Rania Khaddow - Consultante à Damas, Syrie
Rania est une jeune femme atypique, dans un pays où il n'existe pas de femme-type, mais plutôt mille manières d'être femme. La voix est douce, presque fluette, mais les opinions sont affirmées. Rania a voyagé à l'étranger, étudié dans les meilleures universités, et beaucoup observé. La trentaine resplendissante, à la fois volontaire et généreuse, elle livre un regard tendre et réaliste sur son pays, ses blocages et ses richesses.
Vous avez un parcours international atypique pour une damascène ?
J'ai habité quatre ans à Montréal, au Canada, de 1979 à 1984. Rentrée à Damas, j'ai fait cinq ans d'études en pharmacologie, par manque de choix, en fonction de mes résultats au bac. Après mon diplôme, en 1995, j'ai passé une année à Aberdeen, en Ecosse, pour des études en agroalimentaire. J'avais l'idée que ce secteur allait se développer, et puis mes frères y avaient déjà fait un séjour et avaient beaucoup aimé. Je voulais aussi perfectionner mon anglais.
A mon retour en Syrie, je n'ai pas eu de proposition intéressante, et puis j'ai eu une offre de travail d'un bureau de consultants travaillant dans le domaine de l'agroalimentaire, la santé et l'environnement. J'ai commencé par une étude sur les limonades, et je suis resté deux ans, à travailler surtout sur l'environnement. Ensuite, pendant deux ans, j'ai fait un MBA en français à l'Ecole supérieure des Affaires allé à Beyrouth. Finalement, l'année dernière, j'ai retrouvé le bureau de Syrian Consulting Group, à un meilleur poste.
Après vos études de pharmacologie, vous avez totalement abandonné cette voie ?
Non, après mon MBA à Beyrouth, en 2001 j'ai ouvert une pharmacie à la campagne, à Jeblé. C'est une étape obligé pour devenir pharmacien, après le diplôme. J'ai racheté un fond de commerce, je n'avais pas d'employé, mais ça n'a pas marché.
Je n'avais pas choisi cette branche par vocation. En Syrie, le choix des études dépend totalement du classement à l'issu des études supérieures. A l'époque il n'existait pas d'universités privées. Elles sont apparues récemment.
Que faudrait-il changer à Damas ?
L'organisation des cursus et des vocations à l'université. Je fais partie de la Syrian Young Entrepreneurs Association (SYEA). Nous mettons sur pied un projet pour aller dans les écoles avec des professionnels de différents métiers afin d'éclairer les étudiants sur les filières existant. Il y a aussi le problème de l'emploi, même si à Damas on trouve plus facilement du travail que dans le reste du pays. Et puis les salaires sont insuffisants. Moi, je gagne environ 1000 dollars par mois, ce qui est un gros salaire, et avec ça je vie très bien. Mais je pourrai gagner beaucoup plus à l'étranger, et c'est ce que font certains de mes amis. Beaucoup de jeunes damascènes rêvent de s'expatrier, ils reprochent en outre à la ville le manque de vie culturelle, de vie nocturne. Ca ne veut pas dire qu'il ne se passe rien, mais il faut simplement se donner un peu de peine pour trouver. Souvent, ceux qui ont les moyens vont passer le week-end à Beyrouth, pour le shopping, le cinéma, les sorties… Moi je n'en raffole pas.
Est-il difficile d'être une « jeune femme moderne » à Damas ?
Le poids de la tradition est très fort à Damas, mais pourtant je m'y sens bien. Par exemple il est hors de question de vivre en concubinage, en célibataire, ou même de partager un logement avec une amie, même si vous avez fini vos études et que vous avez un travail. Ici on vit en famille ou en couple seulement, moi j'ai des parents libéraux, et j'ai vécu à l'étranger, mais je n'imagine pas déroger. La société syrienne est comme ça, les jeunes vivent chez leurs parents jusqu'à ce qu'ils soient mariés, quelle que soit leur religion ou leur communauté. Dans l'ensemble, les mariages interreligieux sont très rares. Les chrétiens sont les plus sensibles sur ce sujet, car quand l'un d'entre eux se marie avec une musulmane, il doit se convertir, et ses enfants aussi. Cela arrive parfois mais c'est rare, et ça pose des problèmes. On sent aussi la montée de l'intégrisme, dans différentes couches sociales. Il y a des cours de religion dispensés dans les quartiers, où on fait croire aux femmes que si elles ne portent pas le voile, elles iront en enfer… C'est très frustrant mais ça n'est pas ça qui me ferait quitter mon pays. Je suis bien ici, j'ai mon travail, mes occupations,
mes sorties, mes amis de toutes les religions, ma famille…
Vous avez un parcours international atypique pour une damascène ?
