés japonais s’abritent au sein des écoles ou dans d’autres endroits publics, tant dis que les parents chinois pleuraient leurs enfants morts autour des écoles dont les bâtiments s’écroulent presque toujours en premier. Nous rêvons et réclamons en Chine les mêmes critères pour les édifices des administrations et  pour la construction publique, et la même solidité pour les habitations des dignitaires et que pour les plus modestes comme les HLM.
La panique collective d’un côté et le cynisme de l’autre sont inévitables après chaque désastre, mais notre voisin montre collectivement plus de maturité dans sa société organisée grâce à l’entraide dans les secours  sans attendre l’opération de la Direction suprême. Pensons aux Haïtiens, aux Turcs, et surtout à nous mêmes, à notre comportement collectif dans un cas similaire : énorme rattrapage à faire !

NOTRE DROIT À L'INFORMATION

Le droit de savoir, principe sacré et pourtant purement théorique ! Au-dessus des différences politiques des systèmes et des régimes, cette pratique de la faible transparence informationnelle dans ce type de crises est courante dans le monde y compris dans mon pays, avec le même scénario chaque fois répétée : vérité volontairement cachée, début d’aveu selon l’évolution des choses, révélation sélectionnée et graduelle, toujours dans un soucis de l’Ordre - en soi tout à fait naturel - dans un besoin de (self)-légitimation. Sur ce point, la stupidité et l’intelligence sont présentes chez nos dirigeants de nature technocrate, tout autant que  chez nous, le public ordinaire. Alors que faire pour le respect du droit informationnel ? Modestement, je dirais : vigilance, efforts et capacité de déchiffrage et retenue dans la désillusion.

L'OPTION NUCLÉAIRE À REPENSER
 
Pour certains, le total zéro nucléaire, aussi bien militaire que civil est l’objectif final et faisable, un monde sans le danger nucléaire, quelle merveille ! Je ne suis pas insensible à cette perspective même si je ne crois pas pour autant à sa réalisation aussi bien dans un avenir proche que plus lointain.

Face au choc de Fukushima, nos gouvernants commencent déjà à multiplier des discours rassurants, et de continuité de l’option nucléaire  justifiée par la demande en énergie, alors même que d’autres voix hétérogènes se font entendre en particulier via l’Internet. Si l’antinucléaire constitue un courant encore très marginal, la Peur collective va augmenter considérablement surtout dans la Chine maritime et urbaine : de Three Mile Island, on avait vaguement entendu parler ; Tchernobyl restait encore assez loin et surtout dans l’écran de la télé, alors que Fukushima si proche(air, gens, poissons, légumes…)crée  une  proximité, voire un espace de vie en commun. Dans la région, le Japon demeure le pionnier du processus de la modernisation. Doit-il l’être y compris dans le choix du nucléaire ? Avec sa tragédie associée ?  Et si c’est incontournable, est ce que nous aurons suffisamment d’intelligence et de prudence dans le choix de site, dans notre capacité de prévention et de réparation ?

D'Haïti, la contemplation d'un océan de désastre

par Ladenson Fleurival, de Port au Prince, Haïti, le 17 mars 2011, 04 h 00 GMT

L’imminence d’une explosion nucléaire au Japon qui serait la conséquence directe du terrible tremblement de terre suivi d’un tsunami dévastateur, fait peur aux puissances du monde entier. Pris au dépourvu, les seigneurs  de la guerre commencent à revoir leur stratégie. Les populations civiles qui se comportaient jusque-là en bons enfants, exigent des explications. D’où la forte mobilisation internationale de nature à rassurer les citoyens.  

Pas étonnant qu’en France, en Allemagne et ailleurs, les dirigeants usent des stratagèmes pour convaincre leurs peuples de la sureté supposée de leur centrales nucléaires. La seule vérité qu’on n’ose pas dire, c’est que ces installations ont pour finalité, la destruction des vies et des biens qu’il soit d’un peuple ou d’un continent.

