Littérature

Le Supplice de l'eau
Percival Everett
Percival Everett, à qui l'on doit des textes tels qu'Effacement (qui tournait en dérision la mode américaine du roman ethnique), revient avec Le Supplice de l'eau, livre où « il n'y a pas de cris ». Pas d'épanchement, pas de fiction linéaire. Seulement de la colère froide. Les fragments qui composent ce livre, d'abord agaçant puis de plus en plus dérangeant et réussi, symbolisent le refus de l'art pour l'art, du langage conventionnel, de la fausse dignité de la douleur « juste ». Américain riche, intelligent, Ismaël Kidder est un Noir qui écrit des romans à l'eau de rose sous un pseudo féminin. Il est aussi le père de Lane, fillette de 11 ans enlevée et assassinée. Pendant que les GI sont en Afghanistan et que les marines font les cent pas à Guantánamo, Ismaël torture dans sa cave le présumé coupable avec le « supplice de l'eau ». Sorte de Lewis Carroll perdu au « pays des horreurs », le narrateur a recours dans son récit à la philosophie antique, « dans l'espoir de trouver quelque sens au monde ». Thalès n'a-t-il pas écrit que l'eau est le principe de toute chose ? La tentative de rationalisation du réel amène Ismaël - et son lecteur - à s'interroger sur les notions logiques et métaphysiques de limite, d'identité, de corrélation... Mais Le Supplice de l'eau est avant tout une charge contre la nation qui a élu Bush. Parmi d'autres, citons cette scène où le fantôme de Thomas Jefferson dit à Ismaël : « Rappelle-toi [...] la démocratie, ça veut dire que 51 pour cent de la population peut chier sur la gueule des 49 autres. »
Chloé Brendlé





















