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La Coupe du monde en Afrique du Sud vue par le blog planétaire

L'œil de la rédaction

Afrique_du_sud_mai_2010

La Coupe du monde en Afrique du Sud vue par le blog planétaire
Un tee shirt OBV, personnalisé - Photo Avenue225.com
« La mode est OBV en ce moment, mondial oblige ! Je reçois des commandes de maquis et bars qui veulent habiller leurs personnels aux couleurs de notre équipe nationale » affirme Nestor Asseké. « Au-delà de ces commandes classiques, la tendance est à une véritable personnalisation des tee-shirts. Des clubs d’amis viennent avec leur tee-shirt et leur chemises pour qu’on puisse imprimer le nom du groupe ou le nom de l’individu ».

Un responsable d’espace de restauration vient chercher une banderole invitant les clients à voir les matchs sur écran géant. « Je trouve que les sérigraphes Ivoiriens ont du talent à l’image de Nestor. L’année dernière nous avons acheté des tee-shirts d’origine asiatique à des prix exorbitants et ceux-ci n’étaient pas de qualité. Cette année nous avons décidé de consommer ivoirien et personnellement je ne suis pas déçu ».

Il est vrai que les éléphants font vendre mais Nestor souligne une inquiétude que beaucoup d’Ivoiriens partagent. « Pour le moment il y a de l’affluence mais elle n’est pas encore grande. J’espère que les éléphants iront loin dans ce tournoi pour que les affaires puissent marcher véritablement ». Supporteurs, tenanciers de débit de boisson et d’espace de restauration, sérigraphes et tour opérateur, chacun retient son souffle et prie pour que nos pachydermes aillent loin. Allez les éléphants, le plus loin possible pour que vive le business !

Israël Yoroba Guebo est Journaliste ivoirien et blogueur

En Grèce, c'est la décadence, paraît-il...

par Alexia Kefalas, d'Athènes, le 12 juin 2010, 18 h 45 GMT

Les Grecs sont étonnants. En regardant le match Grèce – Corée du Sud ce midi, depuis une cafétéria du Pirée, sous 35 degrés, j’avoue avoir été étonnée de la réaction des Grecs. Pas de nationalisme, peu de patriotisme, un enthousiasme mesuré mais le besoin de crier à chaque but manqué. A la table voisine, quatre quinquagénaires et trois jeunes férus du ballon rond.

Pour eux, l’équipe nationale grecque reflète l’état du pays « c’est la décadence » disent-ils (en français dans le texte), en voyant leur pays perde 2 à zéro. Les champions d’Europe 2004 n’ont plus la même forme, ni la même composition et la méthode de l’entraîneur allemand, Otto Rehagel, basée sur la défense, a perdu de sa superbe. Les Grecs le savent, sans être en Afrique du Sud. 
Des supporters grecs, lors d'un match contre la Turquie en 1994
La crise économique, les mesures d’austérité, l’incertitude de l’emploi, l’augmentation des prix et toutes les cassandres sur la situation du pays pèsent sur la ferveur du mondial. Les bars, restaurants et cafétérias espèrent pourtant que la consommation reprendra jusqu’au 11 juillet (fin du mondial). Ils multiplient les efforts pour attirer la clientèle : Écrans géants sur les plages, plasmas au dessus des bars, certains ont même des tables VIP avec des écouteurs pour les commentaires.

Le match le plus attendu reste celui du 22 juin, Grèce-Argentine. Deux pays « sous la tutelle du FMI » comme disent les journalistes sportifs ici,  mais dans le cas de la Grèce, un pays qui fera son possible pour repartir la tête haute, même si c’est mal parti...

Alexia Kefalas est journaliste au quotidien grec I Kathimerini

En Algérie, le fennec est un petit renard du désert... et un footballeur

par Ghania Mouffok, d'Alger, 11 juin 2010, 14 h GMT

Sélectionnée après des matchs homériques face à l’Egypte, l’Algérie jouera son premier match dimanche face à la Slovénie au pays de Mandela. Pour l’instant, la rue se fait discrète et personne ne croit aux chances des Fennecs, après leurs résultats jugés médiocres lors des  matchs préparatoires. À 24 heures de ce premier match, Rabah Saadane vient de changer le capitaine d’équipe, ce qui n’augure rien de bon pour la suite des événements. Yazid Mansouri sera remplacé par Antar Yahia. Et si ces noms ne vous disent rien, ne vous inquiétez pas, à moi non plus.

Il faut dire que la presque totalité des joueurs de l’équipe nationale sont des joueurs importés qui évoluent habituellement ailleurs qu’en Algérie. Comme nous importons quasiment tout en Algérie, grâce à l’argent du pétrole, il n’y a pas de raison pour que le foot fasse exception.  Il n’empêche que nous serons l’un des sept pays africains à participer à ce mondial historique puisque c’est la première fois qu’un pays africain organise cette rencontre, et quel pays ! Nous représentons l’Afrique et le monde arabe, et nous sommes tantôt « les verts », tantôt les « fennecs », la mascotte du onze algérien.
« Les verts » à la façon européenne, « les fennecs » à la façon africaine. Le fennec est un petit renard du désert, on l’appelle le « renard de poche », un peu comme l’équipe algérienne aujourd’hui face aux géants du foot, mais il a de grandes oreilles pour entendre les bruits du désert et il peut presque se passer d’eau.

