Littérature

Expéditions dans les mers du Sud | Danielle Clode | 2746715309
Il fut un temps où la science française, portée par des décideurs audacieux, ouvrait des brèches sans cesse nouvelles dans le territoire de l'inconnu. Les expéditions qui furent menées dans le Pacifique Sud, de 1791 à 1840, permirent ainsi des avancées spectaculaires, en géographie ou en sciences naturelles, tout en offrant à leurs participants de fantastiques aventures humaines. Danielle Clode, historienne et scénariste australienne, retrace une vingtaine d'entre elles, entièrement dédiées à la quête de la connaissance - et ici splendidement illustrées. Car, nous dit-elle, aucune des nombreuses expéditions françaises en Australie n'eut pour but de coloniser la Nouvelle-Hollande. « Elles ne furent pas tant inspirées par un désir de posséder un territoire ou d'acquérir des avantages commerciaux que par la soif de découverte et de savoir. De l'Australie, ses terres, ses peuples, ses animaux et ses plantes, elles se targuaient d'une meilleure connaissance que les Britanniques qui revendiquaient leur possession. »
En choisissant pour chacun de ses récits un personnage qui en définit la focale, l'auteure se lance à elle-même un défi ambitieux : au-delà de la séduction du récit, il s'agit de montrer l'importance, au présent, de découvertes en train de se faire. Contre l'illusion rétrospective de « l'avancée » des sciences, cette option a l'avantage de respecter habilement le contexte intellectuel de l'époque et la perplexité qu'inspirent les nouveautés, tout en augmentant l'intensité du récit. Celui-ci est servi par une écriture agréable, fluide, qui a la générosité de donner autant d'importance aux navigateurs (La Pérouse, Nicolas Baudin, Dumont d'Urville) qu'aux naturalistes (Geoffroy Saint-Hilaire, Cuvier ou Darwin, inexplicablement perdu, avec Joseph Banks, parmi leurs homologues français) et même aux mécènes, comme Louis XVI ou Joséphine Bonaparte.
Certes, de temps à autre, un excès de didactique peut agacer le lecteur : la pénible « leçon préliminaire », qui introduit chaque chapitre, assène parfois des résumés inopportuns sur les biographies de Louis XVI (!) ou sur Darwin, qui gagneraient à être intégrées de manière plus souple dans le corps du texte. À l'inverse, en attribuant trop souvent des motifs d'ordre affectif aux décisions que prennent les protagonistes, l'auteure verse parfois dans l'affabulation la plus mièvre, renonçant de manière ponctuelle, aux ambitions de rigueur scientifique qu'annonçait la préface. Mais ces écueils ne parviennent pas à entamer le charme de l'aventure. Les débats houleux entre Labillardière et d'Entrecasteaux en pleine tempête, la présence féminine de Rose de Freycinet sur le bateau où elle a clandestinement suivi son mari, ou la joie de Dumont d'Urville et de son équipage lorsqu'ils abordent le grand continent austral, suffisent par eux-mêmes à emporter l'esprit dans un ailleurs lointain et noble.
Les illustrations sont extraites du livre Expéditions dans les mers du Sud de Danielle Clode (éd. Autrement).





















