Slovaquie
Plusieurs témoignages nous sont arrivés du Lycée
bilingue Metodova de Bratislava par l’entremise de Aurelie Mathien,
lectrice dans cet établissement. Nous publions celui de Dominika
Prochacova.
Les impressions sur l’entrée dans l’UE sont partagées
et peuvent se diviser entre la jeune et la vieille génération.
La majorité des jeunes est pleine d’optimisme, de joie et d’exaltation.
N’attendez pas ça de la génération de nos aînés!
Mais qu’est-ce qui les tourmente? L’impression que tout cela
est inutile, la peur d’une Europe à deux vitesses, le désaccord
avec la politique, “la fuite des cerveaux”, la crainte des conséquences
de l’ouverture du marché, les nouvelles normes de fabrication
plus rigoureuses. Il y des raisons d’avoir peur, ne pensez-vous pas?
Parlons maintenant de la motivation de la jeune génération.
De quoi peut-elle se réjouir? Voyager dans un espace réduit
et limité, cela fait partie du passé. Et depuis le premier
mai nos déplacements en Europe se font librement. Vous n’avez
pas de travail? L’arrivée massive d’investisseurs étrangers
va vous en garantir un. Vous voulez aller à l’étranger?
Vous ne devez plus attendre, régler les visas. Et étudier à l’étranger,
chic alors!
En même temps grâce à l’entrée dans l’Union,
nous allons pouvoir crier:”Eh, oh, coucou l’Europe, on est là!
Aux pieds des Tatras!” Ainsi on va pouvoir vous présenter, vous
montrer notre nation. Et c’est nécessaire car beaucoup de sondages
affirment que la moitié des habitants de l’UE ne sait même
pas que la Tchécoslovaquie n’existe plus, et dans le pire des
cas que la Slovaquie se trouve en Europe.
L’Union Européenne est une chance! Une chance pour nous d’être
mieux connus en Europe et de mieux connaître les autres Européens.
Et pour cela nous n’avons pas peur, nous prendrons cette chance!
Témoignages des étudiants de 1ère, 2ème et 4ème
année de l’Université Constantin le Philosophe de Nitra,
Slovaquie. Recueillis et mis en forme par Leila Meguenai, Lectrice de français.
«
L’isolement est la pire des choses qui pourrait arriver en Slovaquie.
Sans cette adhésion, le pays serait incapable de s’autogérer. » (Martin)
«
Nous appartenons au cœur de l’Europe qui formera les dernières
pièces du puzzle. Ce besoin d’exister dans ce grand bloc européen
nous est fondamental. Je ne veux surtout pas que la Slovaquie soit jugée
sur son passé ou ses origines, ni qu’elle reste à la
queue de l’Europe, je demande une réelle considération
de la part de tous les Européens. Aussi, ma crainte repose sur les
relations qui existeront avec les grands pays européens de l’Ouest,
la situation me semble fortement déséquilibrée.» (Adriana)
«
…des possibilités de trouver un travail plus gratifiant et plus
valorisant nous seront offertes » (Juray) ; « Étudier,
voyager, travailler avec les mêmes droits que nos concitoyens européens
est une réelle chance pour nous.» (Martin)
L’adhésion contribuera au dynamisme de l’emploi et à la
baisse du chômage en Slovaquie grâce à l’installation
de certaines sociétés étrangères comme les entreprises
automobiles.
Aux dires de certains, la Slovaquie va en revanche, devenir « le centre
des entreprises et des employeurs à bas salaires » puisque les
salaires vont, dans un premier temps, rester stables puis augmenter très
doucement, ce qui leur paraît injuste vis à vis des autres pays
européens. Surtout que l’implantation de ces usines va augmenter
la pollution de l’air pur du pays.
D’autre part, la crainte de la forte concurrence des importateurs étrangers
sur le marché slovaque est omniprésente dans leurs esprits
: « Cela me semble très injuste vis à vis des producteurs
slovaques qui vont subir de fortes mutations, la concurrence va être
rude même si au fond de moi, je savais que cela se passerait ainsi
! (Zuzana). En résumé, les problèmes sociaux du pays
vont s’amplifier, les prix vont augmenter et les salaires vont rester
relativement inchangés.
Mais d’après Martin, « la hausse des prix creusera à long
terme, l’écart entre les riches et les pauvres. J’ai la
crainte de voir notre système économique déjà faible,
fléchir à cause de la forte pression des lois strictes du marché de
l’UE. L’immigration aussi me fait peur notamment celle des populations
Rom et Gitane, déjà bien installée en Slovaquie, qui
risquent d’augmenter et qui voudront trouver asile ailleurs en Europe. »
Bien sûr, Zuzana et ses camarades souhaitent que la Slovaquie s’intègre
dans l’UE « mais cela n’est possible que si les principes
de respect, de tolérance et d’ouverture sont partagés
par tous les membres de l’Union. »
Zuzana assure que « La Slovaquie a des richesses qu’elle peut
partager avec l’Europe comme sa diversité culturelle, son savoir-faire
dans l’agriculture et l’enseignement… il est donc important
que des cultures européennes très différentes se rencontrent
et fassent connaissance. »
Pour toutes ces raisons, la majorité des étudiants n’est
pas aujourd’hui convaincue que leur pays soit réellement prêt à entrer
dans l’UE, ils se demandent encore ce que cela va changer dans leur
vie. Mais les jeunes slovaques n’oublient pas que leur adhésion
permettra de donner une meilleure vie à leurs enfants, les futures
générations.

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