DES SOMMES D'INQUIÉTUDE

De là, on comprend la somme d’inquiétudes répétées des réseaux d’organisations anti-nucléaires.

D’un autre côté, les informations qui arrivent du pays du soleil levant, ne sont guère rassurantes. L’urgence absolue est décrétée au Japon. Les dernières stratégies des équipes techniques, sont à cette date, sans résultats probants.

Et, pour comble de malheur, la terre a encore tremblé ce mercredi au Japon, avec une réplique de magnitude 6, provoquant l’émoi de la population. Les centrales nucléaires en effervescence, libèrent un taux de radioactivité beaucoup plus supérieur que la normale. Et dans cette situation, le Japon semble ramer sur un océan de désastre.
La ville maritime massacrée de Durrës en Albanie

D'Albanie, comment freiner les rêves fous de nos dirigeants ?

par Ilir Yzeiri, de Tirana, Albanie, le 16 mars 2011, 15 h 00 GMT

Lors de la dernière réunion du gouvernement albanais, le Premier ministre Sali Berisha a annoncé que le gouvernement albanais offrait une aide de cent mille dollars au gouvernement japonais. C’est le geste symbolique d’un pays qui a connu beaucoup de difficultés et qui passe par un moment de crise intense. Les images terribles que montrent à chaque nouvelle édition les chaînes de télévision albanaises ainsi que les chaîne internationales comme BBC, CNN ou TV5Monde, ont remis en mémoire des Albanais une proposition électorale du gouvernement, voilà quelques années, lorsque l’Albanie avait proclamé qu’elle rêvait de devenir une superpuissance nucléaire.

Cette phrase prononcée par notre Premier ministre Sali Berisha en pleine crise énergétique il y a quatre ans, avait provoqué des crises de rire chez les gens sérieux et  la tristesse des professionnels. Juste après cette proclamation, le gouvernement italien de Berlusconi était accouru pour examiner la possibilité de transformer en réalité ce rêve fou. À l’époque c’était le Commission européenne qui avait freiné le rêve de notre gouvernement en déclarant que l’Albanie n’avait pas encore la capacité technique et professionnelle pour réaliser un tel projet.

L'ALBANIE POUBELLE DE L'EUROPE

Mais tout le monde se demande encore s’il y a une barrière permettant de freiner les ambitions folles des politiciens de pays comme l’Albanie ? L’Albanie est un petit pays avec des réserves hydrauliques immenses. De l’autre côté de l’Adriatique, notre voisin italien rêve d’utiliser l’Albanie comme décharge à ordures. Roberto Saviano l’écrivain italien qui a dénoncé la mafia italienne s’est exprimé récemment à télévision albanaise Top Chanel et a déclaré que la mafia italienne s’était installée en Albanie et qu’elle tentait d’exporter chez nous les déchets toxiques. Attention !

L’Albanie n’a pas été depuis longtemps frappé par un séisme Les derniers d’une force de 6,5 sur l’échelle de Rihter ont bousculé notre pays dans les années 60 à Diber, puis à Shkoder. Après la chute de la dictature, la construction a connu un rythme frénétique. Mais ce qui inquiète les spécialistes se sont les bâtiments construits au bord de la mer.

Et imaginez les constructions de 12 étages à seulement 200 m de la mer. Le chaos des constructions a touché une des villes les plus belles de l’Albanie - Durres. Quand on arrive à Durres, on peut voir au bord de la mer une vraie catastrophe de constructions. Jusqu’à maintenant les Albanais pensent que « Notre Père » nous a préservés, mais jusqu’à quand... Parce que toutes ces constructions abusives sont très exposées face à un séisme, même d’une échelle raisonnable...

Ilir Yzeiri est journaliste et professeur de l’Université de Tirana
La centrale nucléaire de Yungtang au sud-est de la Chine. Le gouvernement chinois a demandé le 16 mars que toutes les implantations nucléaires chinoises soient inspectées.

