transcription
Shashi Tharoor
L'école à Bombay offrait un peu de français, mais j'ai fait un an, c'était pas idéal je pense, c'était une école jésuite, et une excellente tradition intellectuelle en Inde sont les écoles jésuites… Nous avions un prêtre belge si je me souviens bien, mais il n'était pas très ambitieux pour ses élèves et je pense qu'on n'a pas beaucoup appris. De toute façon après un an de français, j'ai quitté Bombay pour aller à Calcutta où cette option n'existait pas. Vers la fin de l'école, je pensais de faire (1) quelque chose en prenant des cours de français par une enseignante qui venait à la maison, c'était une jeune dame très belle, Chandernagor ou de Pondichéry.
Bernard Pivot
Vous étiez amoureux ?
Shashi Tharoor
Euh, oui, j'avais 16 ans, je pense que mes yeux ont beaucoup plus travaillé que les oreilles. Je ne sais pas si j'ai beaucoup, j'ai très bien appris le français. Mais à l'âge de 22 ans, j'ai fini mon doctorat, et je suis entré aux Nations Unies, et on a commencé à Genève. À Genève évidemment, la langue parlée dans les rues était le français. Et j'ai finalement trouvé la motivation d'apprendre le français.
Bernard Pivot
C'est beaucoup de courage de votre part, parce que vous vous retrouvez à Genève, à l'ONU effectivement l'anglais suffit, il y a pas besoin d'y ajouter le français, et là vous l'avez fait et alors pour quelle raison ?
Shashi Tharoor
Le vrai courage quand un étranger apprend le français est le courage de parler la langue. Parce qu'on est toujours, toujours averti pas des gens de bonnes intentions qui vous disent, regardez bien, les Français n'aiment pas si vous massacrez leur langue… Il vaut mieux parler en anglais que de parler un mauvais français, parce que les Français n'aiment pas, ils vont rire, ils vont être critiques, etc.… Et je connaissais beaucoup de gens qui écrivaient et lisaient le français, mais qui n'osaient jamais parler le français devant les Français pour (1) peur d'être…
Bernard Pivot
C'est incroyable ça !
Shashi Tharoor
Oui c'est vrai, mais, on savait déjà que les Français sont très fiers de leur langue. Mon père me racontait une histoire, c'était 1948 (1), il était allé à Paris pour la première fois, et de Londres ça veut dire, il était à Londres, il est allé à Paris en tant que touriste. Et quand il demandait les directions en anglais, il a toujours eu une réaction très négative et même malpolie et finalement il a deviné quoi faire, il s'est arrêté au milieu du trottoir et il a posé des questions en malayalam, il a utilisé beaucoup de gestes, il a mentionné le nom de l'endroit, et il a parlé malayalam. Et là les Français étaient apparemment très très polis, très gentils, ils ont essayé d'expliquer avec beaucoup de gestes de leur part, où aller, quand aller, etc.… Parce que, il m'a expliqué, si nous, les Indiens, ont pris (2) le soin d'apprendre une langue étrangère, pourquoi pas leur, pourquoi pas la leur ?
Bernard Pivot
Ça, ça vous paraît ridicule, ou au contraire, non ?
Shashi Tharoor
Je pense que c'est intéressant… D'abord, ça montre que les Français sont un peuple, ils sont très fiers de leur langue, ce qui est une bonne chose, parce que nous qui venons des pays colonisés ont (2) toujours le sentiment que parfois on n'est pas suffisamment fiers de ce qui est le nôtre. La France en exportant sa langue a fait quelque chose pour maintenir la diversité dans ce monde qui est parfois en danger d'être globalisé, même si vous voulez, l'imagination humaine est en train, dans un certain degré d'être globalisée avec Microsoft, et Mickey Mouse et Disneyworld, et tout cela…
(1) Shashi Tharoor fait de petites erreurs sur les prépositions et sur les verbes. Les formes grammaticalement correctes sont : « je pensais faire quelque chose » ; « ... qui n'osaient pas parler le français devant des Français par peur d'être... » ; « c'était en 1948 » ; « si nous les Indiens avons pris le soin » ; « nous, qui venons des pays colonisés, avons toujours le sentiment ».
