La
Slovénie dans l’Union, une intégration réussie
par
Urska GRAHEK
Après un diplôme de sociologie obtenu à l’Université de
Ljubljana, Urska Grahek se lance à 24 ans dans le métier
de journaliste. Un an plus tard, en 1995, elle intègre la Télévision
Nationale Slovène. En 2000, c’est le virage professionnel.
Elle intègre le prestigieux Collège d’Europe à Bruges
qui lui permet de travailler depuis 2002 au Bureau des Affaires Européennes.
Ma génération a vécu le changement. Celui que les générations
précédentes auraient voulu vivre. Après la proclamation
d’indépendance de la République en 1991, nous nous sommes
débarrassées de la tutelle yougoslave et du système
communiste tellement vite, que nous avons presque oublié alors avec
quelle fierté nous chantons au Maréchal Tito « comme
il est bon d’être jeune dans notre patrie Yougoslavie. »
Je me souviens de 1988. J’étais en 1ère année à la
Faculté de Sociologie, de Journalisme et de Sciences politiques. Le
marxisme faisait toujours partie de nos matières principales et la
constitution yougoslave était considérée alors comme
moderne et démocratique. En 1989, tout a changé. Les premiers
partis d’opposition sont nés et le programme d’enseignement
universitaire a profondément changé. Le nom de notre université aussi
: elle est devenue Faculté des Sciences sociales. Le marxisme a disparu
du programme et la nouvelle constitution slovène, proclamée
en décembre 1991, s’est tournée vers la démocratie.
En quelques années, ma génération a été témoin
des revendications pour l’indépendance, du changement du système
communiste en démocratie, et de la transformation de l’économie étatisée
en économie de marché.
La Slovénie a connu aussi un développement économique
rapide. Le produit national brut était de 2 fois et demi supérieur à la
moyenne yougoslave, ce qui a renforcé chez nous un sentiment de fierté national,
qui s’exprimait par la recherche de nouveaux partenaires. En quête
d’une reconnaissance internationale, l’Europe communautaire a été vite
prise comme un exemple, voire un modèle. De plus, l’Europe était
porteuse de valeurs comme la stabilité, la sécurité et
la prospérité, ce qui a rassuré notre peuple de 2 millions
d’habitants.
L’Union européenne a, en plus, une mission
de stimulation à remplir. L’Europe intégrée semble
un grand objectif, un nouvel espoir. Pour nous les jeunes, l’ouverture
vers l’Ouest est devenue un nouvel horizon avec de nouvelles opportunités
pour voyager plus facilement, pour pouvoir poursuivre nos études ou évoluer
dans notre carrière. Personnellement j’ai été tellement
saisie par l’esprit communautaire des pères fondateurs de la
Communauté, que j’ai décidé de faire mes études
post-universitaires au Collège d’Europe. Les affaires européennes
m’ont ouvertes d’autres possibilités: pouvoir faire un
stage au sein de la Commission européenne, et par la suite pouvoir
participer à l’intégration de mon pays dans l’Union.
Au début de notre processus d’intégration, nous avions
une grande attente de l’Europe. Après février 1999 quand
l’accord d’association avec l’Union européenne est
entrée en vigueur, nous avons voulu à tout prix réussir
notre intégration. C’est avec fierté que nous avons considéré les
appréciations flatteuses de Bruxelles dans les rapports d’évaluation,
qui disaient que la Slovénie a le mieux réussi sa transition,
que c’est le pays le mieux préparé parmi tous les candidats,
que c’est un élève modèle, etc... Mais au fond,
notre intérêt était plus pragmatique.
Nous avons vite
compris que c’était une chance d’entrer dans l’Union
européenne dans les meilleures conditions. Nous avons mis les bouchés
doubles pour fonctionner comme un pays moderne et démocratique, avec
un marché économique stable, comme les pays de l’Union
le plus développés. L’intégration du corpus législatif
européen (80 000 pages) supposait l’abandon complet des pratiques
précédentes, ce qui représente véritablement
un pas vers la démocratie.
C’est plutôt à la fin
de la négociation pour l’adhésion, que la Slovénie
s’est découverte des tendances un peu eurosceptiques en regardant
bien dans son portefeuille. Elle a longtemps compté sur une aide européenne équivalente à 3%
de son PNB, et finalement elle ne se voit désormais proposer que 1.2
%. Avec un revenu par habitant équivalent à 70 % de la moyenne
européenne, la Slovénie ne génère pas vraiment
la compassion à Bruxelles et pourrait même se retrouver contributeur
net du budget européen, seulement quelques années après
son adhésion.
Mais, finalement la décision d’adhérer à l’Union
européenne n’a pas vraiment fait de polémiques, les Slovènes
ont voté OUI à 89 % au référendum. Cce qui est
même plus qu’au moment du plébiscite où 88 % des
Slovènes se sont prononcés en faveur de l’indépendance
de la Slovénie.
Les Slovènes ont le sentiment depuis longtemps qu’ils appartiennent à l'Europe
géographiquement, économiquement, culturellement et socialement.
Dorénavant nous entrons dans une période active, celle de la
Grande Europe unifiée dans laquelle nous devons être capables
de co-décider de la politique commune.
Voilà, comment mon petit pays a délibérément
décidé de rejoindre une communauté supranationale et
de devenir un facteur de stabilité dans les Balkans, un intermédiaire
neutre, un exemple pour renforcer la stabilité dans la région
en mettant à leur service tout notre savoir-faire au niveau de l’acquis
communautaire et toute notre coopération.
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