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L'Annonce

Littérature

L'Annonce

Marie-Hélène Lafon

On croirait presque à une histoire d'amour à la Giono, avec Annette, la femme qui « vient de la ville », du nord de la France, et Paul, l'agriculteur du Cantal (Fridières) aux mains calleuses. La première a répondu à la petite annonce du second, « doux 46 ans cherche jeune femme aimant campagne », et apporte de surcroît son fils, pas encore sorti de la « gangue d'enfance ». L'auteur des Derniers Indiens (comprendre les « derniers paysans », ceux du Cantal) raconte ici l'histoire d'un apprivoisement : la réinvention de l'amour par des êtres ni « seuls » ni « neufs » et leur apprentissage des gestes, des corps, des habitudes, dans un monde âpre d'« ordinaire insularité ». Dans cette région retirée, rythmée par le temps cyclique des saisons (l'été et sa « rutilance somptueuse », l'automne et le « pays rendu à lui-même dans le silence roux des soirs », ou l'hiver et ses « couches de neige homériques »), le temps concentrique de la narration enveloppe doucement Annette et Paul d'un passé, d'un espoir, d'une parole qu'ils ne prononcent pas. À ces deux-là, qui s'accordent « une place pour durer », et aux autres, les augustes et austères oncles, la soeur de Paul, l'aigre et autoritaire Nicole, la mère et le fils d'Annette, l'auteur rend hommage à travers une écriture qui, par détours et ajouts, pèse une vie, un souvenir, un non-dit. La présence ou l'écho de Giono, c'est aussi ce phrasé si poétique, lancinant, qui ne restitue pas seulement les mots à ceux qui ont un « commerce difficile avec le verbe », mais donne à palper au lecteur l'épaisseur du silence. Le récit fait moins l'éloge de vies minuscules qu'il ne rend la densité des instants. Dans L'Annonce , où tout commence avec une description des personnages face à la nuit qui envahit le village, c'est la nuit intérieure de chacun que Marie-Hélène Lafon s'efforce de « désensauvager ».

Chloé Brendlé

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