transcription
Jean-Marc Borredon
Je suis Jean-Marc Borredon. J'ai quarante-trois ans, je suis artisan fourreur et j'exerce cette profession depuis trois générations.
C'est un métier du secteur de l'habillement, mais c'est avant tout un métier de luxe, et c'est surtout de vendre une part de rêve à la femme.
Jean-Marc Borredon, hors champ
On travaille essentiellement avec des visons, qui est un mono produit. On essaye de le décliner dans des coloris par des teintures et puis par les modifications de texture telles que le rasage ou l'éjarrage. On emploie aussi d'autres espèces telles que la zibeline, le chinchilla, le ragondin, la marmotte. Le choix, il est fait par rapport à la qualité de la peau, selon sa densité de poils et son soyeux, son brillant.
Jean-Marc Borredon
Je souffle dans le poil pour permettre à mon œil de pénétrer l'intérieur du poil et de pouvoir visualiser toute la texture, tout son aspect propre et son duvet.
Jean-Marc Borredon, hors champ
Le dressage, c'est une étape toute simple qui sert à étirer la peau de manière à en déterminer tous ses contours, toutes ses formes. Je vais éliminer quelques peaux qui, à l'œil, me déplaisent, ou peut-être, qui ont été mal classées.
Par l'apport de leur propre technique de mes maîtres d'apprentissage, j'ai concentré, j'ai mélangé un petit peu et j'ai pris ce que j'estimais être de meilleur dans leur propre technique pour, en fin de compte, créer la mienne.
Ce qui me fascine dans la fourrure, c'est tout son soyeux, c'est toute cette souplesse, toute cette douceur. On peut donner des contrastes par le fait d'inverser les reflets. On peut jouer énormément sur la lumière avec les brillants.
Il y a deux techniques de travail. Il y a le travail de pleine peau et il y a le travail de l'allonge. Donc, le travail de l'allonge, c'est une technique de déplacement de la marchandise qui permet de partir d'une peau qui est courte et large à une bande qui sera longue et étroite, et qui sera bien évidemment calculée sur la longueur du vêtement. C'est fait selon un calcul, par rapport à la longueur du modèle et la surface du modèle.
Après concertation avec la cliente, on va exécuter des croquis, éventuellement, ou on peut travailler par des gravures et on va exécuter une toile à ses mesures pour trouver tous les volumes et tous les équilibres qui sont nécessaires. De là, on exécute un patron papier qui servira tout au long du travail à la fabrication du vêtement.
Pour réaliser un manteau, il faut compter, en règle générale, environ soixante-dix heures.
Jean-Marc Borredon
J'ai pas de style (1), c'est la cliente qui a un style. Moi je suis là pour m'adapter à son style et éventuellement lui proposer quelque chose qui pourra soit la rajeunir ou soit actualiser le produit qu'elle a.
« Là, je vous ai installé la patte d'épaule, déjà. Donc elle est pas fixe (1) parce que je voulais voir sur vous la carrure de manière à ce que elle vous prolonge pas la carrure. »
Jean-Marc Borredon, hors champ
Je ressens une immense satisfaction dans la création des pièces de prestige. Ou alors, quand je ressens la satisfaction de la cliente. C'est le plaisir de faire plaisir, tout simplement.
J'ai eu la médaille d'un des meilleurs ouvriers de France par la réalisation d'un manteau de vison éjarré. C'est vrai que ce manteau a nécessité environ quatre cents heures de travail, ce qui était une performance puisque ces quatre cents heures ont été concentrées pendant l'espace d'un mois.
Jean-Marc Borredon
Je ne vois plus l'animal, autant, je pense, qu'un menuisier ou un ébéniste ne voient plus l'arbre. Ils travaillent une matière avec laquelle il y a une osmose. Mais ils pensent plus (1) à ce qu'était éventuellement l'objet ultérieurement.
Nous sommes un certain nombre de fourreurs à penser que l'écologie est nécessaire. Donc il faut prélever quand une espèce est en surnombre, et protéger quand une espèce est en sous nombre. Mais pour pouvoir la protéger bien évidemment, il faut des financements. Et le financement, on pourrait le générer par une taxe qui serait prélevée sur la commercialisation du produit.
Ce qui me fait rêver, toujours, c'est le désir de créer pour une femme, de lui faire plaisir, de lui apporter une part de bonheur, une part de rêve.
(1) Langue orale. Les formes grammaticalement correctes sont : « je n'ai pas de style », « elle n'est pas fixe », « ils ne pensent plus ».
