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L'Europe, la dette grecque et la tentation du protectorat

L'œil de la rédaction

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L'Europe, la dette grecque et la tentation du protectorat
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Repas de démunis à Athènes le 31 décembre 2011 (photo AFP)
Tandis que le pays vivait ce mardi 7 février une nouvelle journée de grève générale, les difficiles négociations entre le Premier ministre grec Lucas Papademos et les partis politiques gouvernementaux se poursuivent pour tenter d'arracher l'aval des partis aux réformes exigées par l'UE et le FMI.

Écartée pour cause d'inopportunité politique, la proposition allemande de placer la Grèce sous tutelle budgétaire totale, hier encore impensable, est significative d'une évolution de fond du projet européen, de plus en plus éloigné à la fois de ses idéaux fondateurs affichés et d'un quelconque contrôle de ses rares institutions élues.

Loin de Strasbourg

31.01.2012par Pascal PriestleySi les syndicats belges n’avaient pas relevé d’une grève générale la connotation sociale du sommet européen qui s’est tenu lundi à Bruxelles, on aurait difficilement pu deviner son thème officiel : la croissance et l’emploi, tant il y fut surtout question de dette et d’austérité.

Sèchement humiliés deux semaines plus tôt par l’agence américaine Standard & Poor’s « dégradant » neuf de ses membres, les dirigeants de la zone euro étaient parvenus ces derniers jours à relativiser la gifle reçue par des variations sur le thème « même pas mal ». Largement anticipée, la sanction n’avait guère ébranlé les marchés et les punis ont même pu lever des fonds à un taux légèrement moindre qu’auparavant.

Un léger regain de moral s’ensuivit, vite douché par la prévision du Fonds monétaire international du 24 janvier annonçant pour la France et l’Allemagne une croissance quasi nulle en 2012 (0,2 et 0,3 %) et une récession pour les autres. Dans ce contexte peu propice au rêve, l’Europe pouvait se recentrer sur son sujet désormais favori : la rigueur.

27 petits nègres


En décembre dernier, les "27" avaient adopté avec un enthousiasme inégal (la Grande Bretagne restant à l’écart) un pacte de discipline budgétaire voulu par Berlin et défendu par le Président Sarkozy prévoyant l'instauration généralisée d'une "règle d'or" sur le retour à l'équilibre, assorti de sanctions quasi-automatiques contre les comptes publics qui dérapent.

Le sommet de cette semaine a permis d’affiner certaines dispositions et aussi de révéler des grincements dans cette improbable mécanique. Au soir du 30 janvier, le futur traité ne compte plus que 25 signataires, la République Tchèque s’abstenant « pour des raisons constitutionnelles ».

On peut tout de même noter qu’à terme, bien d’autres pays risquent de rencontrer eux-aussi des obstacles techniques, légaux… ou politiques internes, dont la France. L’opposition y a exprimé ses réserves et sa volonté de reconsidérer l’accord dans le cas (plausible) où elle parviendrait au pouvoir dans trois mois. Or, le pacte budgétaire n’a pas vocation à entrer en vigueur avant le 1er janvier 2013. D’ici là…
Le ministre grec des finances Evangelos Venizelos et le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker (photo AFP)

"la Grèce doit accepter d'abandonner une partie de sa souveraineté"


Mais c’est surtout la Grèce qui a donné l’occasion d’un nouveau psychodrame familial, l’Allemagne jouant cette fois le rôle du vieil oncle acariâtre au milieu d'un repas trop arrosé.

Remis vendredi aux hauts fonctionnaires de la zone euro, un document de son ministère des finances proposait assez crûment une mise sous tutelle de la Grèce, toujours suspecte de mauvaise volonté dans le remboursement de sa dette. « Au vu de l'application décevante du plan jusqu'à présent, la Grèce doit accepter d'abandonner une partie de sa souveraineté budgétaire pour un certain temps », indique la note allemande. « Un Commissaire au budget devrait être nommé par l'eurogroupe avec l'objectif de contrôler le budget (... ), il aura le pouvoir de mettre son veto à des décisions non conformes avec les objectifs budgétaire décidés par la troïka ».

Si une telle idée circule depuis un moment en Europe (un accord précédent avait officialisé la résidence permanente des représentants de la Troïka à Athènes même afin de mieux y contrôler le budget grec), il était manifestement impoli de la formuler à haute voix et de façon si intelligible.

Le fait que la proposition émane d’un pays qui avait, il y a soixante-dix ans, occupé la Grèce sous un autre uniforme n’a pas contribué à détendre les esprits. Pourtant artisan de l'austérité avec le Premier ministre agréé des marchés Lucas Papademos, le ministre des Finances, Evangélos Vénizélos, a appelé l'UE à respecter «l'identité nationale» de son pays et le principe d'égalité entre États. «Nous avons besoin de plus de démocratie, pas de moins de démocratie» en Europe, a renchéri lundi l'ancien Premier ministre grec Georges Papandréou, qui fait partie du gouvernement d'unité nationale au pouvoir.

