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Le Zoo de Dieu | Pablo Urbanyi | 274279123X

Littérature

Le Zoo de Dieu | Pablo Urbanyi | 274279123X

Le narrateur du dernier roman de Pablo Urbanyi, né en Hongrie et exilé en Argentine tout comme l'auteur, déroule ses souvenirs d'une enfance vécue dans l'Europe de l'Est pendant la Seconde guerre mondiale. L'horreur des scènes se mêle à l'ingénuité restituée de celui qui n'était alors qu'un jeune garçon. Il y a ce silence d'avant la catastrophe, que les personnages apprennent à reconnaître parce que c'est un «autre silence», une absence de bruit qui s'épaissit : les bombardements auraient donc l'absurde politesse de s'annoncer ? À Ipolysag, village de Hongrie ravagé par la Seconde Guerre mondiale, le petit Fénix observe les adultes, gouvernés par l'obsession de «ce qui va se passer». Exilé en Argentine avec ses parents, il tente, quatre décennies plus tard, de se remémorer ces années d'enfance abîmée. Mais nul n'ayant résolu la grande interrogation proustienne, on ne sait si la réminiscence est affaire de présent ou de passé. Le Zoo de Dieu est nourri par ce double élan qui enroule la narration entre deux postulations contraires : le regard rétrospectif du garçonnet devenu adulte qui tente de restituer sa candide innocence, et la sidération propre à la guerre, où «quelque chose meurt dans l'âme, sinon l'âme elle-même» : des jours soumis à l'empire d'un lendemain jamais certain. L'envoûtement qui saisit à la lecture provient de la si rare faculté de Pablo Urbanyi à épouser un point de vue d'avant la Chute, dépouillé de sa conscience adulte, pour plonger dans une indignation indissociable d'un émerveillement propre à l'enfance. Le palais des parents de Fénix, occupé par un officier allemand, puis par les Russes qui en font un sanatorium, les saccages, l'arrestation des Juifs dans le cadre des «opérations de nettoyage», l'année que le petit garçon passera à la cave avec sa famille pour échapper aux explosions, lui apparaissent comme une «situation au goût d'aventure», qu'il traverse «dans une caverne primitive, pendant qu'au dehors vivent les dinosaures». Fénix est délaissé par ses parents. Heureusement, il y a Judit, déesse et servante, bonne à tout faire et mère de substitution. Elle l'initiera, dans des pages délicieusement métaphoriques, aux plaisirs érotiques, lui offrant un accès progressif à son «trèfle à quatre feuilles». Surtout, elle lui apprend à prendre quelqu'un dans ses bras, à écouter. Quand une bombe décimera la famille de la jeune fille, Fénix, par ses baisers, oeuvrera à la résurrection de son amante clandestine. Au moins pour un temps. Le défi, relevé ici avec une fervente nostalgie, était de mêler, à la représentation enfantine des faits, une ironie satirique qui renvoie dos à dos les figures de l'oppression, communistes ou nazis, et le monde adulte. D'où la sensation d'une fantasmagorie lucide : sur son train électrique, Fénix reconstitue les drames qui les uns après les autres emportent les êtres chers. Comme certains écrivains, rejouer la vie pour de faux lui permet d'en désamorcer ses cruautés... Baudelaire en a eu la prescience : «Le génie, c'est l'enfance retrouvée à volonté».

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