Les équipes africaines, pour se nommer, piochent dans la zoologie, s’appropriant ainsi le   regard occidental sur leurs performances, des performances « animales », « instinctives » avant d’être des performances techniques. 
Rabah Saadane, l'entraîneur des Fennecs
« Nous nous battrons comme des lions » rassure l’entraîneur de l’équipe algérienne, Rabah Saadane, réputé pourtant chez les supporters pour ne jamais bouger de son banc et ce, quelles que soient les performances de son équipe. Des lions, des fennecs, des éléphants, l’Afrique demeure dans son image de ménagerie, de jungle dominée quoiqu’on en dise. Pour former son équipe, l’Algérie pioche en Europe ses binationaux, ramène d’Europe ses médecins, ses diététiciens etc… 

Alors que nous sommes un continent d’un milliard d’habitants. Et l’Afrique du Sud est notre pays phare, notre dragon, c’est dire… Parce que par delà le charisme incontestable de Desmond Tutu, souhaitant au monde « la bienvenue en Afrique du Sud », par delà son émotion contagieuse, par delà son salut à Nelson Mandela, « viva madiba », par delà son optimisme, « la chenille est devenue papillon »,  et son magnifique « nous sommes le monde », ou encore  « Afrique berceau de l’humanité », force est de constater que le berceau  de l’humanité est  en bien piètre état.

À peine sorti de l’apartheid, ce pays s’est imposé face aux autres pays indépendants… depuis quand même les années 60. Regardant la télé pour suivre ce mondial, (que serait la coupe du monde de foot sans la télé ?) j’ai été frappée par la manière de communiquer algérienne. On ne voit, on n’entend aucun joueur, comme une armée de petits soldats ils se taisent pendant que le chef, en costume cravate, guindé comme un as de pique, s’exprime au nom de tous : « Nous nous battrons comme des lions ».

Le malheur de l’Afrique ce sont ses monstrueux dictateurs et sa force, ce sont ses millions d’habitants qui, aujourd’hui, font la fête à leurs fennecs et autres éléphants comme on chante le désir de sortir des zoos qui nous tiennent lieu de nations. Ne plus être des fennecs, des papillons, des chenilles  et même des lions mais juste des hommes et des femmes libres de garder le cap de bonne espérance. 

Ghania Mouffok est écrivaine et journaliste. Dernier article paru "Femmes émancipées dans le piège de Hassi Messaoud", Le Monde diplomatique, juin 2010

À Abidjan, la ruée vers les téléviseurs

par Israël Yoroba Guebo, d'Abidjan, le 11 juin 2010, 16 h GMT

Malgré une fine pluie sur la capitale économique de la Côte d’Ivoire, ils sont nombreux à négocier encore un poste téléviseur dans les magasins des quartiers commerçants que sont Treichville, Adjamé et pour certains le Plateau centre des affaires. « Il faut dire que depuis un mois l’appareil électronique le plus demandé est le poste téléviseur et si vous demandez à un consommateur pourquoi ce choix il vous dira qu’il ne veut pas rater un seul match du mondial » souligne Bachirou commerçant sur la célèbre avenue 12 de Treichville.

Les marques Japonaises ont le vent en poupe : peu importe qu’elles soient d’occasion ou neuves. Nadjim quant à lui commence à sortir des postes téléviseurs venus d’Europe dans un conteneur. Ces appareils sont communément appelés "France au revoir’’. « Aujourd’hui c’est la veillée d’arme pour les supporteurs africains alors on baisse les prix : à partir de 35 000 CFA (environ 50 €) ou même moins on peut avoir une télé pour voir le mondial ».

Les postes téléviseurs sont de toutes les tailles et l’on peut dire qu’il y en a pour toutes les bourses. Ici, dans le commerce populaire, on discute longuement le prix pour enfin tomber d’accord. Ceux qui ont plus de moyens se rendent dans les grandes surfaces comme ce père de famille qui veut suivre tranquillement le mondial avec ses amis. « Ce poste téléviseur je l’achète pour les enfants et leurs amis. Je veux éviter qu’ils viennent m’emmerder lorsque je vais suivre les rencontres avec notre club de supporteurs ».

À la gare d’Adjamé, nous retrouvons Ahognisso Kokou, venu de Daoukro au centre de la Côte d’Ivoire il vient d’acheter un poste téléviseur avec le fruit d’un an d’économie. « Lorsque la FIFA a décidé d’attribuer l’organisation de la coupe du monde à l’Afrique du Sud, j’ai juré que je n’irai pas chez le voisin ou dans un espace public pour voir les matches. Aujourd’hui j’ai ma propre télévision et vais pouvoir profiter du mondial avec ma petite famille. » souligne ce jeune vulcanisateur, sourire aux lèvres.

