transcription
"Prenez votre temps, faites rien à la légère, ne rentrez pas dans cet espace sans avoir bien réfléchi. Ça serait comme un jeu, quoi. Ça veut dire que c'est vraiment un lieu où je demande aux gens de redevenir des enfants, d'imaginer que le temps s'arrête à un… au seuil de cet espace, et une fois qu'ils l'ont franchi, ils sont… ils sont dans le temps de l'infini, et dans ce que j'appelle l'espace de la peinture ou autrement dit dans le « jet lag » ils sont dans le décalage temporel. Je pense pas que ce soit dangereux mais c'est sérieux voilà. Je… c'est amusant, c'est drôle, c'est ironique, c'est mélancolique, c'est parfois triste parce qu'il s'agit de larmes. L'installation s'appelle, en français ça serait « la chambre des larmes », « the room of tears ». Il s'agit d'un pédiluve aussi, c'est un endroit où on se lave les pieds mais c'est un endroit où on a le choix. C'est à dire qu'on peut ne pas marcher dans l'eau, on peut décider de garder ses chaussures et de pénétrer dans cet endroit quand même et dans ce cas, on sautille comme ça sur des petits plots en pierre, c'est une sorte de déambulation amusante quand même. J'utilise de la …, le temps, l'espace, la lumière, la technologie assez récente, la vidéo, la technologie digitale, des choses comme ça, donc c'est une installation assez banale dans sa forme, dans le sens où il n'y a rien de très original mais en même temps très contemporaine. Voilà, j'utilise ces matériaux-là pour raconter une histoire qui pourrait ressembler à un vers de Virgile. Je souhaite, j'ai la prétention de parler une langue qui n'opère plus réellement. Ça veut dire une langue dont on peut apprécier encore la beauté mais qu'on ne parle plus. Donc j'ai créé, je crée l'espace de cette langue. J'appelle cette langue « la peinture ». La peinture est pour moi quelque chose qui pourrait évoquer le latin par exemple. Je pense pas que les œuvres d'art se comprennent, je pense pas qu'une œuvre d'art s'inscrive, ou en tout cas l'espace que moi je crée ou dans lequel je me situe soit un espace de compréhension. C'est beaucoup plus l'espace du malentendu. Et ce qui m'intéresse, c'est vraiment ça, c'est de pouvoir générer des malentendus. Et que ces malentendus soient acceptés, soient gérés par tout un chacun qui franchit le seuil de l'espace que je crée. Donc c'est vraiment… je pense qu'il s'agit de… c'est un peu existentialiste comme ça, c'est la projection de chacun, chacun en fait ce qu'il veut. Chacun… et d'ailleurs c'est pour ça que la notion de décision est importante, la notion de responsabilité, la notion de choix. Je choisis de rentrer, je choisis d'enlever mes chaussures, je choisis de faire demi-tour. Mais à partir du moment où on est dedans, je… j'ose espérer qu'il se passe quelque chose. Le but du jeu, c'est qu'un événement se produise ou se déroule. Moi je pense qu'une œuvre d'art, c'est ce qui se passe entre celui qui la regarde, entre l'objet et le regardeur, l'objet d'art, l'objet, ça peut être la chambre, ça peut être l'eau, ça peut être le tableau, ça peut être la sculpture. Mais, pour moi, c'est pas très intéressant l'objet, ce qui est intéressant, c'est l'espace qu'on peut appeler un espace temps qui y'a entre… entre moi et mon modèle, moi et mon objet, moi comme spectateur, moi comme artiste, moi je sais pas. C'est… c'est cet espace-là, c'est ce temps qui m'intéresse, que j'appelle l'événement. Le temps, l'espace dans lequel l'événement peut se produire. La beauté se découvre, la beauté n'est pas dans l'œil non plus, la beauté est… c'est la rencontre… y'a… y'avait cette phrase de Lautréamont que moi j'adore, qui dit et qui correspond un peu aussi à ce que je voudrais dire dans ma poésie, c'est que… voilà, je suis beau comme la rencontre d'une machine à coudre et d'un parapluie sur une table de dissection, je trouve que c'est une des meilleurs définitions de la beauté qui soit".





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