L'école à Bombay offrait un peu de français, mais j'ai fait un an, c'était pas idéal je pense, c'était une école jésuite, et une excellente tradition intellectuelle en Inde sont les écoles jésuites… Nous avions un prêtre belge si je me souviens bien, mais il n'était pas très ambitieux pour ses élèves et je pense qu'on n'a pas beaucoup appris. De toute façon après un an de français, j'ai quitté Bombay pour aller à Calcutta où cette option n'existait pas. Vers la fin de l'école, je pensais de faire (1) quelque chose en prenant des cours de français par une enseignante qui venait à la maison, c'était une jeune dame très belle, Chandernagor ou de Pondichéry.
Bernard Pivot
Vous étiez amoureux ?
Shashi Tharoor
Euh, oui, j'avais 16 ans, je pense que mes yeux ont beaucoup plus travaillé que les oreilles. Je ne sais pas si j'ai beaucoup, j'ai très bien appris le français. Mais à l'âge de 22 ans, j'ai fini mon doctorat, et je suis entré aux Nations Unies, et on a commencé à Genève. À Genève évidemment, la langue parlée dans les rues était le français. Et j'ai finalement trouvé la motivation d'apprendre le français.
Bernard Pivot
C'est beaucoup de courage de votre part, parce que vous vous retrouvez à Genève, à l'ONU effectivement l'anglais suffit, il y a pas besoin d'y ajouter le français, et là vous l'avez fait et alors pour quelle raison ?
Shashi Tharoor
Le vrai courage quand un étranger apprend le français est le courage de parler la langue. Parce qu'on est toujours, toujours averti pas des gens de bonnes intentions qui vous disent, regardez bien, les Français n'aiment pas si vous massacrez leur langue… Il vaut mieux parler en anglais que de parler un mauvais français, parce que les Français n'aiment pas, ils vont rire, ils vont être critiques, etc.… Et je connaissais beaucoup de gens qui écrivaient et lisaient le français, mais qui n'osaient jamais parler le français devant les Français pour (1) peur d'être…
Bernard Pivot
C'est incroyable ça !
Shashi Tharoor
Oui c'est vrai, mais, on savait déjà que les Français sont très fiers de leur langue. Mon père me racontait une histoire, c'était 1948 (1), il était allé à Paris pour la première fois, et de Londres ça veut dire, il était à Londres, il est allé à Paris en tant que touriste. Et quand il demandait les directions en anglais, il a toujours eu une réaction très négative et même malpolie et finalement il a deviné quoi faire, il s'est arrêté au milieu du trottoir et il a posé des questions en malayalam, il a utilisé beaucoup de gestes, il a mentionné le nom de l'endroit, et il a parlé malayalam. Et là les Français étaient apparemment très très polis, très gentils, ils ont essayé d'expliquer avec beaucoup de gestes de leur part, où aller, quand aller, etc.… Parce que, il m'a expliqué, si nous, les Indiens, ont pris (2) le soin d'apprendre une langue étrangère, pourquoi pas leur, pourquoi pas la leur ?
Bernard Pivot
Ça, ça vous paraît ridicule, ou au contraire, non ?
Shashi Tharoor
Je pense que c'est intéressant… D'abord, ça montre que les Français sont un peuple, ils sont très fiers de leur langue, ce qui est une bonne chose, parce que nous qui venons des pays colonisés ont (2) toujours le sentiment que parfois on n'est pas suffisamment fiers de ce qui est le nôtre. La France en exportant sa langue a fait quelque chose pour maintenir la diversité dans ce monde qui est parfois en danger d'être globalisé, même si vous voulez, l'imagination humaine est en train, dans un certain degré d'être globalisée avec Microsoft, et Mickey Mouse et Disneyworld, et tout cela…
(1) Shashi Tharoor fait de petites erreurs sur les prépositions et sur les verbes. Les formes grammaticalement correctes sont : « je pensais faire quelque chose » ; « ... qui n'osaient pas parler le français devant des Français par peur d'être... » ; « c'était en 1948 » ; « si nous les Indiens avons pris le soin » ; « nous, qui venons des pays colonisés, avons toujours le sentiment ».




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