Antonia
Miklikova
Antonia
Miklikova est comédienne et metteur en scène.
En Slovaquie, elle a eu une carrière impressionnante. Au cinéma,
au théâtre, à la télévision, partout…Installée
en France aujourd’hui, les projets fourmillent autour d’elle.
Pour elle, l’arrivée de la Slovaquie dans l’UE, est une
chance et « même une ouverture indispensable » pour son
pays d’origine.
Antonia Miklikova ne voulait « pas mourir idiote ».
Comédienne connue, reconnue, peut-être même star en Slovaquie,
(« Non, non, je n’ai pas une si grande notoriété »),
elle décide de tout recommencer. « Je me sentais frustrée
en tant que comédienne, je voulais réfléchir».
Enfant gâtée du cinéma slovaque, sa carrière commence
alors qu’elle n’a que 16 ans. Elle enchaîne les films et
les pièces de théâtre. « Toujours dans des premiers
rôles, j’ai eu beaucoup de chance ». Mais à 26 ou
27 ans - elle ne se souvient plus exactement - ses regards se tournent vers
l’Europe de l’Ouest, et plus précisément vers la
France. « Je ne sais pas ce qui m’a pris. Je ne parlais pas un
mot de français ». Arrivée pour deux semaines à Blois,
elle a du mal à suivre les cours de cirque. « Je ne comprenais
rien ». Un comédien slovaque, qui suit le même stage,
lui conseille de repartir. « Cet ami, m’a tout simplement dit
que je n’étais pas douée. Je me suis accrochée
et aujourd’hui je parle mieux français que lui ».
Pour la suite, l’itinéraire est classique. Celui d’une étrangère à Paris.
Cours de français à la Sorbonne, petits boulots, Antonia ne
sait pas encore où elle va. « A ce moment-là, je ne jouais
plus. J’avais quitté le théâtre où j’étais
employée en Slovaquie. J’avais pris un congés sans soldes.
C’était un peu dur». Elle devient chargée de mission
pour l’Unesco. Mais la télé française lui fait
les yeux doux. Elle obtient le rôle-titre du téléfilm « Pour
l’amour d’Elena » en 1997. Et puis tout va très
vite, le théâtre revient dans sa vie. D’abord, par le
biais de la traduction. « Le dîner de cons » de Jacques
Veber, puis « Le souper » de Jean-Claude Brisville. Les pièces
s’enchaînent au Théâtre Molière à Paris.
Elle touche également à la mise en scène. En 2001, Brisville
lui écrira même une pièce « L’étrangère »,
qu’elle jouera pendant deux ans. L’histoire d’une jeune
actrice slovaque qui évoque son amitié avec un écrivain
français. Un rôle qui lui ressemble. Elle, à qui, aujourd’hui,
on propose souvent les personnages venus d’ailleurs. « Le problème
de l’accent » Elle le dit sans gravité. Avec le sourire
des gens qui comprennent trop bien les choses. « C’est vrai que
certains rôles commencent à me manquer. En Slovaquie, j’avais
un répertoire plus large. Je jouais Marivaux, Dumas ou Tchekov ».
Songe-t-elle à regagner le pays ? « Non, je ne crois pas. Ce
qui me manque, c’est de parler ma langue. Alors, j’appelle mes
copines là-bas. Mais ici, je fais de la mise en scène, je joue.
Et puis, je suis responsable artistique d’une association qui s’occupe
de faire découvrir les artistes, les intellectuels qui viennent de
l’Est ». L’Est justement et l’arrivée des
dix nouveaux entrants. « C’est important. Les paysans, les commerçants,
les intellectuels, tout le monde veut y aller. Ils pensent que les lois vont être
bonnes. Et puis, il ne faut pas s’en cacher, ils attendent de l’argent ».
L’idée d’une citoyenneté européenne lui
plaît aussi. Elle qui possède les nationalités française
et slovaque. « Il le fallait. Quand j’ai obtenu ma nationalité française,
j’ai pleuré. J’étais tellement fière ».
Brisville dit qu’elle est étrangère à Paris et
Parisienne en Slovaquie. Elle se reconnaît bien dans ce portrait-là.
Marian Naguszewski.
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