J'ai habité quatre ans à Montréal, au Canada, de 1979 à 1984. Rentrée à Damas, j'ai fait cinq ans d'études en pharmacologie, par manque de choix, en fonction de mes résultats au bac. Après mon diplôme, en 1995, j'ai passé une année à Aberdeen, en Ecosse, pour des études en agroalimentaire. J'avais l'idée que ce secteur allait se développer, et puis mes frères y avaient déjà fait un séjour et avaient beaucoup aimé. Je voulais aussi perfectionner mon anglais.
A mon retour en Syrie, je n'ai pas eu de proposition intéressante, et puis j'ai eu une offre de travail d'un bureau de consultants travaillant dans le domaine de l'agroalimentaire, la santé et l'environnement. J'ai commencé par une étude sur les limonades, et je suis resté deux ans, à travailler surtout sur l'environnement. Ensuite, pendant deux ans, j'ai fait un MBA en français à l'Ecole supérieure des Affaires allé à Beyrouth. Finalement, l'année dernière, j'ai retrouvé le bureau de Syrian Consulting Group, à un meilleur poste.
Après vos études de pharmacologie, vous avez totalement abandonné cette voie ?
Non, après mon MBA à Beyrouth, en 2001 j'ai ouvert une pharmacie à la campagne, à Jeblé. C'est une étape obligé pour devenir pharmacien, après le diplôme. J'ai racheté un fond de commerce, je n'avais pas d'employé, mais ça n'a pas marché.
Je n'avais pas choisi cette branche par vocation. En Syrie, le choix des études dépend totalement du classement à l'issu des études supérieures. A l'époque il n'existait pas d'universités privées. Elles sont apparues récemment.
Que faudrait-il changer à Damas ?
L'organisation des cursus et des vocations à l'université. Je fais partie de la Syrian Young Entrepreneurs Association (SYEA). Nous mettons sur pied un projet pour aller dans les écoles avec des professionnels de différents métiers afin d'éclairer les étudiants sur les filières existant. Il y a aussi le problème de l'emploi, même si à Damas on trouve plus facilement du travail que dans le reste du pays. Et puis les salaires sont insuffisants. Moi, je gagne environ 1000 dollars par mois, ce qui est un gros salaire, et avec ça je vie très bien. Mais je pourrai gagner beaucoup plus à l'étranger, et c'est ce que font certains de mes amis. Beaucoup de jeunes damascènes rêvent de s'expatrier, ils reprochent en outre à la ville le manque de vie culturelle, de vie nocturne. Ca ne veut pas dire qu'il ne se passe rien, mais il faut simplement se donner un peu de peine pour trouver. Souvent, ceux qui ont les moyens vont passer le week-end à Beyrouth, pour le shopping, le cinéma, les sorties… Moi je n'en raffole pas.
Est-il difficile d'être une « jeune femme moderne » à Damas ?
Le poids de la tradition est très fort à Damas, mais pourtant je m'y sens bien. Par exemple il est hors de question de vivre en concubinage, en célibataire, ou même de partager un logement avec une amie, même si vous avez fini vos études et que vous avez un travail. Ici on vit en famille ou en couple seulement, moi j'ai des parents libéraux, et j'ai vécu à l'étranger, mais je n'imagine pas déroger. La société syrienne est comme ça, les jeunes vivent chez leurs parents jusqu'à ce qu'ils soient mariés, quelle que soit leur religion ou leur communauté. Dans l'ensemble, les mariages interreligieux sont très rares. Les chrétiens sont les plus sensibles sur ce sujet, car quand l'un d'entre eux se marie avec une musulmane, il doit se convertir, et ses enfants aussi. Cela arrive parfois mais c'est rare, et ça pose des problèmes. On sent aussi la montée de l'intégrisme, dans différentes couches sociales. Il y a des cours de religion dispensés dans les quartiers, où on fait croire aux femmes que si elles ne portent pas le voile, elles iront en enfer… C'est très frustrant mais ça n'est pas ça qui me ferait quitter mon pays. Je suis bien ici, j'ai mon travail, mes occupations,
mes sorties, mes amis de toutes les religions, ma famille…













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