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Sur la place Tahrir, des manifestantes égyptiennes votent contre la Constitution

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Sur la place Tahrir, des manifestantes égyptiennes votent contre la Constitution
Pendant les printemps arabes, elles étaient en première ligne. Aujourd’hui, elles se disent les oubliées de la révolution. Les oubliées, ou pire, les perdantes d’une partie politique qui se joue sans elles. Près de deux ans après la révolution de janvier 2011 et la chute de Hosni Moubarak, les Egyptiennes sont loin de l’euphorie des premières heures de liberté, mais elles en gardent la rage, celle de lutter pour leurs droits et leur nation, y compris lorsqu’il s’agit de la Constitution.
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Des militantes de dos sur Tahrir - cliquez sur l'image pour l'agrandir
15.12.2012Par Karine G. Barzegar« Je suis contre cette Constitution car elle a été créée par une seule force politique, elle ne représente qu’une seule force politique, les islamistes », dénonce Heba Farouk, une jeune militante cairote, habituée de la place Tahrir. « Le texte a été élaboré par une Assemblée constituante illégale », renchérit Shams Labib, une psychologue du Caire, copte et non pratiquante. « Il a été voté en violation du système judiciaire du pays et de la Cour constitutionnelle, le tout dans un contexte de violences. »
 
Les droits des femmes sacrifiés sur l’autel du compromis constitutionnel
 
Chaque jour qui passe, les Egyptiennes découvrent un peu plus les revers d’une révolution dont les rênes sont désormais fermement tenues par des islamistes. Quitte à voir leurs prérogatives passées foulées sur l’autel des compromis de la nouvelle Constitution. Des compromis entre les libéraux-démocrates laïcs d’un côté, la branche dure des Frères musulmans et les salafistes de l’autre…

« Les femmes, très peu représentées, sont les grandes perdantes face à une Constitution qui fait fi de leurs aspirations et bloque le chemin vers l’égalité entre hommes et femmes », estime Hassiba Hadj Sahraoui, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International. « Il est consternant que les références aux femmes concernent presque toutes le foyer et la famille. »

Elaboré par une assemblée constituante issue en majorité des rangs des Frères musulmans et des salafistes, le projet constitutionnel a éliminé la référence à l’égalité entre les sexes qui existait dans l’ancienne Constitution de 1971, et place l’Etat comme gardien de « l’équilibre entre les des devoirs de la femme vis-à-vis de sa famille et de son travail » (art.10), une clause qui scandalise de nombreuses Egyptiennes...

« Cette constitution permet à l’Etat d’interférer dans la vie des femmes et de statuer sur ce que doivent être leurs priorités entre leur travail et leur famille », déplore Heba Morayef, responsable de Human Rights Watch au Caire. « C’est n’importe quoi ! Ce n’est pas du tout le rôle de l’Etat », lance de son côté Shams Labib. « Cela ne ressemble pas à une Constitution. Et est-ce qu’ils ne vont pas ensuite, je ne sais pas moi, réduire le temps de travail des femmes par exemple ? »
 
Le danger des futures lois et référendums…
 
Les associations de défense des femmes s’insurgent aussi contre les articles concernant les enfants. La nouvelle Constitution autorise le travail des enfants qui sont encore à l’école primaire, tant que ce travail est « adapté à leur âge » (art.70). A la demande des salafistes, le texte a également effacé la mention de « 18 ans » comme l’âge légal de la définition d’un enfant, ce qui va à l’encontre de la Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant, et ouvre la voie aux mariages précoces de fillettes.
 
Chez les militantes anti-Constitution, la crainte est en général la même : de voir le texte effacer des avantages acquis dans la Constitution de 1971, et d’ouvrir la voie à des lois discriminantes pour les femmes sur la base du nouveau texte et de la Charia interprétée par des religieux.

« Que va-t-il se passer ensuite ? », s’interroge Heba Morayef. « Les Frères musulmans et les salafistes ont déjà annoncé qu’ils allaient modifier toutes les anciennes lois, en particulier les lois passées pour les femmes, durant la période Moubarak, qu’ils appellent les ‘lois Suzanne Moubarak’ : même s’il a fallu batailler des années pour faire adopter ces lois, elles portent désormais le sceau de l’ancien régime. »
 
« Non » à une Constitution « catastrophique »…
 
D’autres soulignent que les droits des femmes ne sont qu’un aspect minime du problème, qu’il faut revoir la copie tout entière. « C’est juste catastrophique », tranche Lina Negahed, une militante cairote de 21 ans, citant à titre d’exemple l’article 150 selon lequel « le Président de la République peut organiser un référendum sur des questions importantes touchant aux intérêts suprêmes de l'Etat », le résultat étant « obligatoire pour toutes les autorités publiques et le grand public dans tous les cas ». « Mais quelles sont ces ‘questions importantes’ ? Cela peut être la guerre et le choix des habits ? »,  ironise Lina, avant de poursuivre : « Les articles sont trop généraux. Le texte donne les pleins pouvoirs au président, cette Constitution légalise la tyrannie. »

Lina votera « Non » à la Constitution le 22 décembre, tout comme Shams et des dizaines de milliers d’Egyptiennes ont voté « Non » ce samedi (le référendum se déroule en deux fois et sur deux semaines, selon les circonscriptions, ndlr). Un vote déposé dans l’urne avec pessimisme, sans vraiment y croire. « Il y a déjà des fraudes dans les bureaux de vote. Il n’y a pas assez de juges pour surveiller », note Shams. « J’ai très peur d’un scrutin faussé », confie Lina, même si elle assure qu’elle ira voter de toutes façons.

En Egypte, les révolutionnaires et les militantes avouent désormais qu’elles ont perdu leurs illusions, mais le combat, lui, ne l’est pas encore, assurent-elles…
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Heba Morayef de Human Rights Watch - cliquez sur l'image pour l'agrandir

ÉGYPTE

Chef de l'Etat : Abdel Fattah al-Sissi
Capitale : Le Caire
Superficie : 1 001 450 km2²
Population : 83 082 869 habitants
Gentilé : Egyptien, Égyptienne

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