Les
Slovaques entre espoir et désillusion
par
Katarina Rysova
Katarina RYSOVA est une jeune journaliste de 25 ans. Diplômé en
2002 de l’Université de Philosophie romane de Bratislava, Katarina
travaille depuis pour l’Agence France-Presse (AFP). Elle est la seule
correspondante de l’AFP pour la Slovaquie.
Il y a plusieurs années que la Slovaquie, petit pays au coeur de l'Europe
avec 5,4 millions d'habitants, rêve de pouvoir entrer dans l'Union
européenne . Mail elle a dû parcourir un très long chemin,
plus long et plus amer que ses voisins les plus proches - la Hongrie, la
Pologne et la République tchèque.
La Slovaquie a été exclue au milieu des années 90 des
premières négociations d’entrée. Sous la houlette
de l'ancien Premier ministre autoritaire mais sans doute très charismatique,
Vladimir Meciar, qui a gouverné la Slovaquie presque sans interruption
de 1992 à 1998, les pays étrangers ne voulait pas entendre
parler d’une éventuelle intégration de la Slovaquie dans
l'Union européenne.
Cette mise à l'écart a sans doute eu des raisons, mais elle
a été prise comme une punition par les citoyens slovaques.
On a reproché au gouvernement de Vladimir Meciar son manque de démocratie,
sa violation de l'Etat de droit. Un exemple : une « nuit des longs
couteaux » a eu lieu au Parlement slovaque en 1994, pendant laquelle
Vladimir Meciar et ses collaborateurs ont privé les députés
de l’opposition de toute leur influence sur les décisions politiques
en les excluant des commissions parlementaires ainsi que des autres institutions
de l’Etat.
Un point clair dans le passé noir: les élections législatives
en septembre 1998 ont apporté un grand soulagement non seulement pour
les représentants étrangers mais également pour le peuple
slovaque. Malgré sa victoire, Meciar n'a pas été capable
de former une nouvelle coalition gouvernementale à cause de son isolement
sur la scène politique slovaque.
Après septembre 1998, le nouveau gouvernement du Premier ministre
Mikulas Dzurinda a tout fait pour rattraper le temps perdu: la Slovaquie
a alors été l’un des premiers pays parmi les dix entrants à clôturer
le chapitre des négociations.
Surpris par le changement rapide en Slovaquie et la vitesse avec laquelle
ce petit pays a été capable de remplir les conditions exigeantes
de l'UE, les représentants de l’Union n'ont pas tari d’éloges.
"
La Slovaquie est le meilleur élève parmi les dix nouveaux et
il faut dire entre nous que nous étions très exigeants",
déclarait en avril 2004, le président du Sénat en France,
Christian Poncelet, au cours de sa visite dans la belle capitale slovaque.
Pour ne pas être qu'un parent pauvre des Quinze, le nouveau gouvernement
de centre-droit, formé après les législatives de l’automne
2002, a mis en place toute une série de réformes économiques
et sociales radicales.
Celles-ci, allant de l'impôt uniforme à la santé et aux
retraites, ont sans doute été mal reçues par l’ensemble
de la société slovaque dont le niveau de la vie ne s'est pas
du tout amélioré ces dernières années.
Mais, puisque ces réformes sont plus que nécessaires pour que
la Slovaquie puisse se sentir membre à part entière de l'Union,
le peuple slovaque les a acceptées, et est prêt aujourd’hui à les
supporter. Aucun peuple des pays voisins n'a été obligé de
supporter une telle pression, non seulement de la part de l'Union européenne
mais également de la part de son gouvernement.
Et aujourd’hui, alors que les Slovaques, épuisés par
les importants changements de la société depuis la chute du
communisme en 1989, pourraient être satisfaits de pouvoir finalement
rejoindre le club des riches, l'Union européenne manifeste sa crainte
et essaie entre autres de limiter la libre circulation des personnes sur
son marché du travail.
On fait bien sûr des efforts pour comprendre les raisons des Quinze,
qui ont également un problème de taux de chômage croissant,
mais cela n’empêche pas une certaine désillusion et le
sentiment que les Slovaques resteront toujours des citoyens de second rang
dans l’Union européenne.
Le politologue slovaque Michal Vasecka explique: "La migration réelle
au sein de la population slovaque sera très réduite, il n'y
a pas beaucoup de personnes qui envisagent réellement de quitter la
Slovaquie pour aller travailler à l'étranger".
Bien sûr, pas mal de jeunes Slovaques réfléchissent à un éventuel
départ à l’étranger pour faire leurs études,
apprendre la langue, accumuler des expériences et gagner un peu d'argent.
Cependant, bon nombre d'entre eux veulent revenir après une certaine
période dans leur pays natal.
De plus, la Slovaquie, dont le chômage atteint entre 15 et 16%, a réussi à créer
l'année dernière environ 80.000 nouveaux emplois.
Plusieurs grands investisseurs étrangers - les constructeurs automobiles
français PSA Peugeot Citroën et sud-coréen Hyundai/Kia,
la société suisse Sky Media Manufacturing (des CD-roms), la
multinationale coréenne Samsung Electronics Co (des produits ménagers)
ou le groupe sidérurgique européen Arcelor - ont décidé de
venir s'installer en Slovaquie.
Avec l'usine du constructeur automobile allemand Volkswagen à Bratislava,
la Slovaquie devra produire à partir de 2007 entre 800 et 900.000
voitures par an et deviendra ainsi une puissance automobile mondiale dans
la production de voitures par tête d'habitant.
Il faut donc essayer de comprendre que les Slovaques veulent non seulement
faire partie d'une organisation aussi forte et puissante que l'Union européenne
mais qu’ils veulent en être des membres à part entière
et souhaitent contribuer activement au développement de cette organisation à laquelle
ils ont toujours souhaité appartenir.
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