transcription
Anne Hoguet
Je m'appelle Anne Hoguet, éventailliste, maître d'art. J'ai aujourd'hui cinquante-huit ans et j'ai commencé à travailler à l'âge de quatorze ans.
Anne Hoguet, hors champ
Les maîtres d'art ont été créés en 1994, à l'exemple des trésors vivant au Japon, c'est-à-dire c'est transmettre son savoir-faire à des nouvelles générations pour perpétuer le métier.
Il faut d'abord dessiner la monture, faire son projet de monture et la réaliser, puis à partir de là, on va faire un nouveau projet pour la feuille qui va s'adapter sur la monture. Une fois qu'on a le patron, qu'on a dessiné son projet, on va procéder à la réalisation mais avec la feuille à plat. Et après on va la monter.
On va utiliser de l'organza, des soies, des dentelles, qu'on va broder ou on va mettre de paillettes. Par exemple, l'éventail brodé, c'est du point de Beauvais, qui est un point de chaînette, et tout ce qui est montage de paillettes c'est plutôt du point de Lunéville.
Anne Hoguet
Sur cette feuille-là, on va poser des similis strass. On va faire seulement l'intérieur des motifs là, là et là. Comme ça, c'est de l'art déco (1) il faut pas (2) trop charger quand même.
L'employée
Je ne fais pas de semi ?
Anne Hoguet
Non non non, pas du tout
L'employée
Pas du tout. Bon, ben d'accord !
Anne Hoguet, hors champ
Pour faire un éventail brodé il faut à peu près entre douze et quinze heures pour le réaliser.
J'ai forcément une phase d'observation. Est-ce que je suis vraiment contente ? Bon, parfois oui, parfois pas vraiment, j'ai l'impression que j'aurais pu aller peut-être au-delà de ça. Mais c'est vrai que on le pose, on va un petit peu plus loin, et puis après on revient… Oui, ça va. Et on repart à nouveau. Comme ça, 4 ou 5 fois peut-être. Avant qu'il parte de nos mains définitivement.
Anne Hoguet
On le lâche mais bon, c'est un petit peu comme ses enfants qu'on a créés, quoi, c'est pareil. C'est pas toujours facile (2) de les lâcher. Et puis après, on oublie parce qu'il y en a un autre qui va venir.
Anne Hoguet, hors champ
Je travaille bien que (2) quand je suis seule déjà, et c'est vrai qu'on arrive mieux à se concentrer. Mais je suis toute à l'objet. Bon, je pense pas (2) à quoi que ce soit en dehors de ce que j'ai dans les mains.
Je travaille pour Galliano, chez Dior et puis Christian Lacroix. J'ai travaillé aussi pour Gaultier. Mais ça dépend des thèmes des collections.
Pour moi, l'éventail, c'est magique parce qu'il y a la gestuelle qui permet de se masquer, de se couvrir, de se découvrir, de se montrer ou de se cacher, et un petit peu aussi de provoquer en même temps la personne à qui on peut s'adresser. C'est toute cette symbolique du jeu qui me plaît dans l'éventail.
Et à partir du mariage de Louis XV, on va faire des entêtes qui symbolisent le mariage. Alors là, ça va être plus léger et on va passer aussi à des scènes pastorales, des bergeries. Mais aussi aux thèmes de la nature et des fleurs. C'est-à-dire le japonisme va nous apporter les thèmes floraux.
Anne Hoguet
Je suis arrivée dans le métier sans avoir choisi. Et puis, petit à petit, je me suis prise au jeu, et puis maintenant c'est devenu une passion et depuis que mon père est parti, c'est vraiment un flambeau qu'il m'a légué. Et donc je me sens redevable de continuer cette tradition et de la perpétuer. C'est pour ça aussi que je forme des élèves, c'est pour pas que ce métier meure (2) et qu'on puisse le transmettre de génération en génération.
Une employée
Alors je vais vous montrer avec cet éventail en nacre et en dentelles le maniement de l'éventail. Donc on le prend toujours dans la main droite, on le pose dans la main gauche, puis on l'ouvre délicatement comme ça en le faisant glisser et on le retourne…
Anne Hoguet, hors champ
Ça fait peut-être deux ou trois ans qu'on a des classes scolaires parce qu'ils ont des thèmes maintenant, dans leurs études, qui permettent d'étudier l'éventail.
Une employée
… Et puis après, pour le replier, donc on le fait glisser, délicatement toujours, et puis on le reprend dans sa position initiale.
Anne Hoguet
La transmission, c'est important. Il y a beaucoup de métiers qui ont perdu leur savoir-faire parce que les personnes ont pas su transmettre. Oui, c'est vrai que c'est important, parce que c'est aussi le savoir-faire français. Parce qu'en France c'est vrai que c'est assez unique, et si on transmet pas ça, après on pourra pas donner (2) une bonne image à travers le monde de notre façon de faire. Je pense qu'il y a mieux, si vous voulez, au niveau de la connaissance de l'éventail, chose qu'il y avait pas avant (2). Peut-être que le musée y a contribué, peut-être qu'il y a d'autres facteurs, je sais pas (2). Mais on sent qu'il y a un intérêt nouveau pour l'éventail et ça, ça me fait plaisir quand même.
(1) Langue orale. La forme correcte est : « les arts décoratifs ».
(2) Langue orale, la première partie de la négation « ne », n'est pas prononcée. Les formes grammaticalement correctes sont : « il ne faut pas trop charger » ; « ce n'est pas toujours facile » ; « je ne travaille bien que quand » ...
