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Hygiène de l'assassin, d'Amélie Nothomb
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Edito Décor sombre d'une bibliothèque dévastée où les étagères ternies s'étirent à l'infini. Des pages de livres arrachées jonchent le sol. Un jeune journaliste s'aventure craintivement dans l'obscurité. La silhouette frêle avance à tâtons dans l'antre du célèbre écrivain qu'il espère interviewer. L'impressionnante masse de l'obèse sur son fauteuil se dessine dans la pénombre. L'écrivain Prétextat Tach, prix Nobel de littérature, se terre au fond de sa tanière. Le foulard blanc qu'il porte sur la tête découvre bientôt un visage glabre et bouffi, marbré par la maladie. Quand résonne la voix rauque et glaciale de l'homme de lettres, on devine que le prédateur ne fera qu'une bouchée de son malheureux interlocuteur. Le premier entretien où Tach évoque avec volupté et malice la répugnante épopée de sa vie organique pousse le jeune journaliste jusqu'à la nausée. Le second est l'occasion pour le mourant de distiller sa bile, de se glorifier de sa haine pour ses semblables. Misogyne et misanthrope, aucun être humain ne trouve grâce à ses yeux. Prétextat Tach est entré en littérature comme on part en guerre. Sous sa plume, les mots sont devenus des missiles, il a conçu son œuvre comme une arme de destruction massive. Quand Nina, la seconde journaliste, entre en scène pour interviewer Tach à son tour, on sent immédiatement que l'équilibre des forces a changé. Elle est déterminée, fermement campée dans ses escarpins, résolue à faire prononcer au redoutable octogénaire le titre manquant et surtout, à lui faire avouer ce qui s'est vraiment passé le 1 août 1925 … Le spectateur est tenu en haleine, horrifié par la noirceur du personnage principal interprété par un Daniel Hanssens monstrueux à souhait. On se délecte des formules venimeuses et des évocations morbides nées sous la plume fertile de la romancière belge Amélie Nothomb. On reste fasciné par les subtiles joutes oratoires jusqu'à l'insoutenable aveu final… © Frédérique Treffandier, CAVILAM
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