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Comment combattre l'excision

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Comment combattre l'excision
Le 1er février 2013 à Paris, le projet "Excision parlons en !" était lancé en présence de combattantes, elles mêmes excisées comme ici Martha Diomandé et Khady Koita, et du représentant du Ministère des droits des femmes, Gilles Bon-Maury - photo Camille Sarret
05.02.2013Sylvie BraibantA l’avant veille de la journée internationale de lutte contre les mutilations féminines, les actrices et acteurs de ce combat remportaient une petite victoire. Le dimanche 3 février 2013, la Cour suprême d’Egypte confirmait la criminalisation des mutilations sexuelles féminines, contre la demande  déposée par un juriste et un imam d’abroger l ‘article 242 du Code pénal (voté en 2008), contraire selon eux aux principes de la charia. Même si ce texte est de peu d’effet dans la réalité – plus de 80% des Egyptiennes seraient excisées, résurgence de l’antique temps pharaonique…-, il prévoit des peines d’emprisonnement et d’amendes contre celles et ceux qui opèrent des excisions et interdit aux professionnel(le)s de la santé de les pratiquer.
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L'avocate Linda Weil Curiel en France qui fut la première à être partie civile contre des exciseuses et des mères de familles ayant fait exciser leurs filles - photo http://loictrujillo.com/
Trois millions de petites filles sont excisées chaque année dans le monde - rejoignant les 140 millions de femmes qui le sont déjà -, principalement en Afrique et en Asie, mais aussi au sein des diasporas qui pratiquent ce rite initiatique – en France, on estime à plus de 50 000 le nombre de femmes excisées. Trace d’une tradition copte, voire pharaonique  en Egypte, par exemple, de certaines convictions animistes ou encore de crédos chamanistes, les pratiquants y voient des vertus de transmission identitaire. Portée par des superstitions et des croyances, aucune des grandes religions ne la prévoit dans ses textes fondateurs (bible, évangiles, coran ou torah, par exemple).  Les conséquences de cette amputation du clitoris sont effrayantes pour les femmes : risques de septicémie, de stérilité, abolition du plaisir sexuel.

Le poids des mots


Le 28 novembre 2012, les États Membres des Nations Unies ont adopté la première résolution appelant à mettre fin à aux mutilations génitales féminines – outre l’excision, il s’agit de mettre fin aussi à l’infibulation (excision suivie de la couture des lèvres du vagin) et à l’introcision (élargissement du vagin pratiquée par les descendants de peuples anciens d’Australie ou d’Amérique latine). Du coup, la Journée internationale contre les mutilations génitales féminines de chaque 6 février s’est transformée pour 2013 en Journée internationale de la tolérance zéro pour la mutilation génitale féminine, afin d’exiger l’abandon définitif de ces pratiques. Le mot abandon est préféré à ceux de suppression ou d’interdiction tout comme celui de signalement à celui de dénonciation. Il s’agit avant tout de convaincre, même si les chemins pour y arriver peuvent prendre des directions différentes.

Le 1er février 2013 à Paris, plusieurs témoins, actrices et acteurs de ce combat, lançaient un projet francophone pour parvenir à la fin de cette mutilation, avec d’abord un site excisionparlonsen.org, puis un colloque international à l’horizon 2014. Devant la presse et des associations, étaient réunies Khady Koita, Sister Fa, Martha Diomandé et Christine Beynis, quatre Africaines venues témoigner de leur propre mutilation et de leur combat pour que cela s’arrête, Linda Weil-Curiel, avocate française qui a milité et obtenu la pénalisation de l’excision en France – une démarche mal comprise avant de devenir modèle en Europe, Gilles Bon-Maury du ministère des droits des femmes et les initiateurs, comme Tostan France, de cette nouvelle et ambitieuse entreprise.
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La rappeuse sénégalaise Sister Fa rejette le moyen de la punition au profit de l'éducation - photo http://loictrujillo.com/
Soudain la discussion s'enflamma, faisant passer la lutte contre l'excision dans une autre dimension, entre les quatre femmes africaines d'horizon divers, jeune et mature génération, toutes militantes, toutes excisées mais voulant combattre ce fléau sur place dans leurs pays d'origine et selon des méthodes différentes : sensibilisation, éducation, prévention, judiciarisation, législation - surveiller, prévenir, punir... Le débat rappelait singulièrement les joutes enflammées autour du voile islamique, entre relativistes et universalistes.

