Elections - France 2012
Les articles
Présidentielle française : l'immigration dans la campagne
Il est rare, en temps de paix, que des autorités d'un gouvernement démocratique se glorifient d'un record d'expulsion de populations civiles. Tel est pourtant le registre emprunté, mardi 10 janvier, par le ministre français de l'intérieur Claude Guéant, à l'aube d'une campagne électorale présidentielle et législative où la majorité conservatrice sortante se trouve talonnée par l'extrême-droite du Front National.
La surenchère décomplexée
10.01.2012par Pascal Priestley32.922 : c'est le nombre d'étrangers expulsés de France durant l'année 2011 contre 28 000 initialement prévus, un résultat "jamais atteint", selon le mot du Ministre de l'intérieur Claude Guéant, très proche de Nicolas Sarkozy.
Heureux mais non comblé, celui-ci fixe à 35.000 son objectif d'expulsions pour l'année en cours.
Les séjours irréguliers ne sont pas les seuls cibles des pouvoirs publics. Les titres de séjour délivrés sont également en légère baisse (voir encadré ci-contre), de même que les naturalisations (près d'un tiers en moins).
Pour souligner ce bilan à ses yeux positifs et se rapprocher d'une promesse formulée en avril dernier de baisse de l'immigration de 10 %, Claude Guéant a été contraint de modifier la méthodologie habituelle de publication des chiffres en utilisant ceux de 2011 sans attendre, comme c'était jusqu'alors l'usage, l'année suivante.
Une surenchère en entrainant une autre, le Front National a dénoncé ce qu'il qualifie d'"indécente autosatisfaction", jugeant le résultat affiché "dérisoire et surtout grotesque par rapport à l'ampleur et à la gravité du problème de l'immigration".
Heureux mais non comblé, celui-ci fixe à 35.000 son objectif d'expulsions pour l'année en cours.
Les séjours irréguliers ne sont pas les seuls cibles des pouvoirs publics. Les titres de séjour délivrés sont également en légère baisse (voir encadré ci-contre), de même que les naturalisations (près d'un tiers en moins).
Pour souligner ce bilan à ses yeux positifs et se rapprocher d'une promesse formulée en avril dernier de baisse de l'immigration de 10 %, Claude Guéant a été contraint de modifier la méthodologie habituelle de publication des chiffres en utilisant ceux de 2011 sans attendre, comme c'était jusqu'alors l'usage, l'année suivante.
Une surenchère en entrainant une autre, le Front National a dénoncé ce qu'il qualifie d'"indécente autosatisfaction", jugeant le résultat affiché "dérisoire et surtout grotesque par rapport à l'ampleur et à la gravité du problème de l'immigration".
Au delà de l'effet d'annonce d'une performance au parfum douteux, de son utilisation politique escomptée - en approbation immédiate ou en clivage profitable - et de la polémique classique qui en découle immanquablement, les variations sont, il est vrai, plus modestes qu'il n'y parait.
Pour réelle qu'elle soit, la baisse des flux caractérise l’ensemble des pays de l’OCDE et parait en grande partie imputable à la crise économique.
Le chiffre global de population étrangère en France reste, lui, assez stable aux alentours de trois millions (près de 5% du total).
En termes froidement statistique, la marge disputée reste donc sinon infinitésimale du moins de l'ordre du symbole puisque, si elles ont effectivement brisé des personnes et des familles, les "reconduites à la frontière" ont directement frappé moins de 1% des étrangers sur le sol français.
Au registre d’un folklore d’ailleurs dénoncé en son temps par l'Union européenne, on notera que certains expulsés ont pu l'être plusieurs fois, tels les Roumains, citoyens de l'Union magiques car à la fois expulsables et dotés du droit de revenir aussitôt, ressource inépuisable donc pour des autorités politiques en quête de chiffre.
Pour réelle qu'elle soit, la baisse des flux caractérise l’ensemble des pays de l’OCDE et parait en grande partie imputable à la crise économique.
Le chiffre global de population étrangère en France reste, lui, assez stable aux alentours de trois millions (près de 5% du total).
