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L'exposition "Bohèmes" au Grand Palais

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L'exposition "Bohèmes" au Grand Palais
Du 26 septembre 2012 au 14 janvier 2013, le Grand palais expose le mythe de la bohème sous toutes ses formes artistiques, littéraire, picturale, musicale. A travers une quinzaine de thèmes et plus de 200 œuvres, de Léonard de Vinci à Picasso, le visiteur est pris par la main et habilement guidé par une scénographie signée Robert Carsen, qui apporte toute sa dramaturgie à l'exposition. Sylvain Amic, commissaire de l’exposition nous donne quelques clés pour entrer dans le monde de la rêverie de ces vies de bohème(s).

Vous avez dit "bohême" ?

Léonard de Vinci, Un homme trompé par des Tsiganes
Royal Collection Trust / © Her Majesty Queen Elizabeth II 2012
Si le terme n’apparaît qu’au XIXème siècle en tant que « nom donné, par comparaison avec la vie errante et vagabonde des Bohémiens, à une classe de jeunes littérateurs ou artistes parisiens, qui vivent au jour le jour du produit précaire de leur intelligence […] » dans le Grand dictionnaire universel du XIXe siècle, il remonte pourtant au XVème siècle et désigne tout simplement un groupe de nomades arrivé par la région de Bohême (actuellement l'une des composantes de la République tchèque avec la Moravie), et porteur d’attestations écrites de la main de l’empereur Sigismond demandant aux populations qu’il avait rencontrées de les accueillir comme de bons pèlerins chrétiens à qui on devait le gîte et le couvert. D’où le nom de Bohémiens. D’autres nomades sont passés par ailleurs, comme les « gens ziganorum », d’où dérivent Cigains, Zigeuner, Zingara, Tsiganes… D’autres encore portaient le nom de « Egyptanos ». « Dès leur apparition, il y a plusieurs vocables qui les désignent et qui entretiennent une certaine confusion, un certain mystère autour de leurs origines », résume Sylvain Amic, commissaire de l’exposition.

Très vite les artistes s’emparent de ce mystère, comme en atteste le dessin de Léonard de Vinci qui date de 1493, soit soixante-dix ans après leur apparition. Ce dessin, « un homme trompé par des Tsiganes », est une des premières œuvres du parcours qui attend le visiteur dans cette exposition « qui montre la fascination que les Bohémiens ont exercée sur les artistes et la population en général », explique Sylvain Amic. « Ces personnages mystérieux qui pratiquaient la divination, qui connaissaient les forces de la nature, qui dansaient, qui chantaient ont vraiment suscité l’admiration, la crainte et la curiosité dès leur arrivée », souligne Sylvain Amic.

Des bohémiens à la bohème

André Gill (1840-1885), Enseigne du cabaret Au Lapin Agile, dernier survivant des cabarets artistiques du 19ème siècle, toujours en activité
Vers 1875-1880
Huile sur bois, 151,5 x 111,5 cm
Paris, musée de Montmartre
A tort ou à raison, ces Bohémiens ont fini par incarner une image de liberté à laquelle nous aspirons tous. « Cette question de la quête de la liberté est aussi ancienne que l’art » nous rappelle d’ailleurs Sylvain Amic. Dès lors, ces Bohémiens sont devenus une sorte d’icône de la liberté, que les artistes ont représentés à travers la peinture essentiellement, puis les artistes ont franchi le pas et ont décidé de vivre comme des Bohémiens de l’art, c’est-à-dire de mener une vie de bohème(s), « inspirée de celle des Bohémiens, avec ce même dédain des préoccupations matérielles, une vie sans attache, sans lendemain, plus forte, plus sensuelle (…), d’où le mot en français bohème qui recouvre plusieurs acceptions, à la fois l’origine géographique des Bohémiens – ce peuple errant ou perçu comme tel depuis son arrivée – et puis l’artiste bohème qui vit un phénomène encore plus récent puisqu’il date du XIXème siècle », résume Sylvain Amic.

Le mythe de la bohème est né, en ce milieu de XIXème siècle, entre Romantisme et Réalisme. L’artiste devient ce génie solitaire, misérable et incompris d’une société bourgeoise qui le rejette. « Aujourd’hui comme autrefois, tout homme qui entre dans les arts, sans autre moyen d’existence que l’art lui-même, sera forcé de passer par les sentiers de la Bohème (…) » écrit Henry Murger dans la préface des Scènes de la Vie de Bohème en 1850.