Plusieurs responsables européens ont, pour une fois, pris la défense du cancre officiel, certains jugeant non sans perspicacité que la proposition allemande risquait d'alimenter un retour de la germanophobie dans certains pays, renforçant au passage ceux qui, depuis des mois, dénoncent une gestion rhénane de la crise axée uniquement sur la rigueur budgétaire.
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Salle des marchés à Paris (AFP)

Embarras


Après la mise en vente d’une partie de ses richesses nationales et la ruine au moins partielle de sa population, l’éventualité ouverte de la réduction pour dettes de l’un de ses membres haut en symbole ("Europe" est un mot grec) au rang de protectorat, en tout cas, embarrasse certains dirigeants européens sans d'ailleurs forcément les scandaliser complètement.

Si le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker a jugé « inacceptable » l’idée d’un traitement particulier réservé, en l’espèce, à la Grèce, il n’a pas pour autant rejeté le principe d'une mise sous tutelle d'un pays qui «sort durablement des clous».  « Rien dans les Traités ne dit que la Commission Européenne peut prendre le contrôle d'un pays », nuance prudemment une source proche de Jose Manuel Barroso citée par l’AFP,  soulignant, un peu inquiet, qu'une telle mise sous tutelle pourrait avoir des contre-effets dévastateurs pour l'unité européenne.

C’est en effet, bien au-delà du seul problème grec ou d’une indélicatesse allemande, vite étouffée sous les appels au calme mais qui est bien loin d'être un lapsus, une nouvelle approche de l’Union qui se dessine avec de moins en moins de complexes, loin d’un parlement strasbourgeois depuis longtemps aphone, en dehors de tout contrôle autre que financier.

Dire que cette Europe (qui poursuit de façon surréaliste et indiscutée son élargissement sans fin  avec, cette fois, la Croatie) n’est pas celle qui a été vendue aux populations lors de ses différentes consultations électorales constitutives relève à la fois de la litote et du mauvais goût, mais c’est aussi devenu une sorte de détail.

Pour 130 milliards de plus ...

31.01.2012(AFP)
Athènes doit rembourser 14,5 milliards d'euros de prêts le 20 mars, faute de quoi le pays sera en cessation de paiements.

Pour éviter une faillite aux conséquences imprévisibles, il faut que le pays trouve au plus vite un accord pour effacer 100 milliards d'euros de dette avec les banques et fonds d'investissement détenant ses obligations et que les Européens débloquent les 130 milliards d'euros d'aide promis en octobre. Du premier accord avec les banques dépend le déblocage de l'aide européenne.


Les négociations avec le secteur privé traînent en longueur depuis près de trois semaines et le président de l'UE Herman Van Rompuy a appelé lundi, lors du premier sommet européen de l'année, à trouver un accord sur la dette et sur les nouvelles aides en direction de la Grèce "d'ici la fin de la semaine".


Les négociations avec les créanciers privés de la Grèce visent à ramener la dette publique du pays à 120% du PIB à l'horizon 2020 contre 160% actuellement.
L'opération doit être réalisée via un échange d'anciennes obligations détenues par des créanciers privés par de nouveaux titres, avec au centre des tractations la rémunération accordée à ces derniers.


Un accord doit être trouvé d'ici la fin de la semaine afin que l'échange de titres soit faisable sur le plan technique et débute le 13 février, la date-butoir, a indiqué une source européenne. L'opération prendra ensuite deux semaines et aboutira début mars, a fait savoir cette même source.Se voulant rassurant, le Premier ministre grec, Lucas Papademos, a dit tabler lundi soir sur un accord global d'ici la fin de la semaine.


Toutefois, face à la la dégradation économique de la Grèce, l'enveloppe de 130 milliards d'euros pourrait être insuffisante. Une rallonge de 15 milliards d'euros est évoquée, même si la chancelière allemande Angela Merkel a prévenu lors du sommet qu'"ajouter des prêts à la Grèce ne contribuera pas à réduire son endettement". "Notre but est d'éviter une aide supplémentaire de nos créditeurs", a souligné à ce sujet M. Papademos. En attendant, ce sujet est bien sur la table, a confirmé une source européenne. "Le but est de négocier un accord avec les créanciers publics une fois bouclé celui avec les créanciers privés", a-t-elle précisé.


Cela pourrait concerner des institutions européennes détentrices d'obligations grecques, des banques nationales ainsi que la Banque centrale européenne (BCE) qui détiendrait 45 milliards de dette grecque, rachetées à des banques de la zone euro, selon un banquier central de la zone euro.


En acceptant par exemple d'effacer la moitié des ses obligations grecques, la BCE et les 17 banques centrales des pays de la zone euro perdraient environ 20 milliards d'euros.
Le président français Nicolas Sarkozy a lancé un appel du pied lundi soir en suggérant qu'"éventuellement d'autres institutions européennes" participent à l'effort. Une manière de suggérer par exemple que la BCE pourrait être invitée, elle aussi, à accepter une perte sur ses créances envers Athènes.


La Grèce n'est pas le seul problème à l'esprit des dirigeants européens. La situation du Portugal, qui est sous assistance financière extérieure depuis l'an dernier, inquiète à nouveau beaucoup, au point de faire craindre un deuxième programme d'aide. "La récession va être terrible pour ce pays qui n'y est pas préparé" et ses taux d'emprunt sur les marchés restent à des niveaux très élevés, s'inquiète une source européenne.


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