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Radio sauvage

Littérature

Radio sauvage

Alain Veinstein

Après L'Intervieweur, où il usa de son expérience à la tête de « Du jour au lendemain », son émission sur France Culture, comme d'un matériau romanesque, Alain Veinstein publie aujourd'hui une manière de pendant, un recueil qui mêle récit et témoignage, adresse et hommage, souvenirs et bribes de poésie. Les textes réunis dans Radio sauvage empruntent à tous ces genres, comme pour dire les différentes facettes d'un homme passé des arcanes de la présidence de l'ORTF et de la programmation à l'antenne proprement dite, avec des émissions portées par la « recherche éperdue des paroles et des sons qui aident à la circulation de l'air ». Son parcours d'homme de radio (« Une voie sans tracé ») offre dans le même temps un aperçu à la fois personnel et passionnant de l'histoire et de l'évolution d'un média pour lequel il ne se sentait pas exactement fait, comme le montrent les allusions récurrentes à un passé d'enfant silencieux, taiseux, peu à l'aise à l'oral, et ses premières expériences difficiles, qui n'en ont pas moins été la matrice d'une pratique, voire d'un art de l'interview (« Un muet au micro »). D'un texte à l'autre, l'auteur de La Partition évoque des figures qui lui sont chères, André Du Bouchet, Yves Bonnefoy, Pascal Quignard (« Paroles d'amis »), témoigne de son admiration pour Yann Paranthoën (« La double vie du preneur de son »), livre la version écrite de l'intervention qui célébra les vingt ans de « Du jour au lendemain » (« L'extinction des voix »). Sans pour autant tomber dans la polémique ou le pamphlet, il nous offre une défense et illustration de la radio comme « feuillage entre-tissé, de paroles et de silences », tout en « musiques secrètes » (selon la belle formule du poète Roberto Juarroz), l'opposé d'une bande FM formatée, où l'auditeur se voit condamné à rester englué comme « sur du papier tue-mouches ». Saisir sur le vif, sans craindre les silences ni les hésitations, les propos d'artistes, de musiciens, d'écrivains, d'intellectuels, de créateurs, avec la conscience d'évoluer toujours sur le fil (car, « dès que le rouge s'allume, c'est la première fois »), tel est l'unique désir d'Alain Veinstein. Derrière la diversité des textes se fait jour une vision à la fois exigeante et poétique d'un métier et d'un média : « Redevenir chant - pour la radio - ce serait, je crois, devenir ou redevenir cette réserve de sauvagerie [...], cette réserve d'imprévisibilité, chargée de sons et de paroles inouïs, qui ne suivent pas les chemins tout tracés de l'Audimat, mais s'offrent brutalement s'il le faut, en laissant libre cours à l'imagination, à mille lieues des guérillas commerciales. »

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