A travers la littérature, la musique, la peinture, le théâtre… tout ce que le monde compte de poètes (Baudelaire, Rimbaud, Verlaine…) et d’artistes peintres (Courbet, Van Gogh, Picasso…) va définitivement sceller ce mythe de la bohème à la ville de Paris, du quartier latin à Montmartre, puis à Montparnasse. « Ce que nous montrons, c’est comment un phénomène est né en Europe, comment il s’est cristallisé en France, à Paris au XIXème siècle à l’époque romantique et comment cet exemple est devenu mondial à travers l’opéra de Puccini « Les scènes de la vie de Bohème » et à travers l’attractivité de Montmartre au début du XXème siècle à la fin du XIXème », conclut Sylvain Amic.

Une exposition à vivre comme une expérience

Paul Cézanne (1839-1906), Le Poêle dans l’atelier
© The National Gallery, Londres, Dist. RMN / National Gallery Photographic Department
On connaît Robert Carsen comme metteur en scène pour l’opéra et le théâtre, on le découvre à travers une scénographie qui donne toute sa dramaturgie à l’exposition. Entre les deux hommes – Sylvain Amic, l’historien de l’art et Robert Carsen, le scénographe – c’est une véritable conjugaison des savoirs qui s’exprime : « A partir du moment où on était sur un thème qui traduit une transgression des normes, un thème qui parle de briser des tabous, de critiquer la société bourgeoise, comme l’ont fait les bohèmes, il aurait été aberrant de faire une mise en scène dans le bon goût des normes des expositions d’aujourd’hui !  Imaginez qu’on ait mis les tableaux doctement, sur des murs gris, en espaçant chaque tableau de trois mètres d’un autre ? On serait allés à l’encontre de l’esprit même du thème de la bohème... Fatalement, la scénographie devait prendre acte de cet aspect et le restituer »,  explique Sylvain Amic.

Et en effet, nous ne sommes pas dans une forme classique d’exposition, mais plutôt dans une expérience des sens. « Certains regardent le bout de la route, certains la route… » nous enseigne un proverbe rom à l’entrée de la première salle, long couloir à l’image de cette longue route de quatre siècles (de 1493 à 1910) de représentation de la bohème. Le visiteur emprunte ensuite ce grand escalier magistral, sorte d'escalier d’opéra qui le plonge dans la musique du XIXème siècle avec Carmen, de  Bizet ou dans le théâtre de Victor Hugo avec Notre-Dame de Paris, « dans ces moments où les écrivains et les musiciens réinventent ce personnage du bohémien, le remettent au gout du jour comme l’ont fait les Romantiques » résume Sylvain Amic.

Et comme souvent chez Carsen, la mise en abîme inverse la relation regardant / regardé.  Ici, le visiteur ne voit pas la bohème, il est la bohème. Il pénètre dans une mansarde délabrée, au papier déchiré, chauffée par un mauvais poêle et admire des tableaux qui pourraient être les siens, posés sur des chevalets. « C’est un détail, ça ne change pas finalement la vision que vous avez de l’œuvre, vous voyez très bien les tableaux puisque vous en êtes même plus proches ! Vous êtes dans un atelier et vous regardez des représentations d’ateliers, et finalement vous êtes à la place de l’artiste qui se met en scène dans son atelier… » analyse Sylvain Amic.

Et Robert Carsen de conclure : « Aller voir une exposition, c’est être surpris… »
Propos recueillis par Cécile Quéniart

Sylvain Amic

Sylvain Amic est directeur des musées de Rouen et commissaire de l'exposition Bohèmes. 
"La Bohème […] se compose de jeunes gens tous âgés de plus de vingt ans, mais qui n'en ont pas trente, tous hommes de génie dans leur genre, peu connus encore, mais qui se feront connaître, et qui seront alors des gens fort distingués ; on les distingue déjà dans les jours de carnaval, pendant lesquels ils déchargent le trop-plein de leur esprit, à l'étroit durant le reste de l'année, en des inventions plus ou moins drolatiques. […]
Ce mot de bohème vous dit tout. La bohème n'a rien et vit de ce qu'elle a. L'espérance est sa religion, la foi en soi-même est son code, la charité passe pour être son budget.
Tous ces jeunes gens sont plus grands que leur malheur, au-dessous de la fortune, mais au-dessus du destin.”

Honoré de Balzac, Un Prince de la Bohème, 1845
"Aujourd’hui comme autrefois, tout homme qui entre dans les arts, sans autre moyen d’existence que l’art lui-même, sera forcé de passer par les sentiers de la Bohème. La plupart des contemporains qui étalent les plus beaux blasons de l’art ont été des bohémiens ; et, dans leur gloire calme et prospère, ils se rappellent souvent, en le regrettant peut-être, le temps où, gravissant la verte colline de la jeunesse, ils n’avaient d’autre fortune, au soleil de leurs vingt ans, que le courage, qui est la vertu des jeunes, et que l’espérance, qui est le million des pauvres. ”

Henry Murger, Préface, Scènes de la Vie de Bohème, 1850
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