Pour la première fois la coupe du monde se tient en Afrique et certains ont aussi prévu de garder en souvenir des rencontres de l’équipe nationale de Côte d’Ivoire. En plus du traditionnel poste téléviseur, on a prévu un enregistreur VHS ou un câble vers l’ordinateur du salon pour capturer les plus belles images de ce mondial.

Israël Yoroba Guebo est journaliste ivoirien et blogueur

En Haïti, baz foutbòl et affaire d'État

Des ouvriers installent l'écran géant - Photo Jean Jacques Augustin

par Ladenson Fleurival, de Port-au-Prince, 11 juin 2010, 12 h GMT

Un fan mesurant un maillot Brésil - Photo Jean Jacques Augustin
En Haïti, comme dans beaucoup de pays dans le monde, le football est affaire d’État. Après la catastrophe naturelle, la vie peine à reprendre son cours. Cependant, durant un mois, les Haïtiens vont être suspendus aux exploits de Léo Messi, de Christiano Ronaldo, de Kaka, entre autres. Et pour comble, le gouvernement haïtien a décidé d’installer des écrans géants dans plusieurs endroits de la capitale, notamment au stade Sylvio Cator, la plus grande enceinte sportive du pays. Ils seront entièrement électroniques avec des images haute résolution.

Notons que chaque écran géant contient deux faces, pour en démocratiser l’accès. Une cotisation de 10 gourdes (0,10 centimes d’euro environ) sera exigée à l’entrée. Les profits iront à la caisse de la Fédération haïtienne de football (FHF), dont les installations ont été détruites.  Les gens se montrent très enthousiastes quant à cette perspective. André 23 ans, vêtu de son T-shirt aux couleurs de la sélection brésilienne, l’équipe la plus populaire dans le pays, salue cette initiative. « Nous sommes soulagés car beaucoup de personnes ne savaient où donner de la tête pour voir les matchs », explique-t-il.

Pour Michel, le prix est assez dérisoire, car ils font d’une pierre deux coups. « Après la coupe du monde le football doit continuer dans le pays et cet argent sera d’un appui considérable à la fédération », estime-t-il. Mais ce ne sont pas seulement les populations des camps qui en profiteront. A cause des problèmes d’électricité beaucoup de gens vivant dans leur maison viendront au stade. Sa position étant central et son accès facile. De plus, par habitude, les Haïtiens aiment regarder les parties de football en compagnie d’autres supporters, pour des discussions enflammées.  « Je me sens tout drôle quand je garde le foot en solitaire », dit Fanfan.
Le terrain du stade Sylvio Cator a été complètement envahi dans les premiers jours du séisme. Le mois dernier, les gens ont été délogés pour permettre aux activités sportives de reprendre leurs droits.
Des marchandes de rues vendant des maillots d'Argentine et du Brésil - Photo Jean Jacques Augustin
Dans tous les quartiers de la capitale et ses environs, les jeunes s’organisent pour pouvoir regarder dans les meilleures conditions le déroulement de la manifestation. Des espaces appelés en créole « baz foutbòl » sont aménagés pour la circonstance.  

Rue Dérénoncourt, un quartier populaire de Pétion-ville (Est), une quinzaine de jeunes qui s’identifient comme des fans du Brésil et de l’Argentine ont mis en commun leur argent pour aménager leur propre espace. Les discussions pour savoir quel drapeau figurera sur la façade principale de leur petit bâtiment, laissent présager que cet été sera une fois de plus très chaud.

Néanmoins, ils se sont mis d'accord pour que les drapeaux de plusieurs pays soient hissés sur la place. Islin Pierre alias « Kiko » nous confie qu’il a dépensé tout son salaire mensuel pour préparer le lieu. « Sa a se zafè pa nou, menm lè nou sinistre n ap pran plezi nan Koup dimonn nan », à traduire littéralement par : "notre situation de sinistré ne peut pas nous empêcher de fêter l’événement".

Au camp des Frères de l’instruction chrétienne (FIC), l’enthousiasme est pareil. Sous des arbres, des jeunes ont déjà préparé leur « baz ». Ti jan, fan de longue date de la sélection vert et or, faisant allusion au tremblement de terre, déclare : « Si nous sommes encore en vie après le violent séisme, c’est sûrement pour voir le 6ème sacre du Brésil ».

Notons que les « baz » constituent avant tout, des lieux de détente. Pas étonnant que les jeunes se cotisent également pour acheter des boissons, notamment de la bière. Selon plusieurs chefs de « baz » rencontrés, la coupe du monde sera au plus haut point, bénéfique à la population.

Ladenson Fleurival est journaliste au quotidien Le Matin de Port au Prince
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