Yann Arthus Bertrand, photographe : Passerelle Passerelle est un mot que j'utilise souvent pour parler de mon travail. Et c'est pour cette raison que c'est un mot que j'aime. Quand je prends une photo, je n'en suis pas l'inventeur. La légende qui l'accompagne précise ce que révèle la photo. Mon métier est bien de saisir quelque chose à un endroit et de le transmettre. Je suis une passerelle entre d'un côté des endroits sublimes du monde et des problèmes que je découvre et de l'autre celui qui regarde la photo. Il suffit de traverser pour changer de point de vue. Je ne suis pas quelqu'un qui pense que la défense de la langue est de première importance. Parce qu'une langue est quelque chose qui évolue et qu'on ne peut contrôler. Une langue vivante est faite par les gens qui la parlent. Des gens qui se parlent et s'écoutent. Au cours de mes voyages, je n'ai pas beaucoup d'occasions de parler en français. Faut-il le déplorer? Dans un avenir peut-être lointain, peut-être proche, on aura probablement une langue commune. On l'a vu en France. En 1900, un Breton et un Alsacien ne pouvaient pas se parler. Cela nous paraît ridicule. Aujourd'hui, ils peuvent le faire parce qu'ils partagent une langue commune. La langue commune de la planète sera sans doute beaucoup à base d'anglais, mais aussi de français, d'espagnol, de chinois ou d'arabe. Cela ne me fait pas peur. Ce qui est intéressant c'est qu'on puisse communiquer et échanger. Si défendre une langue c'est créer des conflits ou demeurer dans l'incompréhension, je ne suis pas d'accord. Mais ouvrir et partager notre langue avec les autres, je dis deux fois oui.
|
date : 01.03.2008 durée : 00:00:49
|