Kady Somé - Tradipraticienne, herboriste à Ouagadougou, Burkina Faso
Dans son entourage, on l'appelle respectueusement tantie Somé. Sous son apparente placidité, tantie Somé mène, comme beaucoup de Burkinabè, une double vie professionnelle trépidante.
A la ville, elle travaille comme secrétaire dans un ministère mais chez elle, dans sa maison dela Patte d'Oie, elle consacre l'essentiel de son temps libre, depuis une vingtaine d'années, à la pratique de la médecine traditionnelle. Un savoir qui repose sur des préparations à base de plantes dont elle a patiemment acquis le secret au contact d'autres tradipraticiens (contraction de praticiens traditionnels).
Comment avez-vous été initiée à la médecine traditionnelle ?
« Ma grand-mère qui avait reçu un don de guérisseuse ne m'a transmis aucune de ses connaissances. Mon père, lui, était fonctionnaire en Côte d'Ivoire et j'ai été très jeune au contact de tradipraticiens du Mali, du Niger, de Haute-Volta [l'actuel Burkina] qui séjournaient en famille pour offrir leurs services aux habitants. J'étais prête à leur rendre avec joie les services qu'ils me demandaient : l'approvisionnement, le lavage et le séchage des plantes ; la fabrication des produits restant sous leur contrôle.
A travers eux, j'ai appris à connaître les plantes. En plus je servais souvent d'interprète pour diagnostiquer les maux des patients car certains guérisseurs ne parlaient pas le dioula, le baoulé ou le français.
Comme ça, j'ai acquis la conviction que j'étais prédisposée à être détentrice de cette médecine africaine. »
De quels maux souffrent le plus fréquemment vos patients ?
« Ces maux sont nombreux. Généralement, je vois des problèmes hépatiques liés au palu, à la fièvre typhoïde, à la jaunisse. Il y a aussi du diabète, des infections urinaires, des maux de reins, des diarrhées, des problèmes de mauvaise haleine… »
Pourquoi les gens ont-ils recours à vos services ?
« Actuellement la population tend à aller vers la médecine traditionnelle parce qu'elle est devenue plus efficace. Moi je connais vraiment les principes actifs et les propriétés des plantes que je donne.
La médecine traditionnelle peut aussi combler des insuffisances de la médecine moderne. Par exemple il y a ce qu'on appelle 'koko', ce sont les hémorroïdes qui sont surtout liées à l'alimentation épicée et pimentée. Quand on traite ça avec la médecine des Blancs, on ne soigne que les manifestations externes. Ce qui est interne, les ballonnements, les constipations n'est pas soigné. Ça, nous le faisons. »
Comment se déroule une consultation ?
« La plupart des gens viennent par le bouche à oreille. Ils m'expliquent leurs problèmes. Souvent je fais le diagnostic et je donne le produit sur place. Tant que je ne suis pas là, personne n'est autorisé à donner un produit. Moi je peux expliquer et guérir moralement la personne. Si quelqu'un ne me voit pas, il n'est pas content, ça ne le soulage pas. Comme j'ai un portable, les gens m'appellent et on se donne rendez-vous.
Si le cas est compliqué, je cogite toute la nuit et le patient revient le lendemain pour que je lui donne une préparation souvent accompagnée d'un régime, d'un repos ou d'un massage. »
[…]
Pensez-vous transmettre votre savoir ?
« J'ai tout ça en tête mais j'ai créé une association de femmes 'Si-Sasa' qui signifie 'Longue vie' en langue samo. Je ne leur transmets pas tout mon savoir mais je les aide à soigner les petits enfants, car il n'y a rien de plus injuste que les maladies infantiles.
Je prends aussi des notes pour mes enfants. Nul ne reste sur terre. Pour l'instant, ils sont étudiants donc j'écris pour eux. »
A la ville, elle travaille comme secrétaire dans un ministère mais chez elle, dans sa maison de
Comment avez-vous été initiée à la médecine traditionnelle ?
« Ma grand-mère qui avait reçu un don de guérisseuse ne m'a transmis aucune de ses connaissances. Mon père, lui, était fonctionnaire en Côte d'Ivoire et j'ai été très jeune au contact de tradipraticiens du Mali, du Niger, de Haute-Volta [l'actuel Burkina] qui séjournaient en famille pour offrir leurs services aux habitants. J'étais prête à leur rendre avec joie les services qu'ils me demandaient : l'approvisionnement, le lavage et le séchage des plantes ; la fabrication des produits restant sous leur contrôle.
A travers eux, j'ai appris à connaître les plantes. En plus je servais souvent d'interprète pour diagnostiquer les maux des patients car certains guérisseurs ne parlaient pas le dioula, le baoulé ou le français.
Comme ça, j'ai acquis la conviction que j'étais prédisposée à être détentrice de cette médecine africaine. »
De quels maux souffrent le plus fréquemment vos patients ?
« Ces maux sont nombreux. Généralement, je vois des problèmes hépatiques liés au palu, à la fièvre typhoïde, à la jaunisse. Il y a aussi du diabète, des infections urinaires, des maux de reins, des diarrhées, des problèmes de mauvaise haleine… »
Pourquoi les gens ont-ils recours à vos services ?
« Actuellement la population tend à aller vers la médecine traditionnelle parce qu'elle est devenue plus efficace. Moi je connais vraiment les principes actifs et les propriétés des plantes que je donne.
La médecine traditionnelle peut aussi combler des insuffisances de la médecine moderne. Par exemple il y a ce qu'on appelle 'koko', ce sont les hémorroïdes qui sont surtout liées à l'alimentation épicée et pimentée. Quand on traite ça avec la médecine des Blancs, on ne soigne que les manifestations externes. Ce qui est interne, les ballonnements, les constipations n'est pas soigné. Ça, nous le faisons. »
Comment se déroule une consultation ?
« La plupart des gens viennent par le bouche à oreille. Ils m'expliquent leurs problèmes. Souvent je fais le diagnostic et je donne le produit sur place. Tant que je ne suis pas là, personne n'est autorisé à donner un produit. Moi je peux expliquer et guérir moralement la personne. Si quelqu'un ne me voit pas, il n'est pas content, ça ne le soulage pas. Comme j'ai un portable, les gens m'appellent et on se donne rendez-vous.
Si le cas est compliqué, je cogite toute la nuit et le patient revient le lendemain pour que je lui donne une préparation souvent accompagnée d'un régime, d'un repos ou d'un massage. »
[…]
Pensez-vous transmettre votre savoir ?
« J'ai tout ça en tête mais j'ai créé une association de femmes 'Si-Sasa' qui signifie 'Longue vie' en langue samo. Je ne leur transmets pas tout mon savoir mais je les aide à soigner les petits enfants, car il n'y a rien de plus injuste que les maladies infantiles.
Je prends aussi des notes pour mes enfants. Nul ne reste sur terre. Pour l'instant, ils sont étudiants donc j'écris pour eux. »













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