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Plan social chez PSA : l'ombre de l'Iran

L'œil de la rédaction

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Plan social chez PSA : l'ombre de l'Iran
Et si la baisse des ventes sur le marché européen de l' automobile n’était pas la seule raison de la chute de PSA ? Le groupe automobile cultive les zones d’ombre sur les chiffres, et sur ses projets. Depuis quelques années déjà. L’Iran, marché longtemps prospère pour PSA, n’est désormais plus d’actualité. Enquête.
03.08.2012Par Sarah Belhadi
Pas un mot ou à peine du côté de la direction. Pas grand chose dans les cénacles politiques. Jean-Pierre Mercier, délégué syndical CGT du site d'Aulnay -qui doit fermer en 2014- confirme l'omerta "j'ai eu un mal de chien à soulever le lièvre". Un lièvre de nationalité iranienne. 
Le groupe PSA qui a annoncé une baisse des ventes sur le marché mondial de 13% le 12 juillet dernier évoque un marché européen en  berne. La marque au lion y accuse des pertes, mais pas si importantes... 
Certes, au 1er semestre 2011, 1,860 millions d'unités avaient été vendues  pour 1,619 millions seulement à la même période en 2012. Un manque à gagner de 241 000 véhicules donc. Un chiffre qui prend bien-sûr en compte les véhicules, mais pas seulement. Les pièces détachées  sont aussi un gros marché. Or, c'est le volume qui a connu le plus net recul: de 208 000 vendues sur la première partie de l’année 2011, PSA passe à 143 000 l’année suivante. Une baisse de 31%. Et, cette chute de  ventes qui intervient au moment de l'arrêt par PSA des livraisons de pièces détachées … à l'Iran.

L’Iran, un marché qui roulait bien pour les Français 

PSA s'est bien gardé de faire de la publicité autour de ces relations commerciales avec l'Iran. L’information est assez méconnue mais les constructeurs automobiles français sont implantés à Téhéran depuis longtemps,  PSA  comme Renault d'ailleurs. Et les affaires y étaient plutôt  juteuses pour le "lion”.
Jusqu’en février dernier, l’Iran était tout simplement le deuxième marché à l'exportation pour le groupe PSA. Le contrat passé avec la République Islamique date de 1978. Mais voilà l'entrée toute récente de General Motors à hauteur de 7% dans le capital de PSA semble avoir changé la donne. De quelle manière ? En obligeant PSA à appliquer à la lettre les sanctions internationales contre l'Iran. Résultat : arrêt des accords commerciaux avec Iran Khodro, leader du marché automobile iranien. Et donc, fin d’une manne financière importante. 
PSA avait le couteau sous la gorge. Depuis plusieurs mois, l'UANI (United Against Nuclear Iran), ce puissant lobby américain anti-Iran connu pour faire pression sur de grandes entreprises (comme en ce moment sur le système bancaire libanais), a fait circuler une note pour exiger de PSA l'arrêt immédiat et total de tout commerce avec l'Iran. Une pression du lobby manifestement efficace puisque Peugeot à fini par céder, au risque d’accentuer ses difficultés économiques.
Zoom:
Mark Wallace, fondateur de l'UANI, le lobby anti-Iran aux Etats-Unis.
Dissuasion économique américaine 

En fait, l’UANI est dirigée par Mark Wallace qui n’est autre... qu’un ancien diplomate de George Bush fils, connu pour ses positions très conservatrices et "anti-Iran". Crée en 2008, le lobby veut à tout prix éviter que Téhéran puisse développer un programme d’armes nucléaires. Du coup, il fait pression sur le Trésor américain pour rappeler à la loi les entreprises. En vertu d’un embargo, tout commerce est interdit avec Téhéran. 
Il existe en effet la loi d’Amato signée en août 1996 aux États-Unis. Le but : priver le pays de ressources financières. Une loi qui a des limites, les sanctions peuvent ne pas être appliquées si cela est contraire aux intérêts des États-Unis. 
Toujours est-il que General Motors est sans doute plus qu’une autre entreprise soumise aux pressions. Et pour cause : en 2008 le Trésor est entré à hauteur de 61% dans le capital, (puis 27% désormais) du constructeur… Une nationalisation pour éviter sa faillite. En attendant l’application de telles sanctions a surtout pénalisé Peugeot. 

