Pologne
Hanna Pasterny
25 ans, assistante parlementaire.
L’entrée de la Pologne dans l’Union européenne
entraine de nombreuses transformations. Il n’est pas étonnant,
alors, que beaucoup de Polonais aient peur.
D’abord, ils craignent l’augmentation des prix. Si nous
comparons la Pologne à un des pays de l’Europe de l’Ouest,
nous voyons qu’elle est pauvre. Les Polonais ont donc peur qu’après
l’adhésion leur situation devienne pire; les prix s’éleveront,
mais les salaires resteront sans changements. Quand les journalistes
avaient dit que le prix du sucre serait fixé par Bruxelles,
tout le monde a commencé à faire des provisions. Par
conséquent, chaque jour le prix du sucre augmente.
Ensuite, il y a des gens pour qui l’entrée dans l’Union
européenne équivaut à la perte de l’indépendance.
Comme pendant 123 ans la Pologne – divisée entre la Russie,
l’Autriche et la Prusse – n’existait pas sur la carte,
ses citoyens sont très sensibles sur ce point. Certains parmi
eux ont donc l’impression que devenir membre de l’Union
européenne signifie devenir son esclave.
Enfin, la concurrence grandira. Comme le marché sera ouvert,
de nombreuses entreprises pourront investir en Pologne. Certaines sociétés
ont donc peur de perdre leurs clients et ne se sentent pas assez fortes
pour faire face à cette concurrence.
Néanmoins, les Polonais savent que l’adhésion peut
les aider.
Premièrement, le niveau de vie s’élevera. Grâce
aux programmes européens, la Pologne obtient de l’aide
dans la protection de l’environnement, la communication, le transport
et la modernisation des écoles. Après l’adhésion,
cette aide financière sera encore plus grande.
Deuxièmement, c’est la dernière chance pour de
nombreuses entreprises qui ont des problèmes financiers. L’aide
des partenaires étrangers peut sauver ces sociétés
qui, seules, feraient banqueroute.
Troisièmement enfin, la circulation sera libre. Les échanges
entre les écoles permettront aux jeunes non seulement de gagner
beaucoup d’expérience, mais aussi de devenir plus ouverts
et tolérants.
Quant à moi, je pense que même si l’entrée
dans l’Union européenne ne sera pas facile, c’est
une bonne voie pour la Pologne. Comme je suis aveugle, j’espère
que la situation des personnes handicapées s’améliorera
aussi. Je crois que la concurrence européenne forcera enfin
l’école des chiens-guides de mon pays à élever
les standards et les distributeurs de matériel adapté à baisser
les prix lesquels, comparés à la France, sont souvent
beaucoup plus élevés. J’espère aussi que
les handicapés qui veulent étudier ne devront plus lutter
contre tant d’obstacles.
Alina Sikora-Dywan, enseignante de français, 49 ans,
J’espère que notre vie va changer a partir du premier
mai.
L’entrée dans l’Union Européenne va améliorer
notre économie. De nombreux débouchés seront ouverts.
Cela permettra de diminuer le chômage en Pologne et l'Europe
obtiendra des jeunes gens créatifs.
D’après moi la chose la plus importante est d’améliorer
le niveau d’éducation. L’Europe peut nous y aider.
Par ailleurs, la concurrence fera son apparition pour les monopolistes
du pays : les télécommunications, la poste, l'énergie.
Grâce a l’Union nous pourrons vivre dans des conditions
plus stables. La qualité des services sera meilleure. Mais je
voudrais que les problèmes humains soient les plus importants,
que les pays les plus riches aident les moins riches, que les particularités
régionales soient préservées. Je regrette que
l’Europe économique passe avant l’Europe culturelle.
Nous sommes inquiets de notre l'identité et de notre culture
nationale. Que vont devenir nos traditions, quand les cultures des
nations vont se mélanger ? La fin des frontières peut
provoquer la disparition des chemins internationaux des marchands,
augmenter la délinquance (la contrebande). La domination du
marché par les grandes corporations peut provoquer la chute
de nos petites entreprises et des médias polonais.
Nous craignons de perdre une partie essentielle de notre souveraineté nationale – le
droit et les institutions de l’Union deviendront les plus importants – et
avons peur que nos salaires peu élevés soient insuffisants
pour payer les frais de vie quotidienne.
Les réactions contrastées des Polonais (extraits),
propos recueillis par Dorota Sansault :
Agriculteur, 53 ans « Les procédures de l’Union
sont faites de manière à achever les petits agriculteurs.
Nous ne verrons pas la couleur des aides promises à l’agriculture ».
É tudiante en lettres, 21 ans
« L’Europe sans frontières
serait plus accessible si nous connaissions les langues de l’Europe
mais il ne faut pas rêver. Dans les écoles polonaises
qui se trouvent dans les petites localités il n’y a pas
de professeurs de langues. Quant à nous, nous n’avons
pas d’argent pour se payer des cours privés ».
Chef d’une petite entreprise, 32 ans
« La corruption, les
pots-de-vin et les malversations tous azimuts pratiqués en Pologne
m’écœurent de plus en plus. J’espère
que l’entrée dans l’Union va freiner tout ça.
Une meilleure transparence sera peut-être exigée, il y
aura des nouvelles lois copiées sur les lois des pays occidentaux
? »
Chômeur, 47 ans, ancien cadre technique
« Je pense que
les changements se sont faits trop rapidement. A peine sorti du communisme
nous avons vécu des années de bouleversements et nous
n’avons pas eu le temps de nous créer une vraie, nouvelle
identité. Et là, voilà on nous impose l’Union
avec ses normes et ses programmes « tout faits » - très
peu prennent en compte nos valeurs nationales et notre réalité ».
Retraitée, 86 ans « Qu’est-ce que je peux dire ?
J’ai survécu à la Deuxième Guerre Mondiale,
au communisme et à tous ces changements de ces dernières
années. Je pense que l’entrée dans l’Union
ne changera rien dans ma vie. Ce qui ne me plaît pas, par contre
c’est qu’apparemment ils se moquent de notre Pape… »
.

|