Surveiller, prévenir, punir

Les divergences portaient avant tout sur le meilleur moyen d’éradiquer ce fléau. Faut-il punir les mères qui excisent leurs filles et les « matrones » qui opèrent dans des conditions d’hygiène souvent exécrables ? Oui répondaient avec force les plus âgées et les plus engagées dans le tissu associatif, en Europe et en Afrique, la sénégalaise Khady Koita et la guinéenne Christine Beynis. Et pas seulement en Europe mais aussi en Afrique - comme l’a montré à l’automne 2012, encore, un procès retentissant en Côte d’Ivoire - parce qu’il y a urgence à ce que cela s’arrête. Il vaut mieux éduquer, porter la parole et convaincre répondaient en coeur les plus jeunes, la rappeuse sénégalaise Sister Fa et la chorégraphe ivoirienne Martha Diomandé, encore pleines de compassion pour leurs mamans qui crurent bien faire en les faisant exciser, parce qu’ainsi elles seraient mieux armées pour affronter leur vie d’adulte au sein de leur communauté.
Christine Beynis, présidente du GAMS en France, Groupe pour l'Abolition des Mutilations Sexuelles, des Mariages Forcés et autres pratiques traditionnelles néfastes à la santé des femmes et des enfants - photo http://loictrujillo.com/
Les plus âgées sont désormais des professionnelles de ce combat, tandis que les plus jeunes croient encore dans les vertus artistiques de leurs engagements pour déplacer les montagnes. On a envie de leur dire que les démarches ne sont pas contradictoires et qu’elles se complèteraient avec force pour encore plus d’efficacité.

Un nouveau statut de réfugiées


Au delà de cette discussion, en France et depuis décembre 2012, l’Ofpra (Office français  de protection des réfugiés et apatrides) accorde désormais le statut de réfugiée à tout enfant qui serait menacée d’excision, décision validée par un arrêt du Conseil d’Etat aux termes desquelles ces jeunes filles doivent être considérées comme réfugiées, comme toute personne « qui, craignant avec raison d'être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut, ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays (…) » Il s'agit d'abord d'empêcher les envois intempestifs des filles - ayant grandi en France -, par leurs familles dans leurs pays d'origine afin qu'y soient pratiquées les mutilations.

Mais alors que faire des mères ? Doit-on les séparer de leurs filles ? A ces questions, les initiateurs de cette démarche tâtonnent au cas par cas et cherchent encore une réponse plus globale…

Le projet "Excision parlons en !"

Le projet Excision, parlons-en ! est une mobilisation inédite d'associations et d'acteurs de la société civile, principalement francophones,  en vue d'échanger témoignages, expériences, ressources, etc., et cela afin de mieux lutter pour l'abandon des mutilations sexuelles dans le monde.

Nombre d'associations, médias et structures sont déjà engagées dans ce projet comme le GAMS, CAMS, Tostan France, HCR, Care France, Femmes solidaires, la CLEF, Terriennes/TV5 Monde, Egalité infos, Taor Communication, Lysistrata

Deux temps sont prévus pour mettre en mouvement ce défi : le lancement d'un site excisionparlonsen puis l'organisation d'un colloque international à l'horizon 2014 (pour le 6 février Journée Internationale en faveur de l'abandon de l'excision/MGF), accompagné d'expositions photographiques et de performances artistiques.

Il est porté aussi par Louis Guinamard, déjà artisan des rencontres Viols en situation de guerre à l'Unesco en novembre 2010.

Fadma Moutaz, qui représentait, le 1er février 2013 à Paris, le Haut commissariat pour les réfugiés des Nations unies en France, lors du lancement de "Excision parlons en !" photo http://loictrujillo.com/
L'excision et les mutilations sexuelles dans le monde, principalement en Afrique subsaharienne et au Moyen Orient mais aussi dans les pays d'immigrations, européens, nord américains ou océaniens. Plus la couleur est foncée, plus importante est la proportion des mutilations. 
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Source Women's stats database - Cliquer sur l'image pour l'agrandir

L'excision dans la chronique Terriennes du 5 février 2013

Durée : 3'52

    Arrêts du Conseil d'Etat sur le statut de réfugiées accordé aux petites filles menacées d'excision

    A retrouver aussi :

    29.11.2012

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