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retourMétier de la restauration : Restaurateur de vieux films

transcription

Serge Bromberg
Je m'appelle Serge Bromberg et je suis restaurateur de films anciens.
Serge Bromberg, hors champ
Beaucoup de gens me surnomment l'Indiana Jones du film perdu (1). Ma spécialité à moi, c'est d'essayer de retrouver des films dans les caves et dans les greniers. C'est ce qu'on appelle des films anciens. C'est ces films tournés sur une pellicule nitrate qui datent en général d'avant 1950.
Ces films anciens étaient fabriqués sur une pellicule très particulière avec trois gros inconvénients. D'abord elles brûlent. Vous vous souvenez peut-être de la séquence de Cinema Paradiso (2) où Philippe Noiret brûle dans sa cabine de projection. Elle se rétrécit. C'est le deuxième inconvénient de la pellicule nitrate.
Serge Bromberg
Mais surtout, et c'est là où le danger et la restauration deviennent une course contre la montre, la pellicule nitrate se décompose inéluctablement entre 50 et 80 ans après le moment où elle a été fabriquée.
C'est un truc assez extraordinaire. C'est un film tourné en noir et blanc, mais colorié image par image. Et tu vois, c'est quelque chose d'assez formidable. Ça c'est un négatif monoperfo. C'est forcément 1904, 1905. C'est probablement Pathé. Evidemment colorié au pochoir.
Le problème c'est que les films anciens ont été stockés dans les salles de cinéma ou dans les laboratoires et que ceux-ci ont fermé, ont été revendus, ont été détruits et donc maintenant on ne retrouve plus les films que chez des particuliers. Des particuliers qui, en général, ne savent même pas que ce qu'ils ont entre les mains, c'est peut-être le dernier exemplaire du film perdu de Renoir, de Fernandel, d'Alfred Hitchcock.
Donc, mon métier c'est de passer mon temps à appeler les gens et de dire : « Si vous avez des films, appelez-moi ! »
Ça fait 30 ans que je recherche des films anciens un petit peu partout. Je peux vous dire qu'aujourd'hui, quand le téléphone sonne pour me dire : « Il y a des films quelque part », l'émotion est intacte.
De temps en temps, on prend une bobine, on déroule et puis : « Ah ! Tiens ! » Y'a un petit morceau d'amorce, et puis y'a une étoile dessus, emboutie. Ah ! ben, l'étoile c'est star film de Georges Meliès (3).  Là, ça commence à devenir très très très intéressant !
Serge Bromberg, hors champ
Une fois que le film est identifié, qu'on a choisi de le restaurer, la première étape va être celle de la sauvegarde. Le principe, c'est donc de recopier, en essayant d'enlever les rayures, les dépôts, etc. le contenu du film original qui, lui, va malheureusement se décomposer, sur de la pellicule neuve. Avant donc le tirage, on restaure les perforations endommagées, on rajoute un petit morceau de perforation neuve. Lorsque les scotchs ou les collages se défont, on est obligé de les refaire un à un. C'est un travail qui peut aller de quelques minutes pour une bobine de fil à parfois plusieurs jours. Pour moi, passer du film entre mes doigts, en sentir les aspérités, en sentir les perforations arrachées, c'est vraiment une expérience presque mystique.
Avant de procéder au tirage, on va essayer d'analyser s'il n'y a pas des plans qui sont trop sombres, trop clairs, ou si, pour les films en couleurs, il n'y a pas des dominantes qui se sont installées. Bref, on va essayer d'harmoniser tout ça, et ça se fait par un spécialiste qui plan par plan va déterminer s'il faut faire une correction.
Lorsqu'on retrouve les négatifs de film, souvent, il y a le négatif son et le négatif image mais y'a toujours un petit opérateur facétieux qui a enlevé une image par ci ou qui a changé l'amorce par là. Et du coup, les repères de synchronisme ne sont plus les bons. Avant de passer au tirage il y a évidemment une étape tout à fait indispensable qui est celle de vérifier que le synchronisme est toujours valable, et de restaurer ce synchronisme pour que la tireuse puisse tirer sur une seule et même pellicule le son et l'image en même temps.
Une fois le conditionnement, la préparation et l'étalonnage terminés, vient donc le moment où il passe dans la tireuse et où son contenu, image par image, va être recopié sur du film neuf. Ce film neuf est en polyester en règle générale. Le polyester a une durée de vie d'environ 1000 ans. La pellicule vierge impressionnée part au développement et on se retrouve avec un nouveau négatif qui est le négatif de sauvegarde. Reste derrière un ensemble de précautions à prendre et parfois des reconstructions. Aujourd'hui, grâce aux technologies du numérique, on va pouvoir, dans un ordinateur, sur un disque dur, faire des retouches, à la palette, image par image, en reprenant tel élément de l'image d'avant pour la recoller sur l'image endommagée, pour, à l'arrivée, réobtenir des résultats souvent plus formidables que le film lorsqu'il a été tourné à l'origine. Une fois tous ces processus achevés, il reste la phase du tirage d'une copie positive, ou d'un master vidéo, pour le numérique, et cet ensemble de nouveaux supports de diffusion va permettre au film de revivre.
Vous connaissez le mythe du docteur Frankenstein ? C'est exactement ça. Et si, avec des bobines dont tout le monde se fiche, qui sont complètement décomposées et dont on ne peut plus rien faire, et si à partir de ça, on recrée du rire, de l'émotion, de la vie… Vous pouvez me donner beaucoup de métiers où on recrée de la vie ? J'en connais pas beaucoup.

(1) Référence au film de Steven Spielberg Indiana Jones et les aventuriers de l'arche perdue.
(2) Film de Giuseppe Tornatore
(3) Réalisateur français (1861-1938)

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