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« En Inde, les hommes vivent dans un sentiment d’impunité absolu »

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« En Inde, les hommes vivent dans un sentiment d’impunité absolu »
Le procès en Inde des cinq hommes, accusés d’avoir violé dans un bus de New Delhi une étudiante de 23 ans, décédée suite à ses blessure, a débuté il y a une semaine devant un tribunal spécial, selon une procédure accélérée. Le père de la victime a demandé la peine de mort. La défense doit s’exprimer aujourd’hui. Ultra médiatisée, cette affaire a provoqué une vague de manifestations dans tout le pays. Réaction et commentaires d’une militante indienne, Shashi Singh qui, à la tête de l’association Sruti, travaille pour l'émancipation des femmes dans les zones rurales de l’Uttar Pradesh.

Responsable de l'association féministe indienne Sruti, Shashi Singh était de passage à Paris, à l'occasion du congrès du réseau français Femmes solidaires

Entretien avec Shashi Singh

28.01.2013Propos recueillis par Camille SarretQu’attendez-vous de ce procès à New Delhi ? 

Ce qui s’est passé dans ce bus de New Delhi est très grave. Ce procès doit être un exemple. Personnellement, j’espère que les accusés, s’ils sont reconnus coupables, seront condamnés à la pendaison [peine dont ils sont passibles selon le code pénal indien, ndlr]. Il faut une peine extrêmement sévère pour dissuader les violeurs potentiels (en lien un autre point de vue exprimé sur Terriennes).

En Inde, les hommes vivent dans un sentiment d’impunité absolu. Il leur suffit de payer des pots de vin pour s’en sortir. Les histoires de viols ou d’agressions sexuelles ne sont pas prises au sérieux et les femmes n’obtiennent jamais justice. Il faut leur redonner espoir et leur dire qu’elles seront désormais protégées. Mais je ne fais pas trop d’illusions. Il y a beaucoup d’hommes bien placés qui ne souhaitent pas un tel changement et qui freineront le procès.


Comment les femmes que vous formez à la couture dans le village de Bamrouli au sein de votre association Sruti ont-elles réagi à cette affaire ?

Cette affaire a fait beaucoup parler, même à Bamrouli. Cela s’est produit dans une telle barbarie que tout le monde s’y est intéressé. Rien qu’à entendre l’histoire, les gens en tremblaient. Dans l’atelier couture, certaines des femmes ont été très choquées mais dans l’ensemble elles ne se sentent pas directement concernées par cette histoire qui s’est passée dans la capitale, loin de leur village.

A Bamrouli, tout le monde se connait, les femmes se sentent protégées. En revanche, il est toujours difficile pour elles d’avoir le droit de se rendre en ville. Cette affaire de viol collectif dans un bus de New Delih ne va pas encourager les familles en envoyer leurs filles faire des études à Lucknow [la capitale de l’Uttar Pradesh, ndlr]. Cela les réconforte dans l’idée qu’il est préférable de les garder près d’eux, au village.


Pensez-vous que cette affaire va constituer un élément clé dans l’histoire du féminisme indien ?

Non, je ne le crois pas. Ce procès n’ira pas jusqu’au bout. Pour qu’un changement en profondeur s’opère en Inde et surtout dans l’Inde rurale, il faut que les femmes prennent mieux conscience de leurs droits. Il y a un travail de fond à réaliser auprès des communautés de femmes.

Mais il est vrai que des manifestations de femmes ont déjà abouti à des changements importants. Par exemple, si la tradition du sati, qui constitue à envoyer la veuve se faire brûler sur le bûcher de son mari, a été définitivement abandonnée à la fin des années 80, c’est parce que des femmes se sont mobilisées en masse après qu’une veuve de 18 ans s’est pliée à la coutume dans l’Etat du Rajhastan.


Selon vous, quelle est la principale avancée pour les femmes en Inde ?


C’est incontestablement l’accès à l’éducation et à l’éducation supérieure. Personnellement, j’ai dû me battre contre ma famille pour pouvoir faire mes études universitaires à Bénarès. Mes parents voulaient que je reste au village. J’ai été beaucoup réprimandée. De mauvaises rumeurs ont circulé sur mon compte. Mais je me suis montrée très têtue et on m’a laissé faire. Inscrite en master « Travail social », je me suis retrouvée dans une classe de 80 élèves où il n’y avait que 6 filles. Les professeurs n’avaient pas vu de filles depuis 4 ans. C’était au début des années 2000 ! Aujourd’hui, le même cours compte tous les ans une quinzaine de filles !


Qu’est qui reste à gagner d’essentiel pour les femmes en Inde ?

L’égalité au sein du couple ! Même si l’épouse a fait des études et travaille à l’extérieur de la maison, c’est toujours le mari qui va dominer le couple et la famille. Quand il rentre du travail, l’homme indien se détend dans le salon et attend que sa femme fasse tout. C’est pour lui normal ! Si l’épouse ne reste pas à sa place, l’homme prend ça comme une insulte, une marque d’irrespect. C’est ça qu’il faut essayer de changer. Et ça ne passe pas nécessairement pas un texte de loi.

En Inde, il existe de nombreuses lois qui défendent très bien les droits des femmes comme par exemple la loi contre les violences conjugales. Mais les lois en soi ne suffisent pas, il faut réclamer leur application. C’est cela qui est difficile pour les femmes en Inde. Exiger le respect de la loi, de leurs droits. 

Association Sruti

Implantée dans l'Etat de l'Uttar Pradesh (nord-est de l'Inde), l'association Sruti organise des ateliers de couture pour offrir aux femmes des zones rurales un métier et une indépendance économique. Depuis 2008, elle travaille en partenariat avec le réseau français de Femmes Solidaires. 

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