Littérature

Le Procès des Lumières. Essai sur la mondialisation des idées
Daniel Lindenberg
Sept ans après Le Rappel à l’ordre, l’enquête débattue qu’il a consacrée à ceux qu’il appelait les « nouveaux réactionnaires », le sociologue Daniel Lindenberg, professeur à Paris-VIII, a décidé d’actualiser son propos.
Dans son nouvel essai, Le Procès des Lumières, il estime que nous assistons à l’offensive planétaire d’une révolution conservatrice, visant à saper les « idées de Progrès, de Raison et d’Humanité ». En interrogeant vingt ans de vie intellectuelle internationale, Lindenberg sanctionne l’étayage mutuel de la vulgate néolibérale et du néoconservatisme ; il restitue avec justesse les trajectoires de penseurs - tel Alain Besançon - mués en champions d’une défense obsidionale de l’Occident ; il s’étonne qu’au nom de l’antitotalitarisme, l’entourage de François Furet ait pu adouber les thèses fort douteuses de l’historien allemand Ernst Nolte. Ce travail salubre n’évite pourtant ni les amalgames ni les incohérences. Tout d’abord, au sujet des intellectuels républicains, de Régis Debray à Alain Finkielkraut : l’auteur accuse de nouveau ces derniers de trahir la « société ouverte », au nom d’une conception « mesquine » de la nation, héritée de Maurras. Lindenberg semble toutefois ignorer que leur plaidoyer rigoureux pour la laïcité les situe aux antipodes de l’organicisme maurrassien. Incohérences, aussi, sur d’anciens maoïstes comme Jean-Claude Milner : son « retour » vers le judaïsme, avec sa critique en règle du « nihilisme » prêté à l’Europe démocratique, a suscité bien des outrances, mais on ne peut lui reprocher une adhésion crispée au camp occidental, encore moins à la thèse du « choc des civilisations », étrangère à son univers mental.
Alexis Lacroix