En Chine, sous le choc

par Xu Tiebing, de Pékin, Chine, 16 mars 2011, 15 h 30 GMT

Une fois n’est pas coutume, puis la répétition devenant la règle, devant un tel phénomène, alors cela sert de référence d’importance, ou de leçon de grand prix :Three Mile Island d’avant-hier, Tchernobyl d’hier, Fukushima d’aujourd’hui s’affichant en un avertissements absolus, c’est bien le cas de ce qui se déroule sous nos yeux quelque part au Japon.

Des territoires s’habituent aux tremblements de la terre, certes pénibles, mais surmontables tant bien que mal, la colère volcanique dévorante et repérable pourtant guérissable, la folie de marées si impitoyable mais finalement, évacuable ou réductible au moins.

NE PLUS VOULOIR L'ASSUJETTISSEMENT DE LA NATURE

Pourtant, le chaos de la Nature, comme partie intégrante de ses lois en soi, se limite dans le temps et la durée, et surtout souvent « saisonnisée », donc, réductible sinon évitable, à condition que l’Humain sache bien comment contourner cette loi, pratiquer de cohabitation et appliquer la logique de compensation : le principe doit être la sagesse de l’adaptation plutôt que de la volonté d’assujettissement.

Le nucléaire, cette création humaine si merveilleuse, nous enthousiasme tout autant qu’elle nous effraie, même dans ses utilisations purement civiles. Les hommes politiques et les super-multinationales nous répètent inlassablement des belles paroles rassurantes, mais une fois de plus, notre confiance s’ébranle terriblement, et notre conviction s’électrochoque de fond en comble devant cette tragédie : qui croire ? À quel degré ?

HALTE AU GIGANTISME

Je ne sais pas quand on pourra parvenir au « Zéro » nucléaire, y compris dans ses aspects civils, je l’avoue, je ne suis ni capable de concevoir la faisabilité de ce retour en arrière, qui est peut-être tout à fait utopique pour très très longtemps tant qu’il n’y aura pas de substitut fiable, propre et économique.

Mais au moins, si le nucléaire nous accompagne au quotidien et demeure inséparable de notre vie pendant encore longtemps, on devrait stopper cette préférence de gigantisme au nom de la productivité, mettre fin à cette habitude de surconcentration des sites, et absolument interdire l’installation de sites nucléaires dans le nombril de la Terre où se manifestent ses colères, ses chaos et ses protestations.
N’oublions jamais de garder une vigilance permanente devant tout propos rassurant et si théâtralisés dans la bouche des dignitaires ou des technocrates.

Xu Tiebing est un universitaire chinois de Pékin
Mirlande Hyppolite MANIGAT et Michel Joseph MARTELLY, les deux candidats en lice pour le second tour de la présidentielle du 20 mars 2011, dans une campagne marquée par les traces du séisme du 12 janvier 2010.

Haïti avec le Japon, malgré le contexte électoral

par Ladenson Fleurival, de Port au Prince, Haïti, le 16 mars 2011, 04 h 00 GMT

La menace d’une explosion nucléaire qui plane sur la planète depuis la catastrophe japonaise du 11 mars dernier, n’inquiète pas outre mesure les Haïtiens qui renvoient la question aux grandes puissances.

À l’heure actuelle, le sujet qui retient l’opinion publique, est le second tour historique des élections présidentielles et législatives. En effet, depuis l’adoption de la Constitution de 1987, c’est la première fois que le pays va expérimenter « un second tour » au niveau de la présidentielle le 20 mars prochain. Les deux candidats : la professeure Mirlande Manigat et  le musicien Michel Martelly, s’y adonnent à fond dans leur campagne électorale, en vue de succéder à René Préval.

Cependant, les médias déversent quotidiennement, dans leurs différentes éditions, des flots d’informations sur le sinistre qui fait craindre le pire au Japon. Cette stratégie amène, sinon le gros de la population, du moins les gens les mieux informés, à prendre conscience de l’ampleur du  désastre qui menace la planète.     

