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Ouvrages de dames. Ariane, Hélène, Pénélope...

Littérature

Ouvrages de dames. Ariane, Hélène, Pénélope...

Françoise Frontisi-Ducroux

Chez les Grecs, l'une des qualités essentielles de la femme, outre la tempérance, était l'adresse aux travaux de tissage. Aucune femme ne devait se risquer à quitter son panier à laine, son miroir ou sa quenouille sous peine de se voir renvoyée, comme Pénélope, dans ses pénates : « Rentre au logis, occupe-toi de tes travaux, de ton métier, de ta quenouille [...]. La parole est l'affaire des hommes. » Dans Ouvrages de dames, l'helléniste Françoise Frontisi-Ducroux revisite les grands mythes du métier à tisser. Elle rembobine la pelote déroulée de Thésée et analyse les revers d'Ariane, « trop amoureuse pour faire du tissage ». Elle accompagne ensuite les filages et défilages - aussi lucides que désabusés - de Pénélope. Elle suit la métamorphose de la fabuleuse tisserande Arachné d'Ovide, « la seule qui ait élevé au rang de création artistique le travail féminin de la laine ». Elle nous fait redécouvrir les mythes d'Hélène, de Philomèle et Procné, ou encore de la jeune Corinthienne qui aurait inventé la peinture. Au-delà de la mythologie féminine, c'est l'ardeur au travail des femmes (la philergia en grec) et les rapports de pouvoir entre les sexes dans la société virile de l'époque que l'auteur décrypte avec clairvoyance. Quelle était la valeur de cette activité singulière à l'époque ? Quelles sont les filiations, dans l'imaginaire collectif, entre les femmes d'aujourd'hui et ces héroïnes mythologiques ? L'ambiguïté du métier à tisser, à la fois empreint de noblesse et associé au désoeuvrement de la femme, éclaire un aspect complexe de la poésie grecque et croise les fils de questionnements étonnamment actuels.

Lauren Malka

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