En termes froidement statistique, la marge disputée reste donc sinon infinitésimale du moins de l'ordre du symbole puisque, si elles ont effectivement brisé des personnes et des familles, les "reconduites à la frontière" ont directement frappé moins de 1% des étrangers sur le sol français.
Au registre d’un folklore d’ailleurs dénoncé en son temps par l'Union européenne, on notera que certains expulsés ont pu l'être plusieurs fois, tels les Roumains, citoyens de l'Union magiques car à la fois expulsables et dotés du droit de revenir aussitôt, ressource inépuisable donc pour des autorités politiques en quête de chiffre.
Celles-ci, dans leur enthousiasme accentué par des sondages à cet égard encourageants, semblent de surcroit prêtes à remettre à jour l’amalgame politiquement rentable mais délaissé depuis quelques brèves années du lien immigration-criminalité. Le taux de délinquance de la population étrangère, a ainsi lancé Claude Guéant ce même jour, serait "de deux à trois fois supérieur" à la moyenne.
En décembre, Claude Guéant avait appelé de ses vœux des "mesures spécifiques" sur la délinquance commise par des étrangers, avec la possibilité de priver de titre séjour un étranger qui se rendrait coupable d'un délit grave, dès lors qu'il vit en France "depuis peu de temps" et qu'il n'y a "pas d'attache familiale". Il avait alors réfuté qu'il s'agisse d'un retour à la double peine abolie par Nicolas Sarkozy.
Comme cela avait alors été annoncé par le ministre, une proposition de loi sur la délinquance portée par des députés UMP et incluant des mesures sur les étrangers devrait, selon des sources citées par l'Agence France-Presse, être très rapidement déposée. Sans la moindre arrière-pensée électorale.
En décembre, Claude Guéant avait appelé de ses vœux des "mesures spécifiques" sur la délinquance commise par des étrangers, avec la possibilité de priver de titre séjour un étranger qui se rendrait coupable d'un délit grave, dès lors qu'il vit en France "depuis peu de temps" et qu'il n'y a "pas d'attache familiale". Il avait alors réfuté qu'il s'agisse d'un retour à la double peine abolie par Nicolas Sarkozy.
Comme cela avait alors été annoncé par le ministre, une proposition de loi sur la délinquance portée par des députés UMP et incluant des mesures sur les étrangers devrait, selon des sources citées par l'Agence France-Presse, être très rapidement déposée. Sans la moindre arrière-pensée électorale.
Les chiffres du ministère de l'intérieur
10.01.2012A.F.P.Voici les principaux chiffres sur l'immigration fournis mardi par le ministre de l'Intérieur Claude Guéant qui a présenté son bilan pour l'année 2011, se réjouissant d'une baisse des flux migratoires.
- Mesures d'éloignements exécutées (expulsions): 32.922 contre 28.026 en 2010, soit une hausse de 17,5%. On compte 22.927 retours contraints et 9.985 retours aidés au moyen d'un pécule.
- Objectif pour 2012: 35.000 reconduites à la frontière.
- Premiers titres de séjour délivrés: 182.595 contre 189.455 en 2010, soit une baisse de 3,6%.
- Titres de séjours délivrés pour "liens personnels et familiaux": 12.613 contre 14.686 en 2011, soit une baisse de 14%.
- Immigration professionnelle: 9.154 étrangers autorisés à venir travailler en France contre 12.404 en 2010, soit une baisse de 26%.
- Etudiants étrangers: 60.000 (50.000 en 2008).
- Naturalisations: par décret 66.000 contre 94.500 en 2010, soit une baisse de 30%), par le mariage 22.000 (stable).
- Opposition à l'acquisition de la nationalité: 31 cas contre 16 en 2010.
- Mesures d'éloignements exécutées (expulsions): 32.922 contre 28.026 en 2010, soit une hausse de 17,5%. On compte 22.927 retours contraints et 9.985 retours aidés au moyen d'un pécule.
- Objectif pour 2012: 35.000 reconduites à la frontière.
- Premiers titres de séjour délivrés: 182.595 contre 189.455 en 2010, soit une baisse de 3,6%.
