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A qui l'Etat peut-il emprunter de l'argent ?

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A qui l'Etat peut-il emprunter de l'argent ?
© AFP
Par Pauline TissotLes marchés sont de plus en plus intransigeants envers les Etats endettés qui veulent leur emprunter de l'argent. Difficile pourtant de faire l'impasse sur ces prêts qui servent à financer leurs budgets. Passage en revue des autres solutions que l'Etat peut utiliser pour trouver des liquidités.

"A l'heure actuelle, les États européens se financent totalement sur les marchés." Arnaud Parienty, professeur agrégé en sciences économiques et sociales, énonce ici un principe de base. "Par définition, quand l’État veut emprunter de l'argent, il émet des titres qui sont placés sur les marchés pour être ensuite achetés." Par qui ? Divers créanciers attirés par la sécurité des obligations publiques.

Or depuis plus d'un an, les marchés financiers accordent de moins en moins leur confiance aux États, notamment européens. En cause, leur capacité à rembourser l'argent qu'ils leur prêtent. Ces marchés sèment ainsi la panique dans la zone euro, menacent des pays comme la Grèce de faire faillite, et vendent par milliards des titres publics précédemment acquis. Même la note de la dette française (AAA) est sur la sellette. Alors l’État peut-il encore compter sur eux ? 

Les compagnies d'assurances

"Ils existe quand même des marchés sécurisés pour se financer", tempère Arnaud Parienty. A commencer par les créanciers nationaux, "moins tentés de vendre des titres du pays où leur social est implanté, si la situation devait s'aggraver". C'est le cas notamment des compagnies d'assurances, contraintes à rester liquides pour leurs épargnants. Or, en Europe, elle sont très exposées à la dette des États en difficulté, plus de 1200 milliards d'euros en juin selon les dernières données de la Banque centrale européenne (BCE), que le site Gecodia.fr a pu consulter. "De fait, on observe en ce moment une méfiance grandissante de la part des épargnants qui hésitent à souscrire des contrats d'assurance-vie auprès de leurs assureurs." Selon Lefigaro.fr , la banque italienne Intesa Sanpaolo était exposée à hauteur de 57 milliards d'euros à de la dette de son pays en septembre dernier.

Les banques

Les chiffres empirent lorsqu'il s'agit des banques, autres créanciers présents sur les marchés. Ce sont les établissements les plus exposés à la dette des PIIGS (Portugal, Irlande, Italie, Grèce et Espagne). Selon la BCE et de la BRI , cela représentait en juin près de 3100 milliards d'euros. Pour les banques françaises et allemandes, respectivement 30% et 20% de leurs fonds propres étaient exposés à l'époque. Depuis des efforts ont été faits pour se délester des dettes souveraines fragiles. " Mais constater que des grandes banques en France, comme BNP Paribas, vendent à coup de milliard d'euros de la dette française, cela dissuade l'Etat de souscrire à des emprunts bancaires."

Le financement domestique

Un circuit plus sécurisé existe par ailleurs, celui du financement domestique. "En France, l'État fait rarement appel aux administrations publiques car elles épargnent malheureusement très peu, remarque Arnaud Parienty. Ce qui n'est pas le cas des particuliers." En 2010, leur taux d'épargne était de 16% selon l'Insee. En Italie et en Belgique , les gouvernements ont choisi d'exploiter ce filon. Ils ont récemment demandé à leurs contribuables de souscrire à des emprunts d'Etat.

En revanche, la démarche ne séduit pas en France. Selon un sondage Harris Interactive JOLPress paru fin novembre dans le quotidien La Tribune, moins d'un Français sur trois est prêt à acheter de la dette publique. Pourtant, l'objectif est le même dans toutes les capitales européennes : faire baisser les taux que les pays payent pour emprunter sur les marchés. Même avec ce circuit, ces derniers ne sont jamais bien loin.

La Banque centrale européenne

La BCE peut aussi venir au secours des États endettés. Depuis mai 2010, la banque des banques de l'Europe a racheté plus de 200 milliards d'euros de dettes publiques des États de la zone euro. Rien de comparable avec les 1300 milliards de dollars d'emprunts que la Fed, la banque centrale américaine, a accordé depuis l'année dernière à Washington. Nombreux sont ceux en Europe qui souhaitent que la BCE fasse de même. Or les défenseurs de son indépendance brandissent la carte de la lutte contre l'inflation, son seul mandat selon eux. L'Allemagne en a fait son fer de lance : si la BCE prête et fait marcher la planche à billets, la hausse des prix sera inévitable.
 
Pour beaucoup, ce baroud d'honneur ne tient pas. Le système de la BCE veut qu'elle retire des marchés l'argent prêté lorsque la confiance revient. Frileux, les Allemands pourraient donc craindre un retrait monétaire trop important. Les négociations sur ce dossier sont donc au plus fort en ce moment entre Paris et Berlin. Le président français, Nicolas Sarkozy, avait d'ailleurs un temps proposé de transformer le FESF (Fonds européen de stabilité financière) en banque capable de s'alimenter auprès de la BCE pour ensuite prêter aux États endettés. La démarche avait un avantage : contourner les obstacles statutaires de l'institution bancaire européenne.

Un État excédentaire

Dernière solution : se financer auprès des pays en excédent budgétaire. Au niveau européen, Bruxelles a tenté de le faire avec le FESF. Des rumeurs à Pékin laissaient penser que la Chine, pays à la plus grande réserve de change du monde, pourrait participer au fonds. Elles ont suffi à déclencher une levée de bouclier en Europe. "On craignait que Pékin ait ainsi un droit de regard sur la politique budgétaire de la zone euro, explique Arnaud Parienty. Tout cela n'est pas justifié. L'empire du milieu est le premier créancier des Etats-Unis, il n'a pourtant pas son mot à dire à Washington."

Pour le moment, les négociations n'avancent pas. D'autant que les Chinois semblent revoir leur position. Un responsable à Pékin a spécifié vendredi que "l'idée selon laquelle la Chine devrait sauver l'Europe ne tient pas debout." Arnaud Parienty ajoute : "Avec la dépréciation du dollar, les Chinois ont perdu beaucoup d'argent. Pas sûr qu'ils veuillent retenter l'expérience avec l'Euro."

On le voit, les possibilités pour l'État d'emprunter de l'argent sont multiples. Pour la France, le choix est fait, les marchés ne la boudent pas encore ; ses obligations trouvent encore des créanciers-prêteurs . Mais la menace d'une perte de son triple AAA pourrait lui faire changer d'avis. D'autant que l'Agence France Trésor prévoit en janvier prochain une quantité importante d'émission de titres. Plus de 25 milliards d'euros à placer selon l'agence Bloomberg. La réaction des marchés sera alors observée à la loupe.


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