Guy Truite
16 juin – Jour 9 : Dernier virage serré avant les quarts de finale
Ce soir nous connaîtrons les deux premiers élus pour les quarts de finale de l’Euro. Dans le groupe A, la Russie est en ballotage très favorable pour se qualifier alors que la République Tchèque et la Pologne vont normalement se disputer l’autre billet pour le second tour.

16.06.2012
Je dis normalement car même si rien n’est perdu pour la Grèce, je ne la vois pas s’imposer face aux Russes qui pratiquent depuis le début de l’Euro un jeu des plus agréable avec comme chef d’orchestre un Andrei Arshavin retrouvé et que l’on pensait perdu pour le ballon rond depuis son départ en février dernier d’Arsenal pour son club de toujours : le Zénith Saint-Petersbourg.
Allons voir chez les Grecs
Pour revenir un instant sur la situation des Grecs, Il semble que l’état de grâce dans lequel ils se trouvaient lors de l’Euro 2004 soit bien loin. Ils devront donc vivre en se rappelant au bon souvenir de cette victoire pour faire semblant de vibrer un peu jusqu’à la fin du premier tour. Il y a déjà 8 ans. Ils pourraient passer à autre chose quand même…
Quoi que je dis ça, mais nombreux sont les Français qui en font de même se berçant de rêves de retour de France 98 et qui croient que tout ça va reproduire demain… Ils me font doucement rigoler soit dit en passant. Veuillez m’excuser chers amis Grecs, si j’ai encore parlé pour ne rien dire de vous. « Rien dire », c’est justement ce que j’ai fait aussi au sujet des Russes et des Polonais depuis une dizaine de billets sur ce site, alors que ces 2 nations ont, tout comme la Grèce et la Tchèquie, brillé dans les grandes compétitions internationales. Je vais donc réparer de ce pas cet oubli.
Un peu de géopolitique pour débuter
Avant de parler football, et je commence à en avoir l’habitude, je tiens à faire un petit point géopolitique. Guy Truite champion de politique internationale pour TV5MONDE. Dans cette chronique je m’apprête à parler de L’URSS alors qu’à L’Euro 2012 c’est bien de la Russie dont il est question. En décembre 1991, L’Union des Républiques Socialistes Soviètiques explose pour laisser sa place temporairement à la communauté des Etats Indépendants. On y retrouve notamment l’Arménie, l’Ukraine, la Biélorussie et la Russie qui représente en population la moitié de cette communauté. C’est d’ailleurs sous ce nom et ce drapeau qu’elle participe à L’Euro 1992 en Suède. Actuellement, tous ces états ont acquis peu ou prou leur indépendance. Mais pour simplifier le problème, le football est souvent une affaire de raccourcis parfois douteux, je vais associer l’histoire de la Russie à celle de L’URSS. Quitte à faire hurler les historiens.
L’URSS premier vainqueur de L’Euro
Les années 60 et le début de la décennie suivante restent comme la période la plus faste du bloc soviétique. C’est justement en 1960 que se dispute le premier championnat d’Europe des Nations. 17 équipes sont au départ et disputent des matchs aller-retour à élimination directe. Les quatre dernières équipes en lice se retrouvent en France pour disputer le tournoi final. En plus de la France on retrouve la Yougoslavie, La Tchécoslovaquie et L’URSS… Alors ? Cherchez l’intrus ! Vous devinez ? Et bien c’est la France puisque les trois autres pays ont été divisés et n’existent plus. Vous préférez l’appel à un ami ou le cinquante cinquante ? Donc s’il advient qu’un jour notre hexagone connaisse le même destin, il se peut qu’on assiste à des Bretagne – Allemagne, Ile de France – Ukraine ou encore PACA – Croatie, un de ces jours. Ce serait quand même un sacré chantier donc mieux vaut peut-être que les choses restent en l’état. J’appelle de ce pas l’ensemble de nos formations politiques françaises à l’apaisement et la continuité de la nation souveraine.
