Ene Rämmeld
Ene
Rammeld est une Française d’Estonie.
Arrivée dans
l’hexagone en 1981, elle fuyait alors le pouvoir communiste en
Estonie. Depuis, elle se bat pour faire connaître la culture
de son pays d’origine. L’adhésion de l’Estonie à l’Union
européenne est pour elle un bon moyen d’y arriver.
Ene Rammeld est un yo-yo. C’est elle qui le dit. « Depuis l’indépendance
de l’Estonie, je fais des allers-retours incessants entre mon pays
d’origine et Paris ». L’entrée de l’Estonie
dans l’Union européenne la rend doucement heureuse. « J’aurais
préféré que cela arrive plus tôt mais on ne va
pas se plaindre. C’est une bonne chose. Il faut sortir de nos forêts.
Même si les forêts sont jolies, on ne peut plus y rester » .
Elle sait que les Estoniens ont peur. Peur d’une nouvelle union. Peur
d’un retour aux républiques soviétiques où son
pays n’avait pas droit de cité.
Ene Rammeld est aujourd’hui française. Elle a obtenu sa naturalisation
en 1994. « J’aime la France. Je me sens citoyenne de ce pays.
Il y a ici une richesse et surtout une vraie curiosité pour les autres
peuples ». Elle n’oublie pas l’Estonie pour autant. Elle
l’a pourtant fuie en catastrophe il y a plus de 20 ans. Partie avec
son fils et quelques bagages sous le bras, elle arrive à Paris. Elle
ne parle pas un mot de français, n’a pas un sou en poche et
ne connaît personne ou presque.
En Estonie, elle était comédienne. Une star même. « J’ai
fait deux films cultes. Tous les gens dans les rues de Tallinn me reconnaissaient. » Les
films en question s’intitulent « Loup-garou » et « Hors-la-loi ».
Ce dernier lui vaut l’opprobre communiste. « A partir de ce moment-là,
j’ai été black-listée. » Le long-métrage
sort en 1973. Il retrace le parcours de quatre personnages dans l’Estonie
d’avant le communisme. On l’accuse d’attaquer le régime. « Ces
critiques, c’était n’importe quoi. On disait aussi que
j’étais obscène. Dans le film, je me fais violer, on
voit un bout de genou, c’est tout. Alors, l’obscénité… » .
Le réalisateur, accessoirement mari et père de son fils, quitte
le pays. Il rejoint la France. Pendant 8 ans, il tentera de faire venir Ene. « En
1981, sur ordre de Brejnev, j’ai enfin pu partir ». Après
la galère des premières années, débute la période
française. Ariane Mnouchkine l’héberge six mois dans
son appartement parisien. « A Paris, j’ai voulu être libre,
mais chez Ariane, ce n’était pas possible ». Elle part,
divorce et tente de suivre sa propre voie. « J’ai toujours voulu être
une femme indépendante. »
Aujourd’hui, après avoir vécu dans 34 appartements (« j’ai
fait le compte »), elle s’est installée dans le 13e arrondissement
de Paris. Un petit logement où elle reçoit « toute l’Estonie ». « Ici,
c’est un comme un centre culturel. Les gens passent, restent un peu,
partent ». Sur les murs, les souvenirs sont partout. Les parents, les
amants, les amis. Tous sur des photos jaunies. Plus récent, le portrait
de son fils, Tarah Montbeliatz. Avec lui, elle porte la bonne parole estonienne
en France. En 2002, il traduit en français Chemin terrestre, recueil
du poète estonien Karl Ristikivi. L’ouvrage paraît aux éditions
La Guillotine de manière un peu confidentielle. « C’est
vrai qu’on n’en a pas beaucoup vendu. Mais c’est un premier
pas ». Partout dans le monde, elle donne des lectures de Ristikivi.
Et l’entrée de l’Estonie dans l’UE est pour elle
un espoir. « J’aimerais qu’on connaisse mieux les artistes
estoniens. Je pense que l’UE nous donnera cette occasion formidable ».
Les difficultés économiques, les préoccupations migratoires
ne l’inquiètent pas. « Il n’y aura pas de problèmes
de culture. On mange du chou et des saucisses comme les Allemands. Et comme
beaucoup d’autres en Europe ». L’intégration ou
la preuve par l’aliment.
Marian Naguszewski.
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