Manifestation en faveur d'Andry Rajoelina avant sa prise du pouvoir (photo l'Express de Madagascar) Le fait du prince Alors qu'un fragile consensus avait été trouvé début octobre pour administrer le pays en une sorte d'union nationale, le président Andry Rajoelina l'a fait voler en éclats en faisant et défaisant successivement deux Premiers ministres. Dans un premier temps, le jeune ancien maire d'Antananarivo, devenu l'homme fort du pays à la faveur d'un coup de force, avait démis de ses fonctions de chef de gouvernement Eugène Mangazala, pourtant consensuel, avant de désigner Cécile Manorohanta, alors vice-Premier ministre, pour la démettre immédiatement et la remplacer par un militaire, le colonel Albert Camille Vital.
En attendant les prochains épisodes...
Retour en vidéo sur ces derniers soubresauts
Les principales mouvances politiques de Madagascar avaient trouvé un accord le mardi 6 octobre à Antananarivo sur les noms des dirigeants de la transition malgache à l'issue d'une réunion du groupe international de contact (GIC). Selon cet accord de principe, l'actuel homme fort de la Grande Ile, Andry Rajoelina, devait continuer à assurer la présidence de la transition. Eugène Mangalaza, de la mouvance de l'ex-président Didier Ratsiraka, devait prendre les fonctions de Premier ministre, levant ainsi le principal blocage à la mise en oeuvre des accords inter-malgaches signés à Maputo le 9 août sous la médiation de la communauté internationale.
Historien et universitaire à Toamasina (ex-Tamatave - côte est), M. Mangalaza était un partisan de longue date de l'ex-président Ratsiraka. Retour sur les accords du 6 octobre avec
la correspondance pour TV5monde de Grégoire Pourtier le 7 octobre 2009 D'une conquête à l'autre
par Pascal Priestley (mars 2009) Le crépuscule de Marc Ravalomanana aura paradoxalement été aussi piteux que son ascension - pas si lointaine - fut riche d'espérance.
De décembre 2001 à juin 2002, Madagascar avait connu la plus longue grève générale insurrectionnelle de son histoire : plus de six mois, ponctuée des défilés quasi-quotidiens de centaines de milliers de Malgaches contre un pouvoir jugé corrompu et abusif.
L'adversaire de ce temps se nommait Didier Ratsiraka, l'un des plus anciens présidents du continent, contraint finalement de se retirer dans un exil silencieux du côté de Paris.
Dans le rôle du triomphateur, un homme neuf, riche et adulé de ses partisans revendiquant la victoire à l'élection présidentielle : Marc Ravalomanana.
Jamais un dirigeant malgache n'eut alors autant d'atouts entre les mains : la légitimité proclamée du suffrage universel, le soutien des Églises, la compréhension des bailleurs de fonds et, plus que tout cela, l'enthousiasme d'une population résolue à changer d'ère, à qui le vainqueur promettait la prospérité.
C'est peu dire que la suite n'en fut pas à la hauteur.
Un affairisme quasi-revendiqué où se sont vites mêlés intérêts de l'État et ceux d'un empire privé trop florissant, un autoritarisme virant à l'autocratisme. Une réélection (2007) douteuse - mais bénie par une « communauté internationale » peu regardante – masquant mal la désaffection de l'opinion.
Une dérive accentuée lors du second mandat : folie des grandeurs couronnée par l'achat d'un Boeing présidentiel de luxe pour survoler une île exsangue ("
Air Force One Two"...), nationalisme bon marché dissimulant la braderie du pays – terres arables et sous-sols inclus - à des intérêts étrangers.
L'irruption, enfin, d'un jeune adversaire imprévu, neuf, riche et pressé en dépit des précautions prises pour rendre aphone l'opposition.
Trois mois suffisent pour la chute, cette fois sanglante, avec pour scène finale pathétique et devenue familière un président reclus derrière sa garde présidentielle dans le même palais que son prédécesseur, négociant comme lui sa fuite et la sauvegarde de sa fortune.
Au-delà du théâtral bégaiement de l'histoire, pourtant, les deux épisodes diffèrent bien plus qu'il n'y parait.
Malgré ses succès populaires, la mobilisation en faveur d'Andry Rajoelina est demeurée sans commune mesure avec celle de 2002 – plus d'un million de manifestants certains jours pour Marc Ravalomanana.
Et si beaucoup en sont venus à rejeter ce dernier, la grande majorité des Malgaches a préféré suivre ces derniers mois de chez elle ce qu'elle a considéré comme une lutte de pouvoir personnelle les concernant peu.
A l'inverse de son adversaire vaincu, le nouveau président ne peut se prévaloir d'aucune autre élection que celle de la mairie de Tananarive. Au terme d'une loi qui semble, il est vrai, peu l'embarasser, son jeune âge le rend théoriquement inéligible à cette fonction pendant encore six ans; lui-même ne prévoit pas de scrutin avant vingt-quatre mois.
Plus que des urnes ou même de la rue, Andry Rajoelina doit sa victoire d'aujourd'hui aux errements de son adversaire et à son discrédit, à sa propre habileté mais aussi et surtout en dernière analyse à l'arbitrage - sans doute un peu forcé - d'une armée peu désireuse de gouverner mais menée par un quarteron de colonels, le tout entériné par une Haute Cour Constitutionnelle particulièrement souple avec le droit.
C'est assez pour conquérir un soir le pouvoir d'un État vulnérable. Il lui faudra d'autres ressources pour gagner la confiance d'un pays épuisé et désabusé.
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