Comme l’a si bien dit le quotidien Le Nouvelliste dans sa livraison du mardi : « Depuis les images du tremblement de terre suivi du dévastateur tsunami qui a endeuillé le Japon, tout Haïtien comprend ce qu'un tsunami signifie et quelles sont les forces destructrices qui accompagnent cette catastrophe naturelle… »

Si l’on doutait de la puissance d’un tsunami, et que l'on s’informait peu sur les conséquences d’un arsenal nucléaire sur le destin du monde, les affres du séisme de magnitude 8,9 qui a mis le Japon à genoux, ont mis à nu toute la laideur humaine et l’ambition démesurée de l’homme à dominer l’homme par la force.

Ladenson Fleurival est journaliste au Matin de Port au Prince
Des militants de Greenpeace contestent la construction de la centrale de Béléné, sur une zone hautement sismique, dans la Bulgarie voisine de la Roumanie.

En Roumanie, on doit tirer les premières leçons de la catastrophe au de Fukushima

par Rodica Pricop, Bucarest, Roumanie, le 16 mars 2011, 23 h 00 GMT

Des informations étonnantes abondent dans les médias du monde entier. À voir l’accident nucléaire qui se profile au Japon, espérons qu’il soit évité ou au pire, contenu au maximum, les leaders politiques du monde,  pris par la panique, ont commencé à augmenter les mesures de sécurité dans leurs propres centrales nucléaires. L’Allemagne a même décidé de fermer sept réacteurs et renversé une décision visant le prolongement des 17 réacteurs au-delà de la limite  pour laquelle ils ont été conçus.  L’ONU, L’Union Européenne, L’Agence Internationale pour l’Energie Atomique se réunissent en hâte afin d’augmenter les consignes de sécurité ainsi que les règles de construction…  

Ainsi, on apprend que l’énergie nucléaire n’est pas de loin aussi sûre qu’on nous a laissé croire jusqu'à présent.
Avec stupéfaction, les Japonais ont appris aujourd’hui que la Tokyo Electric Power Co, qui administre la centrale de Fukushima est soupçonnée d’avoir falsifié les rapports de sécurité de ses réacteurs nucléaires pendant les derniers dix ans !

UN SÉISME ÉNORME EN ROUMANIE TOUS LES 1000 ANS

En Roumanie, la Nuclearelectrica qui fait fonctionner la seule centrale nucléaire du pays  de Cernavoda (sud-est)  a tenu à passer un communiqué aujourd’hui en précisant que l’usine est conçue afin de résister à un tremblement de terre de 8.0 sur l’échelle Richter et que en cas de secousse, il n y a pas ‘aucun risque’ d’accident nucléaire. Le plus fort tremblement de terre a frappé le pays le 4 Mars 1977 et a été mesuré 7.3 sur l’échelle de Richter, en faisant plus de 1500 victimes. Bucarest ainsi que d’autres villes du sud, notamment à la proximité du Danube ont été dévastées.

À voir ce qui se passe au Japon, qui n’avait pas prévu un tel désastre, les Roumains ne semblent pas rassurés par les précisions des représentants de la compagnie, surtout que, depuis quelque temps, les séismologues  nous avertissent de l’imminence d’un tremblement de terre, aussi ou plus important que celui de 1977. Qui peut dire que la grande secousse ne dépassera pas 8.0 sur l’échelle de Richter ? Un représentant de la compagnie précisait l’autre jour qu’un tel tremblement de terre se produit une fois tous les mille ans. Mais le millier d’années peut très bien se passer à tout moment car on n’a pas des statistiques qui couvrent une telle période de temps…

Un autre danger, peut-être plus grave, tient à la centrale de Béléné dans la Bulgarie voisine.  La construction de cette usine a été farouchement critiquée par les écologistes mais aussi par la société civile bulgare, car elle se trouve dans une zone à très haut risque sismique. Le tremblement de terre de la zone de Vrancea en 1977 a fait plus de 200 cents morts et des dégâts importants dans la zone autour de la centrale de Béléné...