Je suis Jean-Marc Borredon. J'ai quarante-trois ans, je suis artisan fourreur et j'exerce cette profession depuis trois générations.
C'est un métier du secteur de l'habillement, mais c'est avant tout un métier de luxe, et c'est surtout de vendre une part de rêve à la femme.
Jean-Marc Borredon, hors champ
On travaille essentiellement avec des visons, qui est un mono produit. On essaye de le décliner dans des coloris par des teintures et puis par les modifications de texture telles que le rasage ou l'éjarrage. On emploie aussi d'autres espèces telles que la zibeline, le chinchilla, le ragondin, la marmotte. Le choix, il est fait par rapport à la qualité de la peau, selon sa densité de poils et son soyeux, son brillant.
Jean-Marc Borredon
Je souffle dans le poil pour permettre à mon œil de pénétrer l'intérieur du poil et de pouvoir visualiser toute la texture, tout son aspect propre et son duvet.
Jean-Marc Borredon, hors champ
Le dressage, c'est une étape toute simple qui sert à étirer la peau de manière à en déterminer tous ses contours, toutes ses formes. Je vais éliminer quelques peaux qui, à l'œil, me déplaisent, ou peut-être, qui ont été mal classées.
Par l'apport de leur propre technique de mes maîtres d'apprentissage, j'ai concentré, j'ai mélangé un petit peu et j'ai pris ce que j'estimais être de meilleur dans leur propre technique pour, en fin de compte, créer la mienne.
Ce qui me fascine dans la fourrure, c'est tout son soyeux, c'est toute cette souplesse, toute cette douceur. On peut donner des contrastes par le fait d'inverser les reflets. On peut jouer énormément sur la lumière avec les brillants.
Il y a deux techniques de travail. Il y a le travail de pleine peau et il y a le travail de l'allonge. Donc, le travail de l'allonge, c'est une technique de déplacement de la marchandise qui permet de partir d'une peau qui est courte et large à une bande qui sera longue et étroite, et qui sera bien évidemment calculée sur la longueur du vêtement. C'est fait selon un calcul, par rapport à la longueur du modèle et la surface du modèle.
Après concertation avec la cliente, on va exécuter des croquis, éventuellement, ou on peut travailler par des gravures et on va exécuter une toile à ses mesures pour trouver tous les volumes et tous les équilibres qui sont nécessaires. De là, on exécute un patron papier qui servira tout au long du travail à la fabrication du vêtement.
Pour réaliser un manteau, il faut compter, en règle générale, environ soixante-dix heures.
Jean-Marc Borredon
J'ai pas de style (1), c'est la cliente qui a un style. Moi je suis là pour m'adapter à son style et éventuellement lui proposer quelque chose qui pourra soit la rajeunir ou soit actualiser le produit qu'elle a.
« Là, je vous ai installé la patte d'épaule, déjà. Donc elle est pas fixe (1) parce que je voulais voir sur vous la carrure de manière à ce que elle vous prolonge pas la carrure. »
Jean-Marc Borredon, hors champ
Je ressens une immense satisfaction dans la création des pièces de prestige. Ou alors, quand je ressens la satisfaction de la cliente. C'est le plaisir de faire plaisir, tout simplement.
J'ai eu la médaille d'un des meilleurs ouvriers de France par la réalisation d'un manteau de vison éjarré. C'est vrai que ce manteau a nécessité environ quatre cents heures de travail, ce qui était une performance puisque ces quatre cents heures ont été concentrées pendant l'espace d'un mois.
Jean-Marc Borredon
Je ne vois plus l'animal, autant, je pense, qu'un menuisier ou un ébéniste ne voient plus l'arbre. Ils travaillent une matière avec laquelle il y a une osmose. Mais ils pensent plus (1) à ce qu'était éventuellement l'objet ultérieurement.
Nous sommes un certain nombre de fourreurs à penser que l'écologie est nécessaire. Donc il faut prélever quand une espèce est en surnombre, et protéger quand une espèce est en sous nombre. Mais pour pouvoir la protéger bien évidemment, il faut des financements. Et le financement, on pourrait le générer par une taxe qui serait prélevée sur la commercialisation du produit.
Ce qui me fait rêver, toujours, c'est le désir de créer pour une femme, de lui faire plaisir, de lui apporter une part de bonheur, une part de rêve.
(1) Langue orale. Les formes grammaticalement correctes sont : « je n'ai pas de style », « elle n'est pas fixe », « ils ne pensent plus ».





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