- Titres de séjours délivrés pour "liens personnels et familiaux": 12.613 contre 14.686 en 2011, soit une baisse de 14%.
- Immigration professionnelle: 9.154 étrangers autorisés à venir travailler en France contre 12.404 en 2010, soit une baisse de 26%.
- Etudiants étrangers: 60.000 (50.000 en 2008).
- Naturalisations: par décret 66.000 contre 94.500 en 2010, soit une baisse de 30%), par le mariage 22.000 (stable).
- Opposition à l'acquisition de la nationalité: 31 cas contre 16 en 2010.
... et ceux de Monsieur Mo
10.01.2012Par Pascal PriestleyJusqu'au bout, le Réseau éducation sans frontière (RESF) , qui défend les étrangers en situation irrégulière ayant des enfants scolarisés, a tenté d'empêcher l'expulsion de "Monsieur MO".
Chinois sans papiers après le rejet de ses demandes d'asile, Changfeng Mo résidait en France depuis près de dix ans avec sa femme et deux jeunes enfants, dont l'un scolarisé.
Arrêté au mois de novembre à Aubervilliers (Seine Saint-Denis) lors d'une opération de police visant le travail illégal, il fait le 14 décembre l'objet d'une décision d'expulsion. Le 28 décembre, une première tentative d'embarquement forcé se heurte à une mobilisation de RESF.
Le 2 janvier, la Préfecture confirme pourtant son intention d'exécuter l'expulsion. Le 5 janvier, Changfeng Mo tente de s'ouvrir le poignet. Il est transporté à l'Hôtel Dieu et examiné par un médecin qui juge son état ... compatible avec "l'éloignement".
Samedi 7 janvier, l'expulsion se précisant à nouveau, le réseau appelle ses sympathisants à téléphoner à la préfecture de Police, ou une permanence est maintenue pour recevoir les appels. Les journalistes (dont ceux de TV5monde) qui joignent le cabinet du Préfet pour obtenir des informations sont poliment éconduits.
Monsieur Mo est embarqué le soir sur un vol d'Air China après 45 jours de rétention administrative. Son épouse reste en France avec ses deux enfants.
Selon RESF qui constate sa "défaite" mais veut mobiliser pour obtenir le retour de Changfeng Mo, de telles mesures d'expulsion d'un père de famille d'enfants scolarisés restaient, jusqu'à présent, assez rarement appliquées. La pression électorale pourrait en décider autrement.
Chinois sans papiers après le rejet de ses demandes d'asile, Changfeng Mo résidait en France depuis près de dix ans avec sa femme et deux jeunes enfants, dont l'un scolarisé.
Arrêté au mois de novembre à Aubervilliers (Seine Saint-Denis) lors d'une opération de police visant le travail illégal, il fait le 14 décembre l'objet d'une décision d'expulsion. Le 28 décembre, une première tentative d'embarquement forcé se heurte à une mobilisation de RESF.
Le 2 janvier, la Préfecture confirme pourtant son intention d'exécuter l'expulsion. Le 5 janvier, Changfeng Mo tente de s'ouvrir le poignet. Il est transporté à l'Hôtel Dieu et examiné par un médecin qui juge son état ... compatible avec "l'éloignement".
Samedi 7 janvier, l'expulsion se précisant à nouveau, le réseau appelle ses sympathisants à téléphoner à la préfecture de Police, ou une permanence est maintenue pour recevoir les appels. Les journalistes (dont ceux de TV5monde) qui joignent le cabinet du Préfet pour obtenir des informations sont poliment éconduits.
Monsieur Mo est embarqué le soir sur un vol d'Air China après 45 jours de rétention administrative. Son épouse reste en France avec ses deux enfants.
Selon RESF qui constate sa "défaite" mais veut mobiliser pour obtenir le retour de Changfeng Mo, de telles mesures d'expulsion d'un père de famille d'enfants scolarisés restaient, jusqu'à présent, assez rarement appliquées. La pression électorale pourrait en décider autrement.















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