Des lattis de bois horizontaux et verticaux percés d'escaliers et baignés d'une lumière changeante. Une couche, une écritoire, des statuettes, maigres repères auxquels tente de se raccrocher Pilate, raisonnable Romain en plein doute. Au fil des moments de la journée et des lieux évoqués, le dispositif scénique figure tour à tour les appartements du préfet de Judée à Jérusalem, la grotte-tombeau de Yéchoua, le désert ou une terrasse ensoleillée dans le port de Césarée… Un lieu multiple, intermédiaire, incertain, mobile. L'espace mental impose sa présence et Pilate nous livre sa réflexion à travers les échanges avec son scribe Sextus. Dans des lettres à son frère dictées au scribe, Pilate nous livre ses observations et sa réflexion. De nombreuses personnes s'expriment à travers la voix grave de Jacques Weber qui interprète le rôle principal. La polyphonie des monologues est encore un symptôme du doute qui assaille Pilate. Sa raison vacille face aux événements inexplicables qui se déroulent à Jérusalem. Le corps du «magicien de Nazareth» mort sur la croix, a disparu de son tombeau. Aurait-on volé le cadavre ? Mais à quelles fins ? Et voilà bientôt que de nombreux témoins disent avoir vu Yéchoua… vivant. Les témoignages se multiplient et le mystère s'épaissit.
La pièce ne prétend livrer aucune réponse. L'auteur se défend de toute volonté d'imposer une quelconque vérité, historique ou théologique, mais nous interroge par son œuvre protéiforme. Roman adapté pour la scène, L'Évangile selon Pilate est une pièce inclassable : épistolaire, intimiste, philosophique, poétique, qui rend palpable le doute, le questionnement et nous offre un espace de méditation infini.
© Frédérique Treffandier, CAVILAM
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