METTRE NOS GOUVERNANTS SOUS NOTRE CONTRÔLE

Une des leçons que les peuples devraient tirer du désastre japonais est que, en dépit des apparences, les décideurs politiques ne prennent pas toujours des décisions dans l’intérêt du citoyen. Les centrales nucléaires appartiennent à des compagnes privées, intéressées d’abord par les profits, et la corruption, comme apparemment c’est aussi le cas à Fukushima, peut mettre en danger la sécurité du public.

Beaucoup de nos élus sont devenus de plus en plus puissants, de plus en plus arrogants et coupés de la réalité du citoyen, comme on l’a vu aussi pendant les révolutions de Tunisie et d’Egypte quand les grandes chancelleries ne savaient pas comment réagir aux soulèvements populaires, après avoir, pendant des décennies, soutenu des dictateurs cruels mais riches. Alors il a fallu le tsunami du Japon pour qu’ils se mettent à la transparence, pour l’instant, sur le nucléaire. Il est de plus en plus clair que la fonction publique doit être revue et corrigée afin de permettre aux citoyens de contrôler leurs élus, et que le monde serai plus sûr quand les peuples seront plus vigilants avec leurs représentants. Le changement est bien en cours grâce a WikiLeaks, qui a mis au jour les secrets des plus noirs que les tout-puissants auraient tout donné pour garder  loin des yeux des mortels. Désormais, le public à le devoir d’être vigilant.

Rodica Pricop à Bucarest est rédactrice en chef adjointe du quotidien Nine O’Clock et éditorialiste à Bucarest Hebdo 
La centrale de Fessenheim en Alsace a été construite voilà 40 ans - Wikicommons

De France, Indignez vous !

par Michel Bernard, de Paris, France, le 15 mars 2011, 19 h 00 GMT

Je suis en colère.

Je suis en colère
parce que l'accident de Tchernobyl n'a pas servi de leçon. Et que l'on continue à entendre et lire les mêmes mensonges sur le nucléaire dans les médias.

Je suis en colère quand j'entends à la radio, un haut responsable du nucléaire français nous dire qu'on ne peut remettre en cause le nucléaire : "personne n'a envie de revenir à la bougie". Que je sache, dans les pays européens qui n'ont pas de centrales nucléaires (Autriche, Danemark, Grèce, Irlande, Islande, Italie, Luxembourg, Norvège, Portugal…), y-en-a-t-il où l'on s'éclaire à la bougie ? Il n'y a que 441 réacteurs nucléaires dans le monde (dont 58 en France, 55 au Japon)… dans seulement 31 pays, tous les autres pays s'en passent.

Je suis en colère quand en 1979, après l'accident nucléaire de Three-Mile Island, on nous a dit que c'était parce que les Américains étaient moins forts que nous ; quand en 1986, après l'accident de Tchernobyl, on nous a dit que les Russes étaient moins forts que nous… et que je lis aujourd'hui que les Japonais sont moins forts que nous… De qui se moque-t-on ?

Je suis en colère quand on me dit que l'on peut continuer à exploiter encore des vieux réacteurs comme Fessenheim en Alsace (qui a trente ans) parce que "plus il est vieux, mieux on connait un réacteur". Ce n'est pas parce que vous connaissez bien les défauts de votre vieille voiture qu'elle tombe moins souvent en panne et moins gravement. (Le réacteur Fukushima-Daiichi 1, qui vient d'exploser avait 40 ans et a été autorisé à continuer de fonctionner pour dix ans en février 2011 !).

Je suis en colère  quand on nous dit que l'on ne peut se passer du nucléaire en France, parce que cette énergie fournit près de 80 % de notre électricité. C'est oublier que l'électricité n'est pas la principale source d'énergie (c'est le pétrole) et que le nucléaire ne représente que 17 % de notre énergie. Si l'on voulait s'arrêter, on pourrait s'appuyer sur une solidarité au niveau de l'Europe : là, le nucléaire ne représente que 35 % de l'électricité et seulement 9 % de l'énergie ! Il suffirait donc d'économiser 9 % pour s'en passer !

