Lawrence Lemaona, de la pelouse à la toile
2007 : Coupe du monde de rugby ou grandes pompes en Ovalie. Mais ce sport reste avant tout une affaire de terrain, où de jeunes espoirs, loin des médias et des enjeux économiques tentent de s'imposer par leur talent et leur volonté. C'est encore plus le cas en Afrique du Sud, où la lutte contre les préjugés raciaux est toujours d'actualité. Portrait de Lawrence Lemaona qui a trouvé les moyens de dépasser les clivages par le biais de l'art.
Entretien avec Lawrence Lemaona lors de son exposition à la banque Absa à Johannesburg
Réalisation Jean-Luc Eyguesier - Claude Vittiglio / TV5 - juillet 2007
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Entrainement de l'équipe de rugby de Soweto (1)
Entrainement de l'équipe de rugby de Soweto (2)
« Je ne veux pas me conformer à la politique actuelle de mon pays », dit Lawrence Lemaona, un bel athlète doté d’une sagesse rare pour son âge. Cet ancien rugbyman sud-africain de 25 ans, issu de Soweto, s’est heurté un jour à la politique raciale qui sévit encore aujourd’hui dans le monde du rugby. Alors même qu’il avait atteint le niveau professionnel, la porte de l’équipe nationale ne s’est jamais ouverte pour lui. Est-ce tout simplement par manque de talent ou est-ce réellement une question de couleur de peau, Lawrence penche plutôt pour la deuxième explication. « L’équipe des Spring Bocks, rajoute t-il, est censée représenter la Nation tout entière, or les joueurs sont à 90% blancs. Ce n’est pas bon pour l’image du pays. Que faisons–nous des 45 millions de Sud-Africains noirs ? Nos parents sont morts pour que nous puissions enfin exister. Dès 1995, date de la fin de l’Apartheid, nous aurions dû enfin avoir notre place en tant que peuple noir dans l’administration, le sport, la culture. Nous n’y sommes pas parvenus complètement. »
Mais Lawrence ne baisse pas les bras. Il continue à jouer pour le plaisir et s’occupe de la promotion du « Soweto Rugby Club ». Il pousse les jeunes joueurs à poursuivre ce sport malgré les difficultés. Il va encore plus loin. Cette année, pour la coupe du monde de rugby, il encadrera l’équipe de Soweto et la conduira jusqu’à Paris. « Je suis fier de leur faire découvrir le monde. Grandir dans un township ne laisse aucun espoir d’une vie meilleure. Or, il ne faut jamais tomber dans le désespoir. Je suis là pour ça ».
Effectivement, Lawrence a su rebondir. Le rugby professionnel n’a pas voulu de lui, peu importe. Il se sert aujourd’hui de son expérience sur le terrain pour exprimer ses idées et ses émotions sur une toile. Lawrence s’est reconverti à la peinture, il commence petit à petit à se faire un nom dans le milieu de l’art, encore monopolisé par les blancs. Il a choisi de s’attaquer à un mythe pour la communauté blanche. Ses tableaux représentent des joueurs de rugby habillés en rose de la tête au pied, le plus souvent chaussés de pantoufles de la même couleur. « La couleur rose représente la part de féminité qu’ont tous les hommes, nous explique Lawrence. Dans le monde du rugby, la sensibilité des hommes est gommée. Elle est assimilée à la faiblesse et pour la plupart des hommes, cela est réservé aux femmes. Il faut forcément être démesurément macho. Je joue sur cette dichotomie. »
Ces tableaux peuvent effectivement en choquer certains sans compter l’omniprésence de la religion chrétienne que Lawrence raille allègrement. « En Afrique du Sud, dit-il, le rugby, c’est une religion. Les gens se recueillent à l’église et prient pour leurs équipes. Ils vouent une admiration sans bornes aux joueurs. » Selon lui, les réactions courroucées des rugbymen ou du public en général sont de bon augure. « Si les gens sont choqués, cela peut les inciter à changer ».
Mais au-delà de cela, Lawrence joue avec ce qu’il connaît. Il fait référence à sa propre personne. Il sait ce que représente le rugby dans les familles qui vivent dans les quartiers les plus misérables de Soweto comme Kliptown, par exemple. Ce sport les porte.
« Il faut aller toujours de l’avant », c’est la devise de Lawrence.
Florence Corbalan

























