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Législatives françaises : les ambiguités d'une victoire

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Législatives françaises : les ambiguités d'une victoire
Conforme à l'esprit de la Vème République, le scrutin majoritaire de circonscription amplifie de façon caricaturale l'avance des vainqueurs et l'échec des vaincus, au risque de gommer les complexités de la société française.

Extrême-droite mais aussi Front de Gauche et centre: plus d'un tiers des voix exprimées lors de la Présidentielle ne seront pas représentées à l'Assemblée nationale, ou le seront peu.
Zoom:Les disparus de la démocratie
Devant le siège du PS, le 17 juin (photo AFP)

Les disparus de la démocratie

19.06.2012Par Pascal PriestleyDix ans après avoir été éliminée au premier tour de l’élection présidentielle, cinq ans après avoir été balayée par une déferlante sarkozienne alors auto-présentée comme une rupture historique, la gauche française- et à travers elle le Parti socialiste - se retrouve dotée de plus de pouvoirs qu’elle n’en a jamais eu dans l’histoire, dont n’aurait osé rêver ses prédécesseurs de 1981 : présidence de la République, gouvernement, majorité absolue à l’Assemblée nationale mais aussi majorité au Sénat, contrôle de la quasi-totalité des régions, de la majorité des départements, des villes et, dans l’ensemble, des territoires.
Par un effet mécanique retardé, elle dominera à terme le Conseil constitutionnel et d’autres institutions issues de l’exécutif et des Assemblées (telles le Conseil supérieur de l’audiovisuel, s’il est maintenu).

Le « grand cadavre à la renverse », ainsi que l’avait un peu vite nommé et enterré Bernard Henri Levy (Grasset, 2007) ne s’est pas contenté de bouger encore : il a électoralement pulvérisé en quelques mois la plupart de ses fossoyeurs.

La relative atonie des vainqueurs n’en est que plus frappante. Loin des envolées euphoriques de 1981, la victoire d’aujourd’hui paraît presque susciter un léger malaise que n’explique pas seulement l’environnement économique inquiétant. Il trouve aussi sa source dans une implicite exagération des urnes, comme si le gros lot, exagérément volumineux, embarrassait un peu l’heureux gagnant.

Par la grâce du système présidentiel augmenté du scrutin majoritaire de circonscription, le quasi petit point d’avance de l'ensemble de la gauche (51,6 % au second tour pour François  Hollande, un peu plus de 50 % au second tour des législatives) débouche sur une hégémonie sans partage du PS et de ses alliés.

Malheur aux vaincus ... et sans doute les institutions de la Vème République l’ont elles, jusqu’à un certain point, voulu ainsi, accentuant par des leviers démultiplicateurs l’avantage du vainqueur pour assurer au pays une stabilité politique.

L’élimination des minorités, acquise avec la plus faible participation de l’histoire de la Vème République, n’en est pas moins troublante, surtout si l'on prend en compte le score national de la Présidentielle, moins soumise aux turbulences locales et donc reflet plus fidèle des convictions, qui a en outre mobilisé, elle, 80% des électeurs.
Zoom:
Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen durant la campagne électorale.

Démultiplications et évaporations


On peut éprouver bien des répugnances à l’égard du Front National. Sa porte-parole n’en avait pas moins convaincu 18 % des Français à la Présidentielle. Il aura deux députés, loin de la centaine que lui aurait donné un scrutin proportionnel.

Le courant du Front de Gauche de Jean-Luc Mélenchon y avait recueilli près de 12 % des voix (et encore 7 % le 10 juin). Ses 70 (ou 40, selon la base retenue) députés virtuels se réduiront à dix dans l’Assemblée réelle sans possibilité de constituer un groupe et donc de se faire entendre, à l'inverse des écologistes (2,3 % des voix le 22 avril, 20 députés le 17 juin par le jeu des alliances avec le PS).

Quant au centre de François Bayrou (près de 10 % à la Présidentielle), constante du paysage politique français, il est à peu près éradiqué avec deux sièges au lieu de la cinquantaine que lui aurait accordée cette proportionnelle imaginaire.
Zoom:
François Bayrou, le 17 juin à la télévision
Dans les trois cas, les dirigeants qui incarnaient les idées - bonnes ou mauvaises - sont éliminés. On peut ironiser sur la chute de ces trois figures bruyantes de la campagne électorale. Elle n'en demeurent pas moins des protagonistes majeures du débat politique, désormais réduit à un tête à tête entre deux forces libéralo-compatibles.

Et dans cette pittoresque république, plus d’un tiers des voix – et donc des opinions citoyennes - exprimées six semaines plus tôt ne seront, en somme, pas (ou fort peu) représentées au Parlement, d'avantage si l'on compte les "petits candidats".

Peu relevée par une presse hexagonale gravement centrée sur son vaudeville charentais, cette singularité française - particulièrement flagrante dans ce scrutin - peut apparaître, à court terme, comme une garantie de tranquillité pour les gouvernants. Les « marchés », l’autre pouvoir, y trouveront sans nul doute matière à réconfort.

Le décalage entre le pays "réel" et son expression parlementaire peut aussi, dans un contexte de crise sociale qui n'a rien d'invraisemblable, devenir une impardonnable faiblesse.

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