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Parrot et Olivier en Amérique

Littérature

Parrot et Olivier en Amérique

Peter Carey

Le maître australien, double lauréat du Man Booker Prize et prix du meilleur livre étranger en 2003 (La Véritable Histoire du gang Kelly), continue de sautiller insolemment de siècle en siècle et de continent en continent pour nous livrer cette relecture picaresque et philosophique du voyage d’Alexis de Tocqueville. Olivier-Jean-Baptiste de Clarel de Garmont, comte de Barfleur, est français, fils d’ultraroyalistes normands, et «enfant de l’horrible guillotine». Parrot, anglais, fils d’imprimeur, se rêve artiste, mais, à la suite d’un déclassement, se retrouve à torcher les riches. C’est alors qu’Olivier, objet de méfiance pour les révolutionnaires comme pour les légitimistes, est envoyé aux États-Unis, officiellement comme ambassadeur pour y rédiger un mémoire sur les prisons américaines ; en fait, pour se préserver d’une nouvelle révolution tandis que s’élèvent les barricades de 1830. Parrot se voit dépêché à ses côtés en tant que secrétaire par la mère angoissée du jeune aristocrate. Voilà les deux narrateurs successifs du nouveau roman de Peter Carey embarqués pour le Nouveau Monde, loin de la vieille Europe. Là-bas, toujours liés l’un à l’autre par la présence d’un inquiétant marquis manchot, ils feront l’expérience de la démocratie naissante sur fond d’intrigues amoureuses, politiques et financières.

Le maître australien, double lauréat du Man Booker Prize et prix du meilleur livre étranger en 2003 (La Véritable Histoire du gang Kelly), continue de sautiller insolemment de siècle en siècle et de continent en continent pour nous livrer cette relecture picaresque et philosophique du voyage d’Alexis de Tocqueville. Mais, comme un avertissement, le romancier tue, avant son embarquement, Blacqueville, frère jumeau par la consonance du penseur politique et meilleur ami d’Olivier. Le lecteur devra y voir le présage d’une variation cynique du périple ayant donné naissance aux brillantes théories de l’historien sur l’évolution des démocraties. Cette équipée insolite d’un fils à maman «snob, splénétique et anxieux» et de son chaperon malicieux qui, malgré tout, «voudrait être Olivier» rejoue la comédie du maître et du valet, avec en filigrane les figures de Figaro, de Scapin, ou encore d’Arlequin.

Dès le début, la farce domine, soutenue par un récit alerte (où les accélérations narratives donnent souvent lieu à des situations quasi gaguesques) et un langage explosif mi-châtié mi-argotique – dichotomie renforcée par l’alternance des voix des deux héros antagonistes d’un chapitre à l’autre. S’il faut évoquer l’art pictural, comme nous y enjoint parfois Peter Carey par certaines références, nous dirons que, d’un tableau noble et tranquille de Gainsborough, nous basculons en une dizaine de lignes dans une bouffonnerie à la Vélasquez ou une caricature à la Daumier. Carey n’a en effet rien abandonné de son ton provocant et drôle qui lui vaut souvent tant les louanges de la critique que les rictus des bien-pensants. D’où le choix de cette utopie démocratique, cette «fleur magnifique», ce «petit fruit tendre mais [qui] vieillira mal», dont certains traitements ne sont pas sans rappeler les ironiques Lettres philosophiques de Voltaire ou la recherche de l’idéale transparence rousseauiste. Mais, contrairement à ses personnages désillusionnés par une culture au moins aussi décadente que celle qu’ils ont quittée, il faut espérer que tout espoir d’une société meilleure n’est pas vain. Car nous ne sommes qu’au début du XIXe siècle…

Noémie Sudre

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