Je suis en colère parce qu'au nom de la défense de la croissance économique, les programmes énergétiques français ou européens, négligent toujours plus ou moins le potentiel des économies d'énergies, préférant la surconsommation, éventuellement alimentée par le recours aux énergies renouvelables. Or l'énergie la plus propre reste celle que l'on ne consomme pas. En adoptant les meilleures techniques disponibles et en évitant les comportements énergivores, nous pourrions diviser par 4 notre consommation en une vingtaine d'années.

Je suis en colère parce que les discours économiques nous polluent : on nous dit qu'arrêter un réacteur nucléaire, ce serait de l'argent gaspillé… mais les 1000 milliards d'euros déjà dépensé en 25 ans pour la gestion de la catastrophe de Tchernobyl (et c'est loin d'être terminé), ce n'est pas un gaspillage encore plus grand ? Mille milliards d'euros, c'est sensiblement le coût qu'il a fallut dépenser pour construire l'ensemble des 441 réacteurs actuellement en fonctionnement.

Je suis en colère parce que je sais que l'on peut arrêter relativement rapidement le programme nucléaire français, qu'il existe de multiples scénarios de sortie sur le sujet (de 2 à 30 ans selon les efforts qu'on veut bien consentir).

Je suis en colère quand j'entends mon gendre, 25 ans, ingénieur dans le photovoltaïque, me dire qu'il cherche un nouveau travail car la profession est sinistrée suite aux récentes décisions du gouvernement.

Je suis en colère  quand mon fils, 20 ans, me dit : "à quoi ça sert de faire des études si dans cinq ans on a tous un cancer" (et il ne pense pas qu'au nucléaire, mais aussi à la pollution atmosphérique, aux pesticides…).

Alors j'agis, je me suis investi depuis une trentaine d'années dans les médias écologistes pour faire circuler une information moins déloyale et j'incite les journalistes et les lecteurs à prendre le temps d'eux aussi chercher où est la vérité. Comment peut-on encore minorer l'importance de la pollution radioactive au Japon alors que les images sur internet nous montrent les réacteurs en flamme ?

Alors j'agis  et je m'engage dans l'une des 875 associations qui animent le Réseau Sortir du nucléaire pour demander à nos élus de faire pression pour un changement de politique dans le domaine de l'énergie.

Alors j'agis  au niveau local en rejoignant les nombreux groupes locaux qui travaillent à des plans de descente énergétique qui nous permettront de diminuer la menace nucléaire, mais aussi notre dépendance à un pétrole qui va être de plus en plus rare.

Alors j'agis car aujourd'hui si le lobby nucléaire arrive à manipuler élus et médias, c'est parce que nous ne nous indignons pas assez !

Michel Bernard est journaliste à la revue Silence
Des opérateurs iraniens dans la centrale nucléaire de Bushehr

En Iran, les centrales sont des bombes à retardement

par Armin Arefi, d'Iran, le 15 mars 2011, 15 h 00 GMT

Pour parer à toute attaque aérienne israélienne visant à détruire ses installations nucléaires, l’Iran a enfoui ses sites d’enrichissement d’uranium à des dizaines de mètres sous terre et les a recouverts de larges murs de béton. Mais à l’heure où la communauté internationale et l’Iran s’apprêtent de nouveau à discuter d’un accord aboutissant à l’arrêt des activités, et que le virus informatique d’origine américano-israélienne Stuxnet est parvenu à ralentir le programme nucléaire iranien, c’est des profondeurs de la terre que semble cette fois surgir la menace la plus sérieuse contre l’Iran.