Je m'appelle Anne Hoguet, éventailliste, maître d'art. J'ai aujourd'hui cinquante-huit ans et j'ai commencé à travailler à l'âge de quatorze ans.
Anne Hoguet, hors champ
Les maîtres d'art ont été créés en 1994, à l'exemple des trésors vivant au Japon, c'est-à-dire c'est transmettre son savoir-faire à des nouvelles générations pour perpétuer le métier.
Il faut d'abord dessiner la monture, faire son projet de monture et la réaliser, puis à partir de là, on va faire un nouveau projet pour la feuille qui va s'adapter sur la monture. Une fois qu'on a le patron, qu'on a dessiné son projet, on va procéder à la réalisation mais avec la feuille à plat. Et après on va la monter.
On va utiliser de l'organza, des soies, des dentelles, qu'on va broder ou on va mettre de paillettes. Par exemple, l'éventail brodé, c'est du point de Beauvais, qui est un point de chaînette, et tout ce qui est montage de paillettes c'est plutôt du point de Lunéville.
Anne Hoguet
Sur cette feuille-là, on va poser des similis strass. On va faire seulement l'intérieur des motifs là, là et là. Comme ça, c'est de l'art déco (1) il faut pas (2) trop charger quand même.
L'employée
Je ne fais pas de semi ?
Anne Hoguet
Non non non, pas du tout
L'employée
Pas du tout. Bon, ben d'accord !
Anne Hoguet, hors champ
Pour faire un éventail brodé il faut à peu près entre douze et quinze heures pour le réaliser.
J'ai forcément une phase d'observation. Est-ce que je suis vraiment contente ? Bon, parfois oui, parfois pas vraiment, j'ai l'impression que j'aurais pu aller peut-être au-delà de ça. Mais c'est vrai que on le pose, on va un petit peu plus loin, et puis après on revient… Oui, ça va. Et on repart à nouveau. Comme ça, 4 ou 5 fois peut-être. Avant qu'il parte de nos mains définitivement.
Anne Hoguet
On le lâche mais bon, c'est un petit peu comme ses enfants qu'on a créés, quoi, c'est pareil. C'est pas toujours facile (2) de les lâcher. Et puis après, on oublie parce qu'il y en a un autre qui va venir.
Anne Hoguet, hors champ
Je travaille bien que (2) quand je suis seule déjà, et c'est vrai qu'on arrive mieux à se concentrer. Mais je suis toute à l'objet. Bon, je pense pas (2) à quoi que ce soit en dehors de ce que j'ai dans les mains.
Je travaille pour Galliano, chez Dior et puis Christian Lacroix. J'ai travaillé aussi pour Gaultier. Mais ça dépend des thèmes des collections.
Pour moi, l'éventail, c'est magique parce qu'il y a la gestuelle qui permet de se masquer, de se couvrir, de se découvrir, de se montrer ou de se cacher, et un petit peu aussi de provoquer en même temps la personne à qui on peut s'adresser. C'est toute cette symbolique du jeu qui me plaît dans l'éventail.
Et à partir du mariage de Louis XV, on va faire des entêtes qui symbolisent le mariage. Alors là, ça va être plus léger et on va passer aussi à des scènes pastorales, des bergeries. Mais aussi aux thèmes de la nature et des fleurs. C'est-à-dire le japonisme va nous apporter les thèmes floraux.
Anne Hoguet
Je suis arrivée dans le métier sans avoir choisi. Et puis, petit à petit, je me suis prise au jeu, et puis maintenant c'est devenu une passion et depuis que mon père est parti, c'est vraiment un flambeau qu'il m'a légué. Et donc je me sens redevable de continuer cette tradition et de la perpétuer. C'est pour ça aussi que je forme des élèves, c'est pour pas que ce métier meure (2) et qu'on puisse le transmettre de génération en génération.
Une employée
Alors je vais vous montrer avec cet éventail en nacre et en dentelles le maniement de l'éventail. Donc on le prend toujours dans la main droite, on le pose dans la main gauche, puis on l'ouvre délicatement comme ça en le faisant glisser et on le retourne…
Anne Hoguet, hors champ
Ça fait peut-être deux ou trois ans qu'on a des classes scolaires parce qu'ils ont des thèmes maintenant, dans leurs études, qui permettent d'étudier l'éventail.
Une employée
… Et puis après, pour le replier, donc on le fait glisser, délicatement toujours, et puis on le reprend dans sa position initiale.
Anne Hoguet
La transmission, c'est important. Il y a beaucoup de métiers qui ont perdu leur savoir-faire parce que les personnes ont pas su transmettre. Oui, c'est vrai que c'est important, parce que c'est aussi le savoir-faire français. Parce qu'en France c'est vrai que c'est assez unique, et si on transmet pas ça, après on pourra pas donner (2) une bonne image à travers le monde de notre façon de faire. Je pense qu'il y a mieux, si vous voulez, au niveau de la connaissance de l'éventail, chose qu'il y avait pas avant (2). Peut-être que le musée y a contribué, peut-être qu'il y a d'autres facteurs, je sais pas (2). Mais on sent qu'il y a un intérêt nouveau pour l'éventail et ça, ça me fait plaisir quand même.
(1) Langue orale. La forme correcte est : « les arts décoratifs ».
(2) Langue orale, la première partie de la négation « ne », n'est pas prononcée. Les formes grammaticalement correctes sont : « il ne faut pas trop charger » ; « ce n'est pas toujours facile » ; « je ne travaille bien que quand » ...





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