Mais revenons sur le rectangle d’herbe verte. Il nous est donné d’assister à deux demi-finales à l’été 1960. France - Yougoslavie se joue à Paris et les Bleus sont défaits au terme d’un match complètement fou qui se termine par un 5-4. De l’autre côté les Soviétiques se débarrassent de la Tchécoslovaquie. En finale, les Russes l’emportent 2-1 après prolongation face aux Yougoslaves grâce à un but de Ponedelnik.
2 gardiens symboles de la réussite soviétique
4 ans après son titre olympique à Melbourne, l’URSS remporte donc le premier Euro de l’histoire grâce à un gardien de but nommé Lev Yachine qui reste à ce jour le seul joueur évoluant à ce poste à avoir jamais remporté le Ballon d’Or France Football, en 1963. Un an plus tard il atteint à nouveau la finale de l’Euro mais lui et ses coéquipiers s’inclinent face à l’Espagne.
Yachine emmène son équipe en demi-finale de la Coupe du Monde 1966 où il trouve plus fort que lui en la personne de l’Allemand Franz Beckenbauer qui se paye le luxe de lui marquer un but. Alors âgé de 40 ans, il passe la main en sélection juste avant le mondial mexicain de 1970.
La dernière grande performance des Soviétiques sur l’échiquier international du football date de 1988. Cette année là ils atteignent la finale de l’Euro qui voit la victoire des Pays Bas. Yachine a trouvé son digne héritier en la personne de Rinat Dasaev. Dans les années 80, il est nommé 6 fois meilleur gardien soviétique. Paradoxalement, le seul grand souvenir que j’ai de lui est la reprise de volée exceptionnelle que Van Basten lui a plantée en finale. Seul un geste pareil pouvait effectivement faire vaciller un joueur de ce niveau.
La Pologne plus forte que la France en 1982
Contrairement à l’URSS la Pologne n’a jamais remporté de titre majeur. De plus, par rapport à son adversaire du jour qui a été demi-finaliste du précédent Euro, elle est toujours à la recherche de son glorieux passé. En 1982 les Polonais atteignent la demi-finale de la Coupe du Monde en Espagne et battent même la France lors de la petite finale pour la troisième place. Parmi ses cadres on trouve des joueurs tels que Boniek qui évolue alors à la Juventus de Turin, Lato qui a terminé meilleur buteur de la Coupe du Monde 1974 et enfin Szarmach qui fait les beaux jours de l’AJ Auxerre. Ils s’imposent 3-2 face à une France encore K.O suite à sa terrible défaite contre à l’Allemagne. Pour l’anecdote sachez que l’entraîneur champion de France avec Montpellier, René Girard avait ouvert le score au quart d’heure de jeu.
8 ans plus tôt les Polonais s’étaient aussi retrouvés en à ce niveau de Coupe du Monde face à la RFA. Le 3 juillet, le match se dispute à Francfort. Il est joué sur un terrain détrempé à tel point que la rencontre a dû être retardée de quelques heures le temps que les bénévoles évacuent un maximum d’eau de la pelouse. Cette situation épique il est un commentateur qui serait arrivé à nous la faire revivre hier soir à l’occasion du bis repetita climatique pendant le France - Ukraine en direct de Donetsk, avec une forme et un humour qui n’appartient qu’à lui.
Malheureusement cette personne ne verra plus jamais la Donbass Arena. Et nous, Français amoureux du foot, ne le verrons plus et surtout, ne l’entendrons plus non plus. Me voilà larmoyant, certes, mais je termine ce papier alors que je viens tout juste d’apprendre le décès de Thierry Roland. Et je ne peux m’empêcher de songer que c’est notamment grâce à lui que je suis tombé amoureux de ce sport. Aujourd’hui c’est en même temps que son départ, une partie de ma vie qui s’en va. J’espère juste que Thierry est mort tranquille, comme il l’avait souhaité le 12 juillet 1998 en voyant la France devenir championne du Monde. C’est avec un pincement au cœur énorme que je regarderai les matchs de la Pologne et de la Russie ce soir. Je termine cette chronique par un ligne de silence, comme il est de rigueur dans la profession. Ou comme il devrait l’être.
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Guy Truite







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