Ainsi, la centrale nucléaire de Bushehr (Golfe persique), la seule du pays, se trouve à la jonction de trois plaques tectoniques, qui attisent les craintes d’un nouveau Tchernobyl en cas de séisme. Ceci est d’autant plus vrai que, selon le député en chef de l’Organisation de l’énergie atomique iranienne, Nasser Rastkhah, le dessin de la centrale de Bushehr est identique à celui de celle de Fukushima au Japon, qui est actuellement victime d’explosions en séries après le violent tremblement de terre de mardi. En 2002, la centrale de Bushehr avait déjà été endommagée par un séisme de 4,6 sur l’échelle de Richter, mais avait épargné les 161 000 habitants de la ville du même nom.

DES RÉACTEURS CACHÉS DANS LA FOULE

Pour dissuader toute tentative d’attaque extérieure, les autorités iraniennes ont construit leurs centres nucléaires à proximité de grandes villes. C’est le cas des réacteurs de recherche de Téhéran et d’Ispahan (centre), et des centres d’enrichissement de Natanz(province d’Ispahan) et de Fordo (près de la ville de Qom, au sud de Téhéran). Or en étant situées à proximité de ces grandes villes, ces installations se trouvent par la même au dessus de failles sismiques dont regorge l’Iran. Ainsi, en cas de séisme, ce sont des millions d’habitants qui recevraient de plein fouet les effets des radiations.

En plus des risques d’attaques aériennes ou de tremblements de terre, il est une autre menace qui pèse sur la population iranienne : les infrastructures nucléaires elles-mêmes. À Bushehr, la seule centrale nucléaire du pays, qui possède une capacité de production de 1 000 mégawatts, est une usine de fabrication allemande commandée par le Shah d’Iran dans les années 70, qui a été rénovée durant la dernière décennie par les Russes. Après de multiples retards de livraison de combustible, celle-ci a finalement été inaugurée le 21 août dernier. Or le 26 février, à la suite de la panne d’une pompe de refroidissement, l’Iran a décidé de suspendre ses activités et de retirer de la centrale le combustible nucléaire à la demande des experts russes, qui ont mis en garde contre la possibilité d’une catastrophe semblable à celle de Tchernobyl.

En effet, en cas d’explosion du réacteur, les vents du Golfe persique allant d’est en ouest, le Koweït, situé à 275 kilomètres de Bushehr, ainsi que l’Arabie saoudite, seraient contaminés en à peine quelques heures.

Armin Arefi est journaliste indépendant

Que faire en cas d'accident nucléaire ?

Les mesures préconisées par les autorités françaises

16.03.2011Arnaud MatteoliEn situation d'urgence, les mesures de prévention et de protection consistent principalement à :

* alerter la population population concernée : la population est tenue au courant de l'évolution de la situation par des messages diffusés sur les radios, Internet et chaînes de télévision. Il faut rester calme et agir sans panique. La population alertée devra suivre scrupuleusement les directives des autorités.

* l'absorption de comprimés d'iodure de potassium : en absorbant des comprimés d'iodure de potassium non radioactif avant ou pendant l'arrivée d'un nuage radioactif, la dose d'irradiation sera fortement réduite.

* la mise à l'abri de la population : la mise à l'abri de la population dans des maisons calfeutrées offre une protection considérable contre les irradiations. La cave d'une maison permet un bouclier encore plus efficace.

 * l'évacuation de la population : des stations de décontamination sont installées dans des bâtiments publics à l'extérieur de la zone contaminée.

La mise en œuvre de ces mesures de prévention et de protection est fonction de la gravité de l'accident. Pour faciliter les mesures de prévention et de protection, il faudra collaborer étroitement avec les administrations, les élus et les ONG proches des centrales.

Cellule de crise ambassade de France au Japon: 0081-3-5798-6000 (depuis la France) ; (03)-5798-6000 (depuis le Japon)

JAPON

Chef de l'Etat : Empereur Akihito Premier Ministre : Shinzō Abe
Capitale : Tokyo
Superficie : 377 915 km2²
Population : 127 156 000 habitants
Gentilé : Japonais, Japonaise

Centrales nucléaires au Japon touchés par le séisme

Zoom:Centrales nucléaires au Japon touchés par le séisme
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