Littérature

La Conspiration des ténèbres | Theodore Roszak | 2253112887
Comme il est des voyages qui valent plus que leur destination, il existe des polars où l'enquête a plus d'intérêt que sa résolution. Ceux de Theodore Roszak - 76 ans, cinéphile patenté et professeur d'histoire à l'université de Berkeley - appartiennent à cette catégorie particulière. Ce qui rend les textes de Roszak plus atypiques encore, c'est qu'ils cherchent moins à manipuler le lecteur qu'à lui exposer diverses méthodes et techniques de manipulation des âmes. La Conspiration des ténèbres, rééditée avec des fragments inédits, s'intéresse à l'influence que peut avoir le cinéma sur l'inconscient. Un texte d'une remarquable érudition : incité par sa maîtresse - future critique vedette de The New York Times -, un jeune étudiant se penche sur le destin du mystérieux réalisateur Max Castle. Franc-tireur venu de l'expressionnisme allemand qu'Hollywood, faute de pouvoir le maîtriser, a cantonné à des sous-productions, Castle se révèle un génie de l'animation subliminale, derrière laquelle transparaît l'ombre d'une secte hérétique. Et si les films de série Z, en apparence émaillés de sexe et de tueries, promouvaient en fait le puritanisme le plus étroit ?
Outre d'être affublé d'un titre français consternant, L'Enfer des rêves a en commun avec La Conspiration ce thème paranoïaque du remodelage subliminal des consciences. L'idée de départ croise les oeuvres noires de la CIA avec des audaces parapsychologiques à la Stephen King : il existe des gens capables d'entrer dans vos rêves. Des gens dont les services secrets ont repéré les talents. Des gens qui, guidés par un psychologue, peuvent, en transformant à leur convenance vos songes en cauchemars, vous obliger chaque nuit à réaliser la perversion que vous dissimulez tant bien que mal dans un creux de votre inconscient, jusqu'à vous plonger dans la folie. Écrit en 1985 - et jusqu'alors inédit en français -, ce texte parvient encore à susciter l'effroi. Peut-être parce que nous en savons long désormais sur les pratiques menées par la CIA. Spécialiste de la contre-culture - il serait même l'inventeur du terme -, Roszak a fatalement connu les théories du complot propres aux milieux contestataires des années Vietnam puis Reagan. Théories qui ont trouvé, dans son cerveau bouillonnant, l'alchimie idéale pour une transfiguration romanesque.