Le champ libre à son concurrent Renault 

Voilà comment PSA, cédant à la pression de son actionnaire se serait tiré une balle dans le pied en renonçant à  un marché pourtant à fort potentiel. Pire, en abandonnant le terrain à ces concurrents: Renault également implanté en Iran n’a pas l’intention de renoncer à ce marché. Au contraire. Le capital de Renault est resté, lui, franco-français, et aucun lobby basé à Washington - UANI ou tout autre - ne peut contraindre le concurrent historique de PSA à cesser tout commerce avec l'ennemi juré des  États-Unis.
L’arrêt du commerce avec l'Iran a donc bien engendré des pertes pour le groupe non négligeables. Pas au point de faire sauter des milliers d'emplois. Mais quelques centaines. A Vesoul notamment où on assemblait des pièces à destination de l'Iran. Un site dont, étrangement, le nom n'a pas été évoqué le 12 juillet dernier lors de l'annonce du plan social par la direction. Une omission qui surprend Jean-Pierre Mercier.
Zoom:
Le 1er mai, deux mois avant l'officialisation du plan social, des salariés de Peugeot s'inquiètent de leur sort - photo AFP
Des "dissimulations"

Aujourd'hui, beaucoup de questions continuent de se poser. La principale: quel fut le poids réel de cet imbroglio iranien dans la chute de PSA? 
Pour l'heure, nul ne semble avoir l'intention d'y répondre. Dans les communiqués, la direction du groupe automobile évoque timidement les sanctions internationales... "Nous n'allons pas nous mettre hors-la-loi" affirme alors Pierre-Olivier Salmon, responsable des relations presse chez PSA. Quant à la pression d'un lobby américain, la réponse est claire "ce n'est pas la motivation". 

Pour Jean-Pierre Mercier, il y aurait "peu d'espoir que le gouvernement manifeste une vraie volonté d aller à l'encontre de Peugeot", donc de faire toute la lumière sur cette affaire dans le plan social. Ces dernières semaines, Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif, n'a certes jamais manqué l'occasion de tacler le groupe Peugeot avec des mots comme "mensonges", "dissimulations". Ambiance … Des propos que Thierry Peugeot , l'héritier du groupe automobile a du mal à encaisser. Mais si le ministre dénonce la mauvaise stratégie du groupe, il ne dit rien sur le gel iranien.

Pas un mot non plus d'ailleurs sur la visite de Michel Rocard en Iran, comme émissaire de François Hollande en mai dernier, une semaine après son élection à la présidentielle. Officiellement, il était à Téhéran pour réchauffer les relations diplomatiques, mais il y aurait rencontré les dirigeants d’Iran Khodro, le partenaire de Peugeot jusqu'au coup d'arrêt de février, et  principal groupe automobile du pays. Reste à connaître l'objet de cette visite pour l'ancien premier ministre.

Un plan social "au congélateur"

Silence aussi du côté de PSA depuis des mois. Un document interne daté du 23 août 2010, et remis à la CGT début juin 2011 "anonymement" assure Jean-Pierre Mercier, prévoyait d'ores et déjà la fermeture du site d'Aulnay. Une mention très courte : "Aulnay : ajustement programmé". Mais pour le "cégétiste", la décision est encore plus ancienne et remonterait...à 2004. Il affirme que chez Peugeot, "les plans se font sur 10 ans". Jusqu'au bout, la direction a nié. Le 18 juin dernier, lors de la première réunion tripartite, Denis Martin, directeur industriel de PSA  affirme alors qu'il s'agit "d'un document de travail caduc". "On était  à trois semaines de l'annonce", ajoute  Jean-Pierre Mercier. La fermeture d'Aulnay était donc décidée depuis longtemps. Mea culpa de Philippe Varin lors de son audition à la Commission des affaires économiques du Sénat le 26 juillet dernier. Il parle alors du fameux document interne.
Si l’Iran n’est pas une cause directe. C'est vraisemblablement un facteur qui a augmenté la crise chez PSA.

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