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En Grèce, "l'emploi féminin résiste mieux à la crise"

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En Grèce, "l'emploi féminin résiste mieux à la crise"
Le chômage en Grèce a passé la barre fatidique des 25 % en juillet dernier. Il a  plus que doublé depuis le début de la crise de la dette en 2010. Le pays traverse sa cinquième année de récession. Dans cette situation extrêmement inquiétante, comment les femmes s'en sortent ? Réponse de Maria Stratigaki, sociologue et spécialiste des questions de genre, chargée de l'égalité entre les hommes et femmes au sein du gouvernement grec de 2009 à 2012. Et pour une fois, bonne nouvelle, les femmes s'en sortent plutôt mieux...
Maria Stratigaki, secrétaire d'Etat en charge de l'égalité hommes/femme au sein du gouvernement grec de novembre 2009 à juillet 2012.
06.12.2012Propos recueillis par Camille Sarret Les femmes sont-elles plus touchées que les hommes par la crise ?

Si on regarde les statistiques, il y a plus de femmes que d'hommes au chômage. Mais ce n'est pas nouveau. La Grèce a toujours été le pays européen où l'écart entre le chômage masculin et féminin est le plus grand. Avec la crise, les disparités sur le marché du travail persistent. Mais il est intéressant de se pencher sur les tendances récentes. Entre 2009 et 2012, le taux d'emploi des femmes a baissé de 14 % contre 17% pour les hommes. Quant au taux de chômage, il a augmenté de 98% pour les femmes alors qu'il a fait un bon de 164% pour les hommes. Autrement dit, l'emploi féminin résiste mieux à la crise. Les femmes perdent moins leur travail que les hommes. 

Comment expliquez-vous cette tendance ?

La ségrégation qui existe traditionnellement entre les sexes sur le marché du travail profite aux femmes. Je m'explique. Les premiers secteurs frappés par la crise sont traditionnellement masculins comme la construction. De mêmes, les petites entreprises indépendantes, le plus souvent menées par des hommes, ont été les plus touchées, alors que les grands groupes qui emploient plus de femmes, notamment dans le secteur du commerce et de la grande distribution, résistent mieux.

Mais, surtout, en Grèce, le secteur public qui emploie beaucoup plus de femmes que d'hommes a été jusqu'à présent épargné. Même si on en parle tous les jours depuis un an dans les médias, la Grèce n'a pas encore réformé son administration. Les retraites et les salaires des fonctionnaires ont été fortement baissés mais le nombre de postes n'a pas été réduit. Il n'y pas eu de licenciements massifs. Cela va sans doute venir puisque c'est la réforme qu'attendent l'Union européenne et le Fond monétaire international pour accorder à la Grèce la dernière tranche du plan d'aide. Des fonctionnaires français sont même venus à Athènes pour aider l'administration centrale à se restructurer. Mais ils n'ont pas été très bien reçus. Les fonctionnaires freinent des quatre fers et les syndicats sont extrêmement vigilants. Ils multiplient les appels à la grève dès qu'il y a danger. Ce qui a pour effet, au final, de protéger l'emploi féminin. Mais jusqu'à quand ?

Pour de nombreux foyers en Grèce, le travail des femmes constitue désormais la seule source de revenue !

C'est l'un des effets de la crise. Les enfants n'arrivent pas à décrocher un premier emploi, les maris perdent leur travail. Résultat, il n'est pas rare que seule la femme travaille. Ce qui a pour impact positif de briser quelque peu le fameux stéréotype de la femme qui s'occupe du foyer et de l'homme qui travaille. Pour la société patriarcale grecque, c'est un changement important.

Néanmoins, les femmes grecques continuent d'accumuler les tâches. Elles les cumulent même plus qu'avant. En raison de la faiblesse des politiques sociales et de l'Etat providence en Grèce, les familles avaient pris l'habitude d'embaucher des femmes émigrées - venant d'Albanie, de Géorgie, d'Ukraine, etc - pour s'occuper à bas prix du ménage, des enfants, des personnes âgées, malades ou handicapées. Un coût aujourd'hui que de nombreuses familles ne peuvent plus supporter. Conséquence, c'est un travail qui revient à la charge des mères de famille.

Sur le plan politique, la situation des femmes grecques a-t-elle évolué ?

Le parlement national n'a jamais compté autant de femmes qu'aujourd'hui. Depuis les dernières élections législatives de juin 2012, elles sont 63 députées, soit 21 % des élus (à titre de comparaison, en France elles sont 27%, ndlr). Une forte présence féminine qui s'explique par la montée des partis de gauche. Par exemple le tout jeune parti Syriza de la gauche radicale, qui n'est pas encore verrouillé par les hommes, a réussi à faire élire 22 femmes, en remportant 29,66 % des voix.

En revanche, pour la première fois, l'extrême-droite a fait son entrée au parlement. Le parti néo-nazi Chryssi Avghi (L'Aube dorée) qui mène des actions criminelles contre les étrangers, a raflé 21 sièges. Il a une conception rétrograde des femmes. Sur un de ses sites, voilà ce qu'a déclaré une de ses militantes : "Nous, les femmes grecques membres de L'Aube dorée, affirmons que les féministes ont engendré un profond sentiment de destruction. Nous refusons de nous prononcer sur le principe d'égalité entre les sexes. Avec leur soi-disant libération, les femmes ont perdu de vue l'essence même de leur rôle : la maternité. C'est une obligation et un honneur suprême d'apporter la vie et de faire grandir les jeunes pousses de notre Race afin de faire le pont entre le passé et le futur. Nous pensons que la maternité est un devoir sacré." C'est aussi un député de L'Aube dorée qui, peu de temps après son élection, a osé frapper une élue communiste en direct sur un plateau de télévision.
Affiche contre les violences conjugales en Grèce.
Secrétaire en charge de l'égalité hommes-femmes au sein du gouvernement de 2009 à 2012, quelle est la principale réforme que vous avez menée ?

Je me suis surtout préoccupée des violences conjugales. En Grèce, rien n'avait été fait dans ce domaine. Avec l'appui financier du Fonds social européen, nous avons mis en place une assistance téléphonique fonctionnant 24h sur 24, ouvert 39 centres de conseils et 21 foyers de refuge. En période de crise, il est encore plus difficile pour une femme victime de violences de quitter son mari puisque le foyer se retrouve avec des ressources encore plus minces.

Par ailleurs, nous avons mis en place un système pour évaluer l'impact des politiques publiques en matière d'égalité des sexes. Dans tous les ministères, les régions et les 15 plus grandes villes du pays, des plans faisant la promotion de l'égalité hommes/femmes ont été lancés. Pendant les élections municipales de 2010, nous avons aussi affiché le slogan : "Votez aussi pour les femmes".

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