Peter Zupnik

Peter Zupník n’est ni totalement tchèque, ni absolument slovaque, il est avant tout photographe, et européen.

Né à Levoca, en Tchécoslovaquie d’alors (aujourd’hui en Slovaquie), il étudie la photographie appliquée à Kosice puis suit des études de photographie artistique à l’académie des beaux-arts de Prague. Jusqu’en 94, il y poursuit son travail puis s’installe avec sa famille en région parisienne en 1995 comme photographe indépendant. Son œuvre, extrêmement riche, réjouit par sa diversité, à la frontière de l’instantané et de l’onirisme, et interroge l’idée de mémoire visuelle, de correspondance. Rencontré au Centre Tchèque de Paris, qui lui a consacré en 2003 une superbe exposition constituée de diptyques nocturnes praguois, Zupnik développe une vision sereine et stimulante de l’entrée dans l’Union Européenne des deux pays auxquels il appartient.

Né d’un père ukrainien et d’une mère tchèque, Zupnik a grandi dans un village de l’est de la Tchécoslovaquie et n’a jamais pensé en termes de séparations. Il a vécu dans les récits de son père les drames de l’Union Soviétique, ces histoires de fuites et d ‘exils pour échapper à la déportation ou à la mort face au fascisme puis aux armées soviétiques. L’entrée dans l’Union Européenne est avant tout une bonne chose pour son père, après 40 ans de « régime stupide », une forme de reconnaissance.

Pour sa part, Zupnik est déjà européen et appartient à une sphère culturelle qui est avant tout tchécoslovaque. Il parle les deux langues, aime tout autant Prague que la région où il est né ; il a été éduqué dans cette identité commune. Zupnik admet cependant que les choses sont vraisemblablement différentes pour les générations suivantes : celles-ci se sentent sans doute davantage slovaques ou tchèques. Toutefois la différence essentielle, selon lui, n’est pas entre pays mais entre mentalités. Les gens isolés, dans les petits villages, ont la même méfiance qu’ils soient en Slovaquie ou en France. Ce qui l’inquiète davantage, dans ces pays qui s’ouvrent rapidement, c’est une montée des radicalismes, des prises de position violentes et obtuses qui vont à l’encontre de l’esprit d’ouverture et de partage qui devrait être celui d’après la chute du mur. Car les changements importants sont ceux de 1989. C’est à ce moment que les frontières sont réellement tombées, que la circulation des artistes a vraiment commencé. L’entrée dans l’Union n’est alors que l’étape successive d’un cycle déjà largement entamé.

La force de la « révolution de velours » tchécoslovaque, puis de la séparation, est d’avoir misé sans relâche sur le dialogue, la réflexion, la non-agression. C’est selon Zupnik l’une des caractéristiques principales de ces deux peuples qui n’en faisaient qu’un : cette capacité à penser les changements plutôt qu’à s’affronter.
Lorsque, avant de partir, nous demandons à Zupnik ce qui, en somme, définirait le mieux les Tchèques et les Slovaques, il n’hésite pas longtemps. La grande qualité de ces peuples, nous dit-il, c’est la valeur des mots et l’importance des promesses : quand quelqu’un dit quelque chose, c’est vrai. Cette qualité rare ne sera sans doute pas inutile à l’Europe élargie.

Peter Zupnick prépare en ce moment une grande exposition qui débutera à Prague en juin. Plus d’informations sur le site de Art11 : http://www.art11.com/artistes/asuivre/artistes/Z/zupnik/

Christophe Musitelli.