Imprimer
envoyer à un ami
 

8 mars : Journée de la femme

accueil

<< 4 | 14 >>
Keiko Sato, chanteuse et survivante d’Hiroshima

Keiko Sato, chanteuse et survivante d'Hiroshima

Elle avait 7 ans le 6 août 1945 à Horoshima. Elle pourrait parler des heures tant sa mémoire reste vive. Aujourd'hui, Keiko Sato a choisi la chanson pour parler de sa douleur mais aussi de son espoir.

« J'étais en première année de maternelle et j'étais encore au lit lorsque à 8h15, j'ai vu une lumière très puissante au dehors. Nous appelons cela « picadon ». Pica pour l'éclair produit par la bombe en éclatant dans le ciel et « don » pour le vacarme qui a suivi lorsque ses effets sont arrivés sur le sol. J'ai été étonnée mais comme le pays était en guerre, nous avons, ma grand-mère, ma mère et moi rejoint naturellement l'abri qui avait été creusé dans le jardin.

Nous pensions à une bombe comme les autres mais lorsque je suis sortie et alors qu'il faisait auparavant une journée radieuse, tout était gris autour de nous. Quelques instants après, d'innombrables scories et résidus envahissaient tout. Plus tard, c'est une pluie noire qui s'est abattue sur nous. Je me souviens de mon petit chemisier blanc recouvert de tâches.

Toutes les vitres étaient cassées mais les maisons semblaient habitables. Nous vivions dans un quartier situé à 3 km de l'épicentre et nous ne nous sommes pas rendu compte immédiatement de ce qui se passait. Dans l'après-midi, j'ai vu arriver une première personne complètement brûlée, marchant comme un automate. Je ne pouvais pas dire si c'était un homme ou une femme, on ne voyait pas son visage, sa peau partait en lambeaux comme des algues. J'ai pensé à un arbre mort.

D'autres sont arrivés fuyant l'épicentre, puis d'autres encore, ils étaient nus. Ma mère a tenté de recouvrir les personnes qui avaient l'air de jeunes filles avec des yukatas en coton, mais alors le tissu se collait aux plaies et il devenait impossible de les enlever. Les gens tombaient tout autour de nous. Les corps étaient empilés en tas.

Mon père se trouvait près du centre-ville et il a vu la lumière de face. Il est arrivé à la maison complètement brûlé, mais comme il n'y avait pas de médicaments, nous avons soigné ses plaies avec de l'huile et du lait de soja. Ma tâche a consisté ensuite à enlever méthodiquement et quotidiennement les insectes qui s'installaient dans sa chair. Il a néanmoins survécu, mais pas mon frère. Par chance, je n'ai  pas eu de séquelles mais en tant qu'irradiée, j'ai une carte de victime que le gouvernement m'a donnée par la suite.

Tout le monde cherchait de l'eau car les rivières étaient noires, contaminées. Des camions chargés de cadavres déversaient leur cargaison dans les champs alentour. Les corps étaient brûlés et une odeur terrible s'est répandue pendant des jours et des jours. Je ne peux oublier cette odeur ni ces montagnes de cadavres. J'avais 7 ans.

J'ai beaucoup souffert mais surtout en voyant la désolation qui s'est installée par la suite. Les 200 000 victimes ne sont pas les plus à plaindre car il faut penser à ceux qui ont dû survivre dans ce néant, aux proches, aux amis. J'ai eu de grandes difficultés à trouver un sens à ma vie. En grandissant, tout me paraissait vain, je ne pouvais rien bâtir, jusqu'à ce que je rencontre la chanson.

A travers elle, j'ai réalisé que je pouvais transmettre un message fort, que mon expérience, en étant portée par la voix et la musique, pouvait véhiculer un message de paix afin qu'une telle catastrophe ne se reproduise pas. Bien sûr, il ne faut pas oublier mais il ne sert à rien d'avoir de la rancœur pour les ennemis d'hier. Je fais partie de la dernière génération de survivants et j'ai un devoir de mémoire à assumer.

Récemment, on a exposé au public un piano qui se trouvait à l'épicentre de la déflagration.  Il était miraculeusement intact et même le son qui en sortait était parfait. Tout le monde voulait le toucher comme un talisman. Pour moi, il est le symbole de tous ceux qui ont survécu à la bombe et plus encore de toute cette mémoire qui ne peut mourir."

8 femmes pour 8 mars (RUSSIE, Fédération de)

bonjour, bravo, c est fabuleux, j ai bien aime ces reportages televises, merci a TV 5 monde
Vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant (loi « Informatique et Libertés » du 6 janvier 1978).
Pour toute modification, contactez-nous
Votre nom :
Votre pays :
Votre courriel
Votre commentaire

Votre nom :
Votre courriel :
Nom du destinataire :
Courriel du destinataire :
Votre message :
